- Si vous voulez. Juste... ne pleurez plus. Servius vous libérera le tiroir du bas. Ne mettez pas de terre ou... d'autres choses sur les vêtements qu'il me reste dans les autres tiroirs. S'il vous plaît.
- Je vais... J'ai une recherche à faire. Je reviendrai plus tard. Bonne soirée.
Cain -
[Champ de Forgemer : Juste avant le retour de la patrouille de Flavia]
Caressant des épis de blé de sa main droite, et tenant une gerbe de coquelicots et tournesols de la main gauche, la tenue parsemée de nouvelles pousses de thym, Cain se dirige comme chaque soir vers la mer en traversant les rues. Malgré ses demandes pour accompagner Flavia dans sa nouvelle mission, le vieux ouestien a été consigné au repos afin de se remettre des trois plaies reçues lors de leur mission dans le village demi-orque.
Apercevant la caravane des patrouilleurs arriver depuis le domaine d'Emeraude, Scarmaglione lève son bras pour couvrir ses yeux du soleil couchant, et observe. Distinguant la silhouette de Lyrd et le piètre état de l'équipe, le vieil homme fait rapidement le compte. Son regard s'apaise un très bref instant
- Ils sont tous vivants...
D'un pas lourd, la mine furieuse et austère, Cain poursuit son trajet rituel jusqu'à la crique non loin d'ici. Il revient après Le cavalier est de retour après seulement une vingtaine de minute au lieu de l'heure et demi qu'il prend d'ordinaire.
D'un regard noir, Cain rentre dans le fort, dissuadant les patrouilleurs en garde de l'accueillir avec leurs habituelles plaisanteries. Il se dirige vers la diligence qui transportait Flavia et son équipe, et interpelle Ludleth, qui se charge de dételer le cheval. Les deux hommes ont fraternisé lors de la convalescence de Cain, partageant l'amour des contes et des belles bêtes de somme
- Ou sont Flavia et les autres ? Comment vont ils ? J'ai cru voir que Lyrd est amochée
- Heulo, bêh la chtiote d'mi orrrque t'nait pu bîn drrrroite surrrr ses deux pattes, pourrrr sûrrrr... Eh'fait la brrrrave, mais m'est d'avis qu'y ont bien morrrrflé les bougrrrrres...
Laissant son ami nain au milieu de explications, Cain repère Lucien dans la cour. Il traverse les écuries pour le rejoindre.
Et bordel ! Qui a encore gavé les chevaux ! Nom des dieux ! On peut compter sur personne ! M**** !
[Cour de Forgemer, Quelques minutes après l'arrivée de Flavia au fortin]
Cain arrive auprès de Lucien, avec une allure d'ours en cage, faisant s'éloigner les gardes et les locaux d'un regard bestial. Les chevaux derrière lui, à l'exception du vieux Nobu, hennissent et raclent les pavés et le foin de leur box.
- Elles sont entrées ? Comment s'est passé la mission ? As-tu reçu le rapport ?
Lucien -
Lucien lui répond sans lui regarder, fixant pensivement le bureau de Filia
- Le rapport va d'abord être confié à la commandeure. Je ne traiterai ces informations qu'ensuite... Lyrd'Nidya est à l'infirmerie. Elle est hors de danger. Dame Flavia a mené une mission éprouvante, mais tout va bien
Se contenant au mieux, Cain réprime de multiples injures envers la foutue flèche l'ayant tenu à l'écart, les foutues diplomaties qui ne se passent jamais comme prévu, et la foutue vie en passant par le destin et autres abstractions. Lucien le fixe alors droit dans les yeux, faisant subitement se taire le vieil homme et l'arrêtant dans ses fulminations.
- Cain. Tu fais peur aux chevaux...
- Oui, pardon, j'ai haussé le ton en venant ici...
- Non Cain. Tu fais peur... aux chevaux. Les bêtes sont terrifiées, Scar... Tu arrives ici comme le loup dans la bergerie. Calme toi. Il n'y a rien à faire maintenant. Viens. Prenons une tisane, et tu vas me dire ce que tu as vu...
[Quelques heures plus tard, Dans les couloirs du fortin, après la rencontre avec Oona]
Un léger toquement à la porte vient interrompre Flavia dans son dernier rempart de solitude et de repos. Arrivant au meilleur, ou au pire moment, comme il a l'art de le faire, Lucien marque sa présence d'un raclement de gorge. Semblant à la fois apporter un réconfort de dernière minute, tout en privant la jeune impériale de son ultime barrière envers le reste du monde, la voix du citadin est sérieuse, solennelle, cruellement calme et professionnelle, mais avec un ton rassurant qui dénote de d'habitude.
