(S02/Ep050) Petit Ogre
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(S02/Ep050) Petit Ogre

August 26, 2026
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Membres : Bragg le Tripier, Vraag Dévore-moile, Aeria Athathwyth, Tasaria la Valselame, Otto Drakenberg

J’ai affronté des hommes, des bêtes, des suppôts des puissances obscures mais jamais de pareils immondices grouillante et chitineuses… La mission initiale était simple : entrer dans un temple de manaan, le prêtre Le père Tonnerre récupère un codex et effectue son rituel sous notre couverture. Rien de plus classique n’est ce pas ?

La lune éclairait une mer plutôt calme et le ciel était dégagé. Le prêtre de Manaan se tenait à l’avant de la chaloupe, tantôt psalmodiant des prières au dieu marin, tantôt discutant avec Bragg. Le trajet allait se faire rapidement. Parfait. Je n’ai jamais apprécié les voyages en mer, non pas que l’océan m’inquiète, mais je trouve les navires… exigus, et franchement piégeux si l’on venait à être encerclé. Alors que mes compagnons vaquaient à leurs occupations, comme avant chaque affrontement, je prenais soin de vérifier mon équipement. Resserrer les lanières une dernière fois, ajuster les gants, fixer une pièce d’armure et vérifier que rien ne venait entraver mes mouvements. Ce sont des habitudes qui ne m’ont jamais quitté depuis que j’ai quitté l’armée impériale. Il faut dire que dans mon nouveau boulot, si vous n’êtes pas rigoureux, eh bien… vous ne faites pas long feu dans ce bas monde. Un dernier coup d’œil à mon épée, et j’étais prêt.

C'est au moment d'accoster que nous l'avons aperçu dans la brume. Il était là, titanesque et ignoble, une sorte d'insecte haut comme le Grand Temple de Sigmar d'Altdorf. Reposant sur quatre gigantesques pattes, il possédait des mandibules immenses pouvant, sans aucun doute, couper un cheval en deux. Une créature si immense que le terme « insecte » semblait presque insultant pour ce que nous avions devant nous. Après avoir rapidement analysé la situation, je constatai que la créature ne semblait pas capable de passer dans le temple. Ce qui, quelque part, me rassura. Au moins, elle ne nous verrait peut-être pas.
Je jurerais avoir aperçu Bragg et Vraag sourire en voyant la créature ! Ils devaient sans doute imaginer comment cuisiner ça. C’était quelque peu répugnant… mais bon, c’étaient des ogres. Leur force brute était d’une grande utilité, il ne fallait sans doute pas leur en demander davantage.
À bien y réfléchir, leur présence à mes côtés était plutôt rassurante. Ils avaient beau avoir une conception quelque peu particulière de la discrétion et de la gastronomie, je savais pouvoir compter sur eux lorsque les choses tourneraient mal. Sans réellement savoir pourquoi, ils m’avaient surnommé « petit ogre ». Je suppose que c’est un surnom affectif pour eux. Après tout, je dois reconnaître que je suis plutôt solide pour un homme de ma stature. J’ai encaissé quelques coups qui auraient envoyé d’autres hommes rejoindre leurs ancêtres. Peut-être est-ce là ce qui leur a inspiré ce surnom.

Ouvrant la marche avec les ogres le silence régnait dans les environs. L’un d’eux suggéra, à ma plus grande surprise, une approche discrète. Agréable surprise qui fut de courte durée quand Bragg décida d’exploser le vitrail du temple après s’être rendu compte que la porte était coincée. Comment ai-je pu être aussi naïf ? Évidemment, lorsqu’il était question de discrétion, il fallait relativiser quelque peu les capacités de nos compagnons ogres.
Le bruit du verre brisé réveilla les insectes. En quelques secondes, le temple s'agita comme une fourmilière que l'on venait de frapper. Par cette ouverture, nous vîmes quatre bestioles, toutes bardées de crocs et renforcées par leur carapace de chitine. La porte étant coincée, la seule issue était la fenêtre ; nous allions utiliser cette situation à notre avantage en tenant la position. Bragg fut le premier à jeter sa grenade de sel, qui permettait de s'occuper des insectes plutôt aisément, car ces derniers étaient totalement neutralisés.
Pendant l’affrontement, Tasaria tenta de grimper sur le toit pour tirer une fusée afin que ce titan soit bombardé. Elle eut à peine le temps de déclencher son tir qu’une multitude d’insectes volants vinrent se précipiter dans sa direction.Pendant ce temps, le combat continuait. Les grenades de sel s’amenuisaient
grandement, les insectes avaient enfoncé la porte et, pour couronner le tout, le titan avait décidé de se diriger vers nous. Merveilleux. J’adore cette approche discrète...
Alors que Tasaria et Aeria étaient partie trouvé « un raccourci » à la bibliothèque en compagnie du prêtre nous pénétrâmes enfin dans le temple. Je pensais avoir déjà vu le pire dehors. Je me trompais. C’est lorsque ma botte écrasa une forme ovale et visqueuse au sol que je compris, l’endroit était devenu un véritable nid. Des œufs énormes étaient partout, collés aux murs, entassés au sol et jusque dans les moindres recoins. L’odeur était abominable. Humidité, pourriture et autres effluves que je préfère ne pas identifier. Je ne sais pas ce qui me répugnait le plus : les insectes ou l’idée que nous allions devoir avancer au milieu de tout cela. 

