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William Espedes

Autrefois, on le surnommait avec moquerie « l’amoureux des boueux », un sobriquet cruel soufflé dans les salons dorés du Rocher. William Espedes, benjamin d’une fratrie arrogante et issue d’une lignée de chasseurs nobles, n’avait pourtant rien du prédateur altier que son nom supposait. Doux, discret, curieux du monde des gens simples, il préférait écouter les forgerons et les domestiques plutôt que d’assister aux banquets où son père s’enivrait de pouvoir et de vin.

Son déshonneur vint d’un acte d’amour : il épousa en secret une servante de la maison. Quand la vérité éclata, le patriarche Espedes, outré, fit ce qu’il estimait nécessaire pour préserver la pureté de sa lignée : il bannit William, l’envoyant “aussi loin que l’odeur du peuple pouvait le supporter”. On le dit alors réfugié dans les faubourgs de Port Balfrenheim, vivant de ses mains et de sa forge, façonnant des lames pour quiconque en avait besoin, sans distinction de rang.

Mais le vent tourne, et la Révolution n’épargne pas les familles d’orgueil. Lorsque le Phénix d’Albâtre, Ahelcard, mena ses troupes dans les flammes d’Hermanbourg, William en fut. Sa maîtrise de la métallurgie et son sens aigu de la justice en firent un artisan indispensable à la cause — forgeant, dit-on, les épées qui décapitèrent le vieux monde. Et quand la poussière retomba, quand les grands noms du Rocher furent effacés ou pendus, il fut l’un des rares nobles à remonter vers la lumière.

Revenu en héros et protégé du Phénix, il fut accueilli, cette fois sans ironie, au sein du nouveau Conseil Révolutionnaire. Ironie du sort, il prit place dans le siège jadis occupé par son propre grand-père, devenu symbole du despotisme passé. Sous son autorité, la maison Espedes n’est plus une meute de limiers traquant les dissidents pour le Baron — elle est devenue la forge du nouveau monde. Chaque lame remise au Conseil, chaque symbole de pouvoir métallique, sort désormais de ses hauts fourneaux.

William Espedes, l’homme jadis renié, s’est ainsi fait le forgeron d’une ère nouvelle.
On dit que lorsqu’il tient un sabre rougeoyant dans la pénombre de son atelier, son regard se perd dans la danse du feu. Certains jurent alors l’avoir entendu murmurer :

“Le fer ne choisit pas son maître. C’est la main qui le tient qui le rend juste… ou monstrueux.”

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