- Dame Aurelius. Je venais quérir le rapport. On m'a averti que certaines complications sont survenues... J'ai... apporté du thé. Le moment est sans doute mal choisi... Je le laisse sur la chaise, devant la porte... Ne le laissez pas trop refroidir...
Flavia -
Flavia se frotte les yeux, rouge de honte. Toujours recroquevillée derrière la porte, elle attend d'entendre les bruits de pas indiquant le départ de Lucien avant d'oser faire le moindre geste, et le moindre bruit.
Décidément, il a le don d'arriver au pire moment. Comment l'a-t-il trouvée ? Et à qui fera-t-il part de ce moment de faiblesse ?
Lucien -
Sous la tasse de thé encore bien chaude, un petit mot est inscrit sur un papier replié soigneusement
- Celle qui arpente les sentiers les plus abrupts est certaine de se tenir un jour sur les plus hautes montagnes
[Quelques minutes plus tard]
C'est désormais à la porte de Filia qu'un toquement vient rompre la quiétude du bureau.
Cependant, l'arrivée de Lucien est parfaitement habituelle à cette heure, quoiqu'il aie un minuscule retard, lui qui est d'habitude parfaitement à l'heure.
Flavia -
[Dans la pièce vide où Flavia a trouvé refuge]
Après le départ de Lucien, Flavia hésite longuement mais la curiosité et la déshydratation l'emportent sur la fierté. Elle ouvre la porte juste le temps de récupérer la tasse et se réfugie à nouveau dans la pièce, avec la vague impression qu'elle a échoué à une épreuve.
Flavia se rassoit, et la tasse entre ses mains la réchauffe lentement. Elle hume prudemment le thé. Passiflore. Est-ce qu'il a vraiment des yeux et des oreilles partout... ?
Elle hausse les sourcils en lisant le proverbe, puis froisse le papier en secouant la tête. Fausse alerte, c'était certainement une coïncidence: il a dû passer dans le couloir et l'entendre, voilà tout.
Filia -
Filia s’approche de la porte et regarde par le judas avant d’ouvrir ; chose qu’elle ne fait pas d’habitude : elle invite plutôt les gens à entrer.
- Bonsoir Lucien, vous êtes en retard. Mais dites-moi donc, éprouvez-vous de l’intérêt pour les fées ?
Lucien -
- Bonsoir, Dame Claudius. Navré. Effectivement, une urgence semble m'avoir détourné de ma trajectoire initiale.
Bien que posée, la voix de Lucien dénote une certaine préoccupation, qui n'est pas à son habitude.
- Je venais m'enquérir du rapport de notre custode. J'espère qu'elle va bien. Cain doit être sur place à l'infirmerie.
Il marque un bref temps d'arrêt, reprend un calme parfait et peu naturel, et enchaîne.
- Pardonnez moi si je ne vous suis pas. De quelles fées en particulier parlez vous ?Il me semble que votre père vous a précisé que j'ai été l'élève d'une sidhe afin de servir ma fonction. J'apprécie effectivement la compagnie de ces êtres empreints d'un point de vue très singulier et intéressant sur le monde... Attendez-vous quelque-chose de moi ? Souhaitez-vous que je contacte sire Okoth Nerilee à propos d'une affaire ?
Filia -
Un grand sourire s'affiche sur les lèvres de Filia.
- Bien sûr, le rapport est dans la salle des archives, vous pouvez le consulter d'ores et déjà sur place le temps que nous en fassions une copie. Concernant les fées, vous avez un très bon point, Okoth existe lui aussi et il va de soi de l'impliquer. Vous serez sans doute tous les deux ravis d'entendre que suite à une décision du commandeur Derillias de Forgemer, ce ne sera ni Orkoth ni vous qui serez responsable des relations avec les peuples des fées mais une *personnalité* importante du peuple féerique.
Une certaine Oona. Elle a cependant déjà été la cause de frictions avec d'autres patrouilleurs, aussi, vous êtes désormais en charge de la recadrer lorsqu'elle insulte les gens, de l'empêcher de faire des sottises mais aussi pour être ses assistants et faire en sorte qu'elle puisse travailler convenablement et avec tout le sérieux qu'implique le rôle de patrouilleur. J'entends par là que des rapports détaillés de ses activités et de ses échanges avec les autres patrouilleurs et en expédition soient réalisés.
Filia est très sérieuse.
- Vous comprenez que si un problème venait à survenir, vous en partagerez aussi la responsabilité bien entendu ?
