Le Puit - Repaire de la Sorcière
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Le Puit - Repaire de la Sorcière

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Nichée dans les profondeurs d’une caverne humide et crasseuse, à quelques lieues du Teufel d’Ubersreik, le Puits porte bien son nom. L’endroit n’est rien d’autre qu’un gouffre béant, un ancien tunnel minier éboulé en partie, dont les parois suintent une eau trouble et poisseuse. L’air y est épais, chargé de relents de sueur, de moisissure et d’alcool bon marché.

Des torches vacillantes projettent des ombres grotesques sur la roche noire, révélant un capharnaüm de caisses éventrées, d’armes volées, de butin empilé en vrac. Des bandits hirsutes, au regard torve et à la peau marquée par les cicatrices, traînent autour de tonneaux de mauvaise bière, jouant aux dés ou aiguisant leurs lames en échangeant des murmures méfiants. Certains dorment à même le sol, d’autres surveillent les tunnels d’accès, des arbalètes prêtes à foudroyer tout intrus imprudent.

Mais au centre de tout cela, Oma Gretchen règne.

Trônant sur un amas de bois sculpté, drapé de vieilles peaux et de tissus miteux, la sorcière est une montagne de chair. Son corps difforme, couvert de verrues et de plis graisseux, déborde de son siège, et ses doigts boudinés, ornés d’anneaux rouillés, se referment parfois sur l’une des créatures qui batifolent à ses pieds. Car sous son trône s’étale une mare fangeuse, grouillant de champignons vénéneux aux reflets phosphorescents et d’animaux difformes : de longues grenouilles aux yeux trop grands, des rats au pelage dépigmenté, une anguille charnue qui glisse lentement entre les pierres. Parfois, dans un geste glouton, Oma Gretchen attrape une de ces bêtes et l’avale vivante, la mâchant lentement, sans jamais cesser de parler.

À ses côtés rôde Aldo Gretchen, son crétin de fils, un grand imbécile , dont l’âge avancé (quarante ans) ne lui confère ni sagesse ni dignité. Il est toujours là, bavant d’admiration devant sa mère, rigolant bêtement à ses paroles et exécutant ses ordres avec une maladresse risible. Son torse velu et son pantalon trop court accentuent son allure grotesque, et il traîne souvent une massue cloutée, plus pour la frime que pour le combat.

Mais le véritable pouvoir du Puits ne réside pas dans ses murs de pierre ou dans son gang de coupe-jarrets. Il est invisible, tapi dans l’air même que l’on respire. Oma Gretchen manie les esprits comme d’autres manient la dague. Autour d’elle, des présences rôdent, des âmes perdues arrachées à la rivière du Teufel ou aux cadavres jetés dans les tunnels. On ne les voit pas… mais on les sent.

Des murmures s’insinuent dans les crânes, des frissons parcourent les colonnes vertébrales sans raison. Parfois, une ombre se devine dans un coin, une silhouette pâle et tordue, à peine perceptible. D’autres fois, une voix chuchote un nom, le vrai nom de quelqu’un, un nom que personne ne devrait connaître… et un malheur suit. Certains bandits deviennent fous, parlant à des compagnons imaginaires, ou refusant de dormir par peur des choses qui les observent dans leurs rêves.

Oma Gretchen, elle, se nourrit de cette peur. Elle en rit, mâchant ses grenouilles en fixant ses invités de ses petits yeux noirs et brillants. Elle sait des choses, des secrets qu’elle ne devrait pas connaître. Elle connaît les noms des morts… et ceux des vivants qui vont bientôt les rejoindre.

Et si l’on s’attarde trop longtemps dans son repaire, il n’est pas certain qu’on en ressorte entier.