Parmi les silhouettes rudes et tatouées du clan Wolfagen, rares sont ceux qui attirent autant l’attention — ou la crainte — que Munchi, la plus jeune d’entre eux. Une enfant menue, enveloppée dans la dépouille d’un loup arctique du Chaos, au pelage si pâle qu’on la confond parfois avec une apparition dans la brume. Sous la fourrure, sa peau est aussi blanche que la neige qui recouvre les fjords du Nord, et ses yeux, d’un gris presque spectral, semblent toujours chercher quelque chose que personne d’autre ne peut voir.
Munchi ne parle presque jamais. Ses compagnons disent qu’elle a « oublié les mots » après la traversée du grand gel, lorsque leur meute perdit la moitié des siens dans une tempête surnaturelle. Depuis, elle agit avec la précision instinctive d’un animal traqué : un pas trop bruyant, un regard trop appuyé, et elle disparaît sans un son. Même les guerriers du Nord la redoutent un peu, car elle a ce calme des prédateurs qui n’ont plus rien à prouver.
Son mutisme n’est pas la seule chose qui glace le sang : il lui manque plusieurs doigts à la main droite, sectionnés net. Certains disent que c’est la marque d’un rituel, une offrande faite à quelque esprit-loup. D’autres prétendent qu’elle fut jadis prisonnière d'une tribus adverse, qui mutilaient les archers pour les rendre inoffensifs. La vérité s’est perdue dans le souffle des légendes, mais ceux qui ont vu ses cicatrices y reconnaissent la signature d’une cruauté bien humaine.