Puis un sourire faussement avenant apparaît sur son visage.
- Vous avez désormais enfin un rôle officiel au sein des patrouilleurs ! Félicitations ! Désormais, allez donc également informer notre cher sidhe de cette bonne nouvelle, il sera ravi, j'en suis certaine.
Lucien -
Lucien acquiesce, en laissant toutefois apparaître, malgré son étiquette et ses manières méticuleuses, une certaine impatience. Il prend délicatement le rapport et le range dans son porte documents. Son sourire dénote le même faux-semblant que celui de son interlocutrice.
- Bien, dame commandeure, je vous remercie pour votre confiance et prend note de votre décision mûrement réfléchie. Je consulterai le rapport ce soir, vous le retrouverez à l'aurore.
Puis, il sort un carnet de cuir noir et hausse un sourcil, lisant ses notes
- Je suppose que vous faîtes allusion à la patrouilleuse Coursevent ? Fine lame de Pierrejoyeuse, Tueuse du Troll de Follebosse, Reine de mai et autres titres boiseliers ? Je n'ai pas encore conversé avec une pixie, mais c'est un atout très important dans nos rangs. La pluralité des peuples sous vos ordres vous accordent le prestige des plus notables des conciliateurs... Bien que cela vaille son lot de problématiques et responsabilités...
Je vais prévenir de ce pas le seigneur Nerilee, et également Cain. Il porte un intérêt particulier aux pixies... Et étant donné les titre de notre ambassadrice féérique, ses récits devraient lui changer les idées...
S'éloignant d'un pas du pas de la porte, avec la révérence traditionnelle des serviteurs, Lucien s'arrête juste après son demi tour et lève la main comme pour marquer l'aspect faussement subtil de sa dernière remarque, et enchaîne assez sèchement
- Ah, j'oubliais. Peut être souhaiteriez-vous prendre des nouvelles de votre cousine ? Malgré le brio de sa mission, Cain l'a trouvée... préoccupée...
Après un pas, Rubicante s'arrête, prend une inspiration, expire, baisse la tête, fait demi tour, et une fois arrivé au niveau de la porte à nouveau, sans regarder Filia dans les yeux, il termine avec une voix plus douce, quasi sincère.
- Troisième cellier de l'aile droite...
Puis il repart vivement vers ses quartiers.
Filia -
Filia acquiesce en guise de remerciement puis récupère sa clé, ferme derrière elle et part en direction du cellier en question d'un pas rapide. A l'approche du lieu indiqué, elle s'approche silencieusement et, après avoir vérifié qu'il n'y a personne dans le couloir, elle dit
- Flavia, Lucien m'a dit que tu étais dans les parages, ça te dirait que nous nous baladions dans la cour un moment après que tu aies pu finir d'arranger les amphores du cellier ? Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour toi ces derniers jours, je suis désolée.
Flavia -
Filia entends quelques bruits, puis la porte s'ouvre. Flavia a les yeux un peu rouge et elle tient une tasse vide dans l'autre main. Son air enjoué semble un peu forcé.
- Filia ! C'est gentil, mais je sais que tu as plein de choses à faire pour préparer l'expédition. Je ne veux pas te mettre en retard...
Filia -
Filia évalue Flavia du regard.
- Je vais charger quelqu’un de te faire couler un bain chaud juste pour toi. En faisant attention à ce qu’aucun insecte ou autre nuisible ne puisse rentrer.
Filia fait un clin d’œil amusé.
Flavia -
Flavia lève les yeux au ciel.
- J'apprécierai, oui. Pour changer...Elle est vraiment patrouilleuse, cette Oona ?
Filia -
- En effet, le commandeur Derillas a sûrement souhaité s’en débarrasser lui-même et nous l’a envoyée. Mais elle pourra nous être utile, ne serait-ce que pour nous habituer à avoir à interagir avec ce peuple. J’ai chargé Lucien et Okoth de s’assurer qu’elle se comporte bien et de faire un rapport détaillé de toutes ses actions...
Est-elle venue s’excuser auprès de toi d’ailleurs ?
Flavia -
Flavia a un petit rire amer.
- S'excuser ? Pas vraiment, non. Elle a affirmé qu'elle était mon amie - en m'insultant - et a fondu en larmes quand je lui dit que j'avais eu une journée difficile et que je préférais discuter demain. J'ai fini par accepter qu'elle s'installe dans ma commode, mais... j'avais besoin d'être seule un moment.
Flavia indique la porte du cellier avec un air gêné.
Filia -
Filia pose délicatement une main sur l'épaule de Flavia.