Après un véritable massacre le plus grand danger survint lorsque nous entendîmes de lourds pas résonner au-dessus de nos têtes. À chaque mouvement, de la poussière se détachait du plafond et tombait autour de nous. La bête était là, juste au-dessus. Sur le toit. Elle nous avait sans aucun doute repérés. À ma plus grande stupeur, l’une de ses pattes traversa soudainement le toit, manquant de nous embrocher, Bragg, Vraag et moi. C’est alors que Bragg eut ce que je qualifierais, avec le recul, d’idée. Quant à savoir si elle était géniale, suicidaire ou complètement irréfléchie, je laisse au lecteur le soin d’en juger. « Reste là, p’tit ogre, et regarde Bragg », me lança-t-il avec un sourire dévoilant ses dents abîmées. Il se précipita alors dans le couloir opposé, attirant la créature à sa suite. Par deux fois elle tenta de réduire Bragg en brochette et par deux fois elle échoua. A la deuxième tentative je vis une prouesse que je ne verrai pas de si tôt.
J’ai combattu aux côtés d’ogres à plusieurs reprises durant ma carrière. Je pensais donc avoir une assez bonne idée de ce dont ils étaient capables. Je dois reconnaître que je m’étais trompé. Bragg, à la seule force de ses muscles, saisit la patte de la bête et la maintint immobile. Pendant plusieurs secondes, il la retint ainsi, comme si le membre gigantesque de la créature n’était qu’un vulgaire morceau de bois. J’étais censé me diriger vers la bibliothèque, mais je restai cloué sur place, incapable de détourner les yeux. Puis Bragg planta sa mâchoire dans la patte du titan. Il poussa sur ses cuisses. Les muscles de son corps se tendirent. La créature se débattit, faisant trembler le temple, mais Bragg ne lâcha rien. Et dans un craquement sinistre, il arracha la patte du titan.

C’était notre occasion ! Du coin de l’œil, je vis mes camarades sortir de la bibliothèque, le Codex entre les mains du prêtre. L’objectif venait d’être mis à jour et, sans réfléchir, je me précipitai vers une nouvelle patte qui venait de percer le toit, tentant de l’entailler à mon tour. Si nous pouvions abattre cette créature titanesque, l’objectif de notre mission venait de changer. Nous avions désormais l’occasion d’éliminer une menace qui, à elle seule, représentait un danger considérable. Bien sûr, la priorité restait l’accomplissement du rituel, et le prêtre se dirigeait vers la fontaine. Les dix dernières minutes avant la fin du rituel me parurent durer une éternité. Nous tentions de contenir les insectes et d’abattre l’insecte géant. 
Tasaria bousillait les insectes avec ses dague, Bragg taillait dans la chair du titan, Vraag canalisait sa magie et écrasait les insectes qui arrivait à sa portée, Aeria intenable se débrouillait bien toute seule. Mes muscles commençaient à être douloureux, il devenait difficile de rester lucide, mais étrangement, c’était ce genre d’affrontement que je trouvais grisant. J’étais dans mon élément. Trancher sans réfléchir, tenir une position, là était la spécialité des Joueurs d’Épée des Aigles du Stirland.

Si seulement tu étais encore en vie, Svenn. Si seulement cette embuscade t’avait épargné… Tu aurais trouvé, toi aussi, ce mélange de tension, d’adrénaline et de peur presque agréable. Comme une drogue, finalement…
Enfin, je m’égare. Une fois le rituel terminé, le prêtre nous ordonna de nous rassembler autour de lui, répétant que Manaan nous protégerait. Je n’eus pas besoin qu’on me le répète deux fois. J’arrachai ma lame d’une carapace chitineuse avant de rejoindre le groupe en traversant le pont.
Et c’est là que je le vis. Au début, ce ne fut qu’un grondement sourd, presque imperceptible. Puis quelque chose apparut à l’horizon. Une vague. Elle avançait vers nous à une vitesse inquiétante et, à mesure qu’elle approchait, sa véritable ampleur se révélait. Elle était colossale. Que Sigmar m’en soit témoin, le titan qui nous avait paru si imposant quelques instants plus tôt semblait désormais minuscule face à elle. Pour la première fois depuis le début de cette mission, je me demandai sincèrement comment nous allions pouvoir survivre.
La réponse vint de Manaan.

Je ne saurais expliquer ce qui se produisit ensuite. La vague s’abattit sur nous avec une puissance qui dépassait tout ce que j’avais pu imaginer. Elle semblait interminable, écrasante. Nous étions parfaitement impuissants face à elle. Et pourtant, lorsque sa colère fut passée, nous étions toujours là, comme si une bulle nous avait protégés. C’est en repartant en gyrocoptère que nous avons pu contempler l’ampleur des dégâts. L’île avait été balayée, ainsi qu’une bonne partie de Sartosa. Espérons que la majorité des immondices insectoïdes ait été emportée, brisée et éradiquée.
C’est près d’un bon feu que mon rapport prend fin, et j’entends déjà Vraag proposer une tournée de bière, chose que je ne vais évidemment pas refuser.
Faut croire que je commence à bien aimer cette bande de mercenaires bien atypique.

Otto Drakenberg.

P.S. : Je n’aime toujours pas les bateaux.