Maintenant pour les détails. Nous arrivâmes au camp au crépuscule. Nous vîmes des esclaves rentrer de leur labeur encadrés par des gardes. Profitant de l’obscurité, je me suis faufilé dans le camp pour voir comment ça se présentait. Beaucoup de soldats étaient malades et la médecin du camp, Helena ne semblait pas comprendre de quelle maladie ni quel remède trouver. Je l’ai entendu faire son rapport à Melwin, le chef du camp.
Quand je retournai voir mes camarades et que je leur fis mon rapport, Bartok fit tout de suite le lien entre la maladie et l’alcool que la résistance a empoisonné. Nous décidâmes de nous présenter au camp, Narli se faisant passer pour le légat Sanctus qui escorte Bartok, se faisant passer pour le médecin Zorbassamus d’Albedara. Moi je serais le guide. Narli avait déjà volé des chevaux au camp sous cette identité, c’est dire si la feinte était audacieuse. Nous nous appuyâmes sur le fait que nous avions une longueur d’avance sur cette maladie et que nous pourrions leur faire croire que toutes les légions étaient touchées et que notre médecin pourrait les aider.
Narli n’est pas quelqu’un de commode à la base. Bon, je veux dire, c’est un vieux quoi. Hé bien figurez-vous que quand il joue le légat, il devient franchement infect. C’est très réaliste et rigolo à voir. Il est tellement abject qu’il a réussi à convaincre tout le monde qu’il était légat. C’est admirable, j’avais du mal à ne pas rigoler. En un rien de temps, je me suis retrouvé avec Bartok escorté vers la médecin du camp pendant que Narli restait à discuter avec Melwin.
Bartok m’a toujours fait l’impression d’un vieux qui radote des trucs dans son coin, mais ce soir-là, il m’a complètement soufflé. Il se mit à déblatérer une successions de propos érudits à la médecin, avec beaucoup de mots à plus de trois syllabes et réussit à la convaincre d’une part qu’il savait de quoi il parlait et que le meilleur remède pour les malades était de leur faire boire de l’alcool mélangé à leur propre pisse, pour la prévention et la guérison. C’était incroyable.
Sur le plan du renseignement en revanche, Bartok ne réussit guère qu’à savoir qu’Helena était à la colle avec Melwin et qu’elle faisait profil bas. De mon côté, j’essayai de faire dire à Helena si elle était de notre côté ou pas et je ne sais pas bien pourquoi, elle devint soudain assez froide et nous demanda de partir du camp et de ne jamais revenir.
Elle nous raccompagna au bureau de Melwin en nous proposant de boire le remède de Bartok. Dans le bureau, nous trouvâmes Narli saoul et Melwin ronflant comme un ivrogne sur sa chaise. J’étais très surpris parce qu’il n’était même pas onze heure du matin. Narli n’était plus très cohérent, aussi, comme je voulais éviter à tout le monde de boire de la pisse, j’ai pris les devants en mettant la lame de ma dague sous le cou de Melwin en lui demandant de déballer tout ce qu’il savait lui et Helena.
Ça rend toujours les gens loquace d’avoir un couteau sous la gorge, mais là curieusement, c’est Narli qui s’est mis à parler. Mes menaces sur Melwin l’avaient dégrisés. Il monta en deux minutes un plan pour faire disparaître Helena et Melwin, qu’ils puissent partir ensemble où ils voudraient sans que les troupes d’Izrador ne cherche à le retrouver.
Helena devrait partir avec moi et un garde chercher des plantes pour guérir les malades, et suite à une attaque, elle et le garde seraient tués. Enfin, surtout le garde, vous l’aurez compris. Melwin remplirait un rapport à ce sujet. Quant à Melwin, il tomberait malade et succomberait à sa maladie, on incinérerait le corps de quelqu’un d'autre à sa place, un garde par exemple.
En quelques minutes, Narli réussit à convaincre Helena qu’une autre vie était possible et elle accepta. Nous pûmes mettre son plan à exécution et le couple put s’enfuir vers le sud, là d’où ils viennent et où ils vont se vouer désormais à la résistance.
Quant au reste du camp, le remède à la pisse de Bartok ne permit pas aux gardes de guérir. Il fut facile de s’en débarrasser et de libérer les esclaves.
Voilà, vous savez à peu près tout. Je pourrais raconter plus de détails amusants aux plus curieux d’entre vous, mais le mieux c’est de demander à Narli ou à Bartok directement. Ils en parleront beaucoup mieux que moi. Croyez moi, écouter Bartok faire croire à une vraie médecin qu’il était dommage de ne pas avoir de la pisse d’orc sous la main parce que c’était plus efficace pour soigner les gens que la pisse d’humain, c’était quelque chose !