- Est-ce bien cette Oona qui te tourmente autant ? J'ai lu le rapport, ça devait être tranquille a priori mais du sang a coulé...
Filia laisse un moment de silence.
- Sache aussi que je serai toujours disponible pour toi, tu es la seule personne de ma famille que je peux supporter et le seul rappel au milieu de ces patrouilleurs si... différents que nous venons d'un monde plus raffiné.
Flavia -
Flavia pouffe devant la déclaration d'affection typique de sa cousine, et lui répond d'un ton faussement touché.
- Oh Filia attention je vais finir par croire que tu tiens à moi !
Elle reprend son sérieux et déglutit avec difficulté
- Je suis contente que tu sois là... Je ne pensais pas que ça tournerait comme ça. Lyrd'Nidya et Archibald ont été blessés, et des gens sont... morts
Le dernier mot a eu du mal à sortir. Elle respire profondément avant de continuer.
- Je pensais que je resterais en ville ou au fortin pendant que vous pacifiez la région. Que je pourrais être utile en faisant des recherches ou en négociant. Mais même la ville est dangereuse, et je ne suis pas une guerrière, et je... j'ai plus l'impression d'être un poids qu'autre chose.
Elle ajoute plus bas
- Si Uriel Croc-D'Argent ne s'était pas interposé, je ne sais pas ce qu'il se serait passé...
Filia -
- Tu n'as pas à être une guerrière, tu étais porte étendard donc tu avais juste à prendre la décision d'intervenir ou non dans la prise d'otage. Tu as décidé d'agir en combattant et certains diront que c'est courageux mais ce sont des idiots : c'est téméraire si tu n'es pas certaine d'avoir la force de frappe nécessaire avec toi. Pourquoi crois-tu que je répète sans-cesse à tout le monde que ça va être dangereux là-bas ?
Filia soupire.
- Désolée de t'engueuler un peu mais ce n'est pas passé loin qu'il y ait un mort parmi votre groupe et vraiment, je tiens à ce que tu restes en vie et sans grand handicap.
Puis avec beaucoup de compassion, en tentant de regarder droit dans les yeux Flavia malgré sa visible gêne
- Pour les otages morts, tu étais sur place et tu as pris les décisions qui te paraissaient justes sur le moment, n'y repenses plus, tu as fait de ton mieux et personne qui n'était pas avec toi peut juger tes actes et dire ce qu'ils auraient fait à ta place car justement, ils n'étaient pas là.
Quant aux morts dans le camp d'en face, pour être franche avec toi, je n'ai jamais tué qui que ce soit non plus... Enfin, pas directement, car tu ne le sais peut-être pas, mais mon cher père m'a bien forcée à prononcer à voix haute des jugements qu'il avait déjà pris sur des criminels, de pauvres bougres, quand j'avais 11 ans. Même si c'était plutôt traumatisant, j'imagine que ce n'est pas pareil que de passer soi-même le glaive à travers quelqu'un. Et ça me fait peur que je puisse devenir comme mon père et mettre fin à la vie de gens sans aucun remord, aussi vils soient-ils.
Où est-ce que je voulais en venir déjà ? Ah oui : je compatis à ce que tu ressens et je suis avec toi là-dedans. N'ignore pas tes émotions mais fais de ton mieux pour continuer à aller de l'avant car tu as une grande destinée, j'en suis certaine ! J'espère que tu seras là pour me dire la même chose quand j'aurai, inéluctablement, ces mêmes sanglots.
Filia frotte machinalement son bracelet portant l'iconographie de la Mère, la déesse protectrice de l'Empire. Elle tape ensuite de ses mains et sa voix devient plus guillerette même s'il est possible de percevoir des larmes qui perlent sur ses yeux.
- Et pour ce cher Uriel Croc-D'Argent, je te propose que nous trouvions ensemble un moyen de le remercier à la hauteur du service rendu. Ça permettra de nous changer les idées !
Flavia -
Flavia baisse les yeux lors de la remontrance de Filia. Elle se tient droite, les mains derrière le dos et le visage impassible.
Filia reconnaît la posture que sa cousine prend quand elle se fait réprimander et qu'elle attend que ça passe car elle n'a rien à dire pour sa défense, la meilleure stratégie face au père de Filia.
Flavia ne relève pas la tête lorsque Filia cherche son regard. Quand cette dernière a terminé, elle se contente d'un hochement de tête et repond d'un ton le plus neutre et formel possible.
- Je m'excuse d'avoir mis en danger les patrouilleurs sous mes ordres. Cela ne se reproduira pas. Je vais chercher un dédommagement acceptable, je viendrai avec des propositions demain pour avoir ton avis.
Flavia relève enfin la tête, le temps de faire un salut avant de prendre congé.
- Commandeur Claudius.
Le ton est exactement le même que le "Sénateur Claudius" qu'elle donne à son oncle.
Flavia s'éloigne de quelques pas avant d'ajouter plus doucement
- Et je sais. Ma mère m'en avait parlé.
Filia -
Filia reste immobile, plantée au milieu de la cour, les yeux vers le ciel étoilé et sa main toujours autour de son poignet où se trouve son bracelet de La Mère.
Sydellia -
Sydellia sort du bureau du Grand Commandeur, le souffle coupé. Elle n'en revient encore pas : elle va partir explorer une nouvelle Satrapie ! La Mère soit louée, c'est ce pour quoi elle a tant travaillé. Derillias lui a expliqué qu'elle partira vers l'Île d'Emeraude dans un mois en compagnie d'une vingtaines d'autres patrouilleurs. En tant que Sacerdos du collège des Fétiaux, elle veillera à la pietas de la patrouille, à ses interactions avec le monde spirituel de façon général, mais aussi avec les autres communautés.
La jeune femme saute de joie et s'ouvre aux esprits qui vibrent autour d'elle. Même le si taciturne Lare du Bastion participe à la danse et mêle son écailleuse sinuosité aux mouvements de joie de son genius, qui semble ne pas en revenir. Ce soir, elle préparera une offrande en leurs honneurs, et surtout pour remercier La Mère, qui l'a portée jusqu'à cet instant. Elle priera et dansera à en réveiller les cinq lunes !
En attendant, elle parcourt lentement les méandres du Bastion, faisant glisser ses doigts sur les vieux murs râpeux qui ont vus tant de passages. Et son propre passage, il y une éternité. Lui reviennent les images d'elle enfant, haute comme une halfeline, visitant les lieux pour la première fois, les yeux remplis de larmes. Et la voilà femme, acceptée des dieux, des esprits et des hommes, reconnue patrouilleuse et bientôt, quittant le vieux giron de Forgemer pour l'aventure qui l'attend au delà de la Mer des Tempêtes. Son destin.
Se laissant guider l'étonnant Lare du Bastion, elle croise Krestell, la norroise, la salue au nom des quatorze, évite un couloir en plein ravaudage, suit le fil des pas d'un jeune adopté, puis d'un vieux matou dépeigné, qui la conduit dans la Grande cour du Bastion, devant l'auberge du Fortin. Elle sourit au bruit des chopes et les clameurs des habitués avinés du Bastion, ce ravissant concert à la gloire de L'Errant. Son regard est attiré par une silhouette dans l'ombre du grand Chêne sacré du Fortin. Elle semble regarder le ciel. Un frisson parcourt Sydellia. Pas de doute, c'est celle que les esprits du Bastion veulent lui faire rencontrer ce soir. Louée soit La Mère.
Filia -
Filia aperçoit la joyeuse personne qui s'approche avec tant d'énergie et se dirige à sa rencontre.
- Bonsoir, je présume que comme on vous a laissé passer, vous devez faire partie des patrouilleurs. Bienvenue dans notre humble demeure temporaire avant notre départ vers l'Île d'Emeraude !
Puis, en faisant de son mieux pour garder le sourire en repensant aux deux mots qu'elle va prononcer
- Je suis la commandeure Filia Herminius Claudius, pour vous servir.
Sydellia -
Sydellia reconnaît la jeune femme, qu'elle a connue à l'Académie Impériale il y a quelques années. Une femme de valeur, chérie des esprits, mais pas toujours facile à aborder.
- Bonsoir Filia. Quelle bénédiction de vous rencontrer en cette belle nuit ! C'est donc vous qui nous guiderez vers l'Île d’Émeraude. Le Grand Commandeur m'a annoncé tout à l'heure que je ferai partie de votre équipage, et cela me rend si heureuse. Je vous connais encore peu, mais je n'ai aucun doute que vous serez pareille à l'Héracle, et j'entends les esprits du Bastion chanter votre légende à venir. C'est le cœur ouvert que je viens à vous, mais peut-être souhaitez-vous rester seule ?
Filia peut voir que Sydellia porte la prestigieuse couronne des Fétiaux et la marque de la Mère, sous la forme d'une pierre de Ghear délicatement accrochée en pendentif.
Filia -
Filia s'est mise à sourire amicalement en reconnaissant vaguement la jeune dame.
- Ah, en effet, les présages nous on fait nous réunir ici même, forcément ! J'en appelais aux conseils de La Mère justement et vous voici désormais !
Je suis heureuse de voir quelqu'un avec autant d'enthousiasme en cette journée plutôt maussade. Une femme telle que vous aidera chaque patrouilleur à garder le cap et à rester fidèle à nos idéaux même dans les moments difficiles, assurément ! Dites-moi par contre, pouvez-vous me rappeler votre nom ? Je me souviens juste vous avoir vue il y a quelques années à l'académie mais vous ne suiviez pas le cursus militaire que je suivais, n'est-ce pas ?
Pendant cette discussion, Filia mène Sydellia à travers la cour en direction de là où se repose Lyrd'nidya afin de s'enquérir de sa santé.
Sydellia -
- Bien sûr, mon enthousiasme me fait perdre la plus élémentaire des politesses ! Je suis Sydellia Manilius, fille de Lionide Manilius, et je tenterai simplement d'apporter à notre valeureuse patrouille la paix des quatorze, un peu de mon insouciante jeunesse et de mes connaissances du monde spirituel et matériel, si ceux-ci peuvent vous soutenir ou faire œuvre de réconfort au sein de votre foyer. Nous n'avons pas fait classe ensemble, j'étais trop jeune, mais avons partagé quelques professeurs. Oui, j'ai choisi la voie des dieux et suis devenu Sacerdos plutôt que Bellator, mais je ne peux vous cacher que c'est mon désir d'être utile au corps des patrouilleurs et de poursuivre une aventure telle que celle qui s'ouvre à nous, qui m'a animée pendant ma formation. Je vous suis, mais je ressens en vous une peine cachée. Si vous souhaitez la partager avec moi, je la chérirai comme l'Enfant-Lyre et si vous avez besoin d'aide, je vous promet d'y mettre tout mon Souffle.
Soudain, elle se met à tourner sur elle-même.
- Ensuite, j'irai visiter votre auberge, Filia. J'y ai entendu de chaleureux éclats de rire et j'ai hâte de découvrir mes sœurs et frères de voyage !
Filia -
- C'est parfait ! Ravie de voir que vous êtes motivée. Quant à vous parler de ce qui me tourmente, n'y voyez pas d'offense mais je préfère en parler à de vrais amis qu'à une prêtresse que je connais si peu, je saurai me rappeler de votre offre bien entendu et je vous la renvoie : si vous avez un problème, faites m'en part, j'essaie de connaître tout le monde ici et les patrouilleurs ont souvent beaucoup de caractère, vous verrez.
Filia s'arrête devant la porte qui mène à l'infirmerie.
- Je m'apprêtais à rendre visite à l'une des nôtres d'abord, nous irons à l'auberge ensuite. Elle a été blessée et je n'ai pas encore eu le temps de voir comment elle allait, à ma grande honte. Souhaitez-vous m'accompagner ? Peut-être pourrez-vous lui accorder un peu de réconfort.
Sydellia -
Sydellia s'arrête un instant comme pour écouter la nuit. Elle frissonne de joie un instant, puis répond à la jeune Commandeure.
- Bien sûr, lui sourit-elle, quand vous serez prête. Si je vous ai trouvée ce soir, c'est justement pour que vous me meniez vers elle.
Filia -
Filia acquiesce et va jusqu'à la porte derrière laquelle se trouve Lyrd'nidya
- Bonsoir Lyrd'nidya, pouvons-nous entrer ?
Lyrd’Nidya -
[valetudinaria/dispensaire]
- MATÛUUUM !!!
... Le souffle lui manque. Le front en sueur et grelottante de froid, ses poumons brûlent autant que sa peau meurtrie... Affamée! Une force surhumaine lui comprime la tête... coincée dans les pattes endeuillées d'un orque... La femme s'effondre dans une soif inondant les hurlements de la porte enflammée qui s'enfuit.
Lyrd'Nidya se réveille en sursaut, le regard noir et la main droite figée dans un ultime mouvement instinctif de survie.
Le regard perdu, ses yeux survolent la pièce.
Personne.
Une porte fermée
Différentes odeurs d'huiles essentielles, de plantes et de vinaigres effleurent ses narines dans une pièce parsemée de blanc, de gris... Et d'une touche de jaune...
Prenant à peine le temps de se remettre les idées en place, la demi orque se lève de la paillasse. Le sol tangue sous ses pieds sans pour autant la contraindre à se rassoir. Tandis que son corps entier lui réclame plus de repos, elle tâte les cataplasmes de millepertuis qui partent de son épaule gauche jusqu'à son avant bras, puis divers bandages parcourant son torses et .... Son armure !! Sa main cherche machinalement sa hache dans son dos...
Rien.
Les yeux écarquillés, elle fouille à nouveau la pièce puis regarde la porte fermée... Ensuite son regard se pose sur une malle, qu'elle s'empresse d'aller ouvrir. Ses muscles se contractent sous les nombreuses courbatures et la douleur de son corps s'intensifie.
- Dulgarmok... Dulgarmok !!
Attrapant l'armure de cuire, elle finit par y trouver l'arme et se rassérène aussitôt en voyant la pointe à sa place.
Elle saisit sa cuissarde et utilise la pointe pour y graver une nouvelle trace, puis se laisse absorber par des souvenirs qui l'assaillent, en marmonnant quelques chose à propos des dieux. Non loin, elle voit un récipient avec un liquide clair.
De l'eau !
Elle s'en approche et après l'avoir reniflé, se met à boire goulûment.
Faisant le point sur la situation, elle retourne vers son lit et aperçoit les quelques tournesols posés maladroitement. Fronçant d'abord les sourcils en voyant que l'un d'entre eux montre ses premiers signes de sécheresses, elle se demande depuis combien de temps elle est restée dans cette pièce... Qui lui parait tellement étrange... Les odeurs y sont tellement différentes... Un cavalier dans un champ... Est-ce que la porte est vraiment fermée ? des tournesols... La guerrière attrape l'un d'entre eux... Kân...
Les traits de son visage se décrispent au fur et à mesure que des bribes de souvenirs lui reviennent, Forgemer... Sa tête lui fait un mal de Worg... L'expédition...
- .... nous entrez ?
Elle connait cette voix... Commandeur... Jetant un regard sur la tunique qu'elle porte et la malle contenant son armure, et jaugeant tout les signaux douloureux que lui envoient sont corps, la guerrière finit par s'approcher de la porte.* *Inspirant pour mieux l'aider à redresser ses épaules, elle se concentre et adopte sa posture habituelle, cachant au mieux ses blessures derrière son armure de fortune en tissu.
- Bonj... Voyant qu'il fait nuit dehors ...soir Commandeure ! J'ai fait transmettre le rapport. L'avez vous reçu ?
Le regard de Lyrd'Nidya se pose sur la jeune femme guillerette qui accompagne sa cheffe.
- Pourquoi amenez-vous cette prêtresse ? Je ne suis pas morte à ce que je sache !
Sydellia -
Sydellia éclate d'un rire joyeux.
- Ne vous inquiétez pas, je vois bien que vous êtes bien loin d'être prête pour la crémation !
Filia-
- Ravie de voir que vous arrivez à tenir debout, vous pouvez vous rasseoir, vous avez combattu bravement hier et avez sûrement contribué à faire de cette négociation un succès, au moins en partie.
Elle montre de sa main Sydellia.
- Voici Sydellia Manilius, et Sydellia, je vous présente Lyrd'nidya Kalsum, l'un de nos meilleurs guerriers. Sydellia nous rejoindra pour l'expédition vers l'île d'Emeraude également. Elle pensait faire un tour à la taverne et j'ai pensé que cela pourrait vous faire plaisir également : vous pourrez parler de vos missions en tant que patrouilleuse afin de lui montrer à quoi ressemblera son quotidien. Si bien sûr vous êtes en état de marcher.
Sydellia -
Sydellia effectue le salut impérial d'un geste particulièrement doux.
- Enchantée de vous connaître, Lyrd'nidya Kalsum. J'ai hâte d'entendre le récit de vos aventures, bien que je perçoive que les choses ne se sont pas déroulées comme vous l'aviez prévu. J'imagine que vous avez de bons soigneurs ici, mais si vous souhaitez que j'inspecte vos blessures, quelles qu'elles soient, je suis à votre service.
Lyrd’Nidya -
Saluant en retour la jeune femme, Lyrd'Nidya répond à la commandeure d'un ton plus froid qu'elle ne l'aurai souhaité.
- J'ai fait ce que j'avais à faire. Et la patrouille est rentrée.
Prenant quelques secondes pour réfléchir, elle fixe à nouveau la jeune impériale, le regard moins dur.
- Comment vont ils? Archibald est plein de ressources et Flavia s'est montrée courageuse.
Détournant le visage vers la clerc, la demi orque grogne légèrement en lui grommelant
- Les choses ne se passent jamais comme prévu...
Je ne pense pas avoir besoin que vous inspectiez mes blessures... Mais pour ce qui est de la taverne... je ne dirai pas non à un verre...
Sydellia -
- Et bien, j'entends déjà l'appel de l'hydromel ! Commandeure, je ressens qu'il serait de bon ton de partager un rituel et un banquet d'importance en l'honneur des dieux avant notre départ. Qu'en pensez-vous ? Je peux l'organiser si vous voulez.
Filia -
- Avec grand plaisir, nous aurons besoin de l'aide de tout le Panthéon pour ce que nous allons entreprendre !
Lyrd’Nidya -
De voir une si jeune prêtresse parler de rituel et d'offrandes aux dieux et la commandeure approuver aussitôt, Lyrd'Nidya trouve la situation plutôt particulière.
- Rien de tel qu'une bonne ripaille... mais.... je crains ne pas être assez en forme pour courir les volailles à sacrifier commandeure...
Esquissant un petit sourire taquin, elle demande par la suite quand se tiendra ce banquet.
- Si vous avez besoin d'aide pour les bêtes à sacrifier, vous pourrez compter sur moi.
Après la discussion avec les deux impériales, Lyrd'Nidya indique à la jeune clerc qu'elle la rejoindra plus tard à la taverne si elle le souhaite, le temps le pouvoir changer sa tenue avant. Tout en les saluant, elle retourne à l'intérieure de la pièce.
Encore groggy par les vapeurs opiacées des soins qu'elle a reçu et les événements de la veille, elle ignore la douleur qui l'irradie et va se poser quelques minutes sur la paillasse, en sortant les différentes pièces en cuir rangées dans la malle. L'énergie qu'elle a utilisé pour tenir debout tout ce temps a finalement raison de son état et elle finit par s'allonger pour essayer de se reposer un peu.
Sydellia -
Sydellia s'avance tout de même vers la demi-orque.
- Je pourrais effectivement avoir besoin de tes services, Lyrd... Mais pour l'heure, je crois que tu as fais ta part de sacrifice. Ne souhaites-tu que je fasse appel au Guérisseur pour qu'il prenne soin de tes blessures ?
Lyrd’Nidya -
Appréciant peu la proximité soudaine de la prêtresse, la demi orque se renfrogne. Bien qu'agacée, elle se sent trop lasse pour réagir.
- Un animal blessé préfère s'isoler pour panser ses plaies... et tant que le Loup Gris ne vient pas me chercher, je doute que votre Guérisseur puisse me venir en aide.
Sydellia -
Sydellia acquiesce doucement de la tête.
- Alors, que la Tête Rousse te protège, grande sœur.
Puis, se retournant vers Filia avec un grand sourire
- Et bien, il semble qu'il soit l'heure de tester la bière de ce Bastion !
Filia -
Filia tire les rideaux pour laisser Lyrd'nidya se reposer.
- Bien volontiers mais ce sera de l'eau pour moi, je ne bois pas d'alcool pendant mon service.
Cain -
[Au même moment, dans la taverne]
Buvant une nouvelle gorgée amèrement, Cain fait tourner sa boisson dans son verre en grommelant auprès de ses nouveaux camarades de beuverie, en la compagnie de Ludleth et Ludwig. La "jeune" nain, ayant vu la détresse de son comparse quelques temps plus tôt, a sans doute dû lui proposer de boire un verre, entraînant son vieux père dans cette aventure, de gré ou de force.
- C'que j'dis, c'est que se prendre une telle rouste en plein dans la capitale, c'est pas normal. J'ai combattu avec Lyrd il y a quelques temps, c'est une coriace. Je ne l'avais jamais vu dans cet état... Et, pour sûr, si la petite s'était retrouvée à sa place, elle y serait passée, surtout... !
Malgré les discours avisés et bienveillants de Ludwig, et les baragouinages enjaillés de Ludleth, le vieux Cain a le regard vide. Il est responsable de Filia et Flavia, et pas seulement parce que c'est un ordre de sa commandeure. Ces évènements lui rappellent de vilains souvenirs. Les idées tournent dans sa tête, mais Cain ne sait pas quoi faire... Lucien pourra l'aider. Il est bon pour échafauder des plans et se prémunir contre des ennemis qu'il ne connait pas...
Flavia -
[Au même moment, dans la chambre de Flavia]
Flavia retourne sa chambre et constate que Servius a rangé ou emporté ses vêtements. Elle n'aperçoit pas Oona et se demande si la fée est effectivement dans la commode ou si elle a changé d'avis. Haussant les épaules, elle va se coucher. Sans doute épuisée par la dure journée (ou peut-être grâce au thé de Lucien), elle s'endort plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru.