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(S01/Ep040) Parler aux pigeons ne prémunie pas de se faire pigeonner.

February 19, 2025
(S01/Ep040) Parler aux pigeons ne prémunie pas de se faire pigeonner. header image

Membres : Emilio Alvarez Vanaldo (Parti), Eanur, Tasaria la Valselame, Azralia L'embrasée (Partie), Sigrid Tahnred (Partie)

Perché sur sa branche, Emilio guette son moment. Il a un plan. Et dès qu’un pigeon passe à portée, il décide qu’il est temps de le mettre en œuvre.

« Eh ! Toi ! Viens par ici, j’ai des questions à te poser ! »

Le pigeon, fort bien élevé, vient se poser sur une branche voisine. S’ensuit un échange d’informations aussi instructif qu’improbable. L’oiseau en question s’appelle Colonel 538 – ou plutôt, c’est son matricule. Il n’a pas réponse à tout, mais lorsqu’Emilio l’interroge sur les meurtres entourés de cadavres de pigeons, il désigne un certain 734 comme étant plus à même d’éclairer cette affaire. Il aurait vu beaucoup de ses compères tomber comme des mouches, et il aurait lui aussi été attiré par quelque chose. Comme si ce quelque chose lui donnait très faim, mais en réalité, cette chose voulait se nourrir de lui.

Après quelques échanges supplémentaires, 538 finit par accepter de travailler pour Emilio. Mieux encore, plusieurs de ses congénères se joignent à l’entreprise, à condition qu’un pigeonnier de luxe, exposition plein sud, soit mis à leur disposition.

Tout se déroule plutôt bien. Jusqu’à ce que deux silhouettes louches émergent de l’ombre, visiblement nerveuses. Elles s’arrêtent au pied de l’arbre, le nez en l’air.

— Hé, toi !

Emilio ne leur prête qu’une oreille distraite, trop occupé à peaufiner les derniers détails avec 538. Mauvaise idée.

— Pourquoi tu parles comme un pigeon ?! Tu nous prends pour des pigeons ?!

Il baisse enfin les yeux vers eux, l’air sincèrement perplexe.

— Mais non ! Je parlais à lui…


Il pointe un doigt vers 5… Ah. Disparu. Un battement d’aile lointain trahit la fuite du traître.


L’un des hommes s’avance avec une voix menaçante.

— On te prévient, pigeon, si tu ne nous réponds pas, ça va mal se passer. Où est Azralia ?! 

L’échange monte en température, et tant qu’ils ne m’ont pas encore repéré, j’essaie une diversion. J’appelle Azralia un peu plus loin, espérant détourner leur attention. Mauvaise idée. Tout ce que je réussis à faire, c’est leur faire dégainer leurs pétards.


« AZRALIA ?! C’est toi ?! Tu es là ?? » hurle l’un d’eux en sortant une arme à feu.


Heureusement, le raffut alerte nos compagnons à l’intérieur de l’auberge. Quelques secondes plus tard, Eanur, Tasaria et Azralia font leur apparition. Les deux types, visiblement tendus, se retournent d’un bloc. Le silence s’étire.

Azralia avance lentement vers eux, les yeux écarquillés, brillants d’une émotion qu’elle ne tente même pas de dissimuler.

« Frangins… c’est vraiment vous ? » souffle-t-elle, la voix tremblante. « Je croyais que vous étiez morts. »


L’un des deux hommes déglutit avant d’esquisser un sourire hésitant.

« C’est toi, princesse… Tu as tellement grandi. » 

La tension retombe d’un coup. Tenrir & Fenrik laissent tomber leurs armes sans même y penser et se jettent dans ses bras.

Ça me serre la poitrine, un peu. L’envie, peut-être. Les retrouvailles, ça doit être quelque chose…

Ils parlent d’une femme aveugle qui les aurait conseillés. « Les corbeaux ne seraient pas venus pour elle… »


Je les observe, et je dois bien l’admettre : ses frères sont vraiment très beaux. J’aimerais beaucoup les connaître un peu mieux.

Malheureusement j’ai à peine le temps de faire un pas dans leur direction qu’ils s’éclipsent déjà, partant discuter en privé...


~~~


Un bon quart d’heure plus tard, Azralia et ses frères reviennent en joyeux fêtards, invitant tout le monde pour leurs retrouvailles. Je crois même apercevoir Tenrir me lancer un regard—non ? Si, j’en suis presque sûr.


Et puis, un bruit sourd.


Un objet vient de s’effondrer sur le plancher.


Non. Pas un objet. Azralia.


Elle gît là, face contre terre, les bras sagement alignés le long du corps, comme une poupée de chiffon qu’on aurait brusquement laissée tomber.

Elle est tombée ? Elle a trébuché ? J’ai loupé un épisode ? 

Eh ! Mais elle ne se relève pas !

En un mouvement parfaitement synchronisé, nous nous précipitons vers elle.

Son corps est immobile. Plus qu’inconsciente—inerte. Elle ne respire plus. Son cœur ne bat plus !

Eanur et Emilio s’activent immédiatement, comptant sur leur magie, tandis que ses frères, affolés, nous accusent déjà du pire. Tasaria, furieuse, leur renvoie l’accusation avec autant d’aplomb, et la tension remonte si vite que leurs poings se crispent. Ils vont en venir aux mains quand la voix d’Azralia résonne. Mais pas depuis ses lèvres immobiles. Depuis le corps d’Emilio.


« Deux lunes, une seule ombre.

Le sang dansera sous leur regard,

Et le fil du destin coupera frère ou sœur…

L’un doit périr pour que l’autre demeure,

Ou tous deux seront avalés par la nuit. »


Un silence s’abat sur la pièce. Puis Tenrir et Fenrik paniquent de plus belle. Et s’ils continuent comme ça, ils vont vraiment finir par nous tuer.

Dans une tentative désespérée, ils tentent de redresser leur sœur, mais Tasaria s’interpose et une bagarre éclate.


Heureusement, Azralia choisit cet instant précis pour revenir d’entre les morts. 

Elle ouvre les yeux, confuse, et avant que quiconque ne puisse la submerger de questions, nous lui expliquons tout. Son effondrement. La prophétie. Le chaos qui a suivi.

Ses frères, soulagés mais toujours sur le qui-vive, échangent un regard.

« Azralia, serais-tu une Chiffon noire ? », lâche Fenrik.


Eanur fronce les sourcils.

« Une quoi ? »

Alors, ils nous expliquent. Chez les Strigany, les « chiffons noires » sont des gardiennes du savoir ancien, détentrices des histoires oubliées. Mais plus souvent qu’autrement, elles sont considérées comme de vieilles folles.

Pendant qu’ils parlent, Emilio s’évertue toujours à traquer la source de la magie, en vain.

Et pour la troisième fois, Tasaria évite de justesse une correction en se jetant tête la première dans une nouvelle confrontation. Seule l’intervention d’Azralia empêche ses frères d’en faire une crêpe. Finalement, en voyant leur sœur nous défendre, Tenrir et Fenrik cèdent.

Ils laissent Azralia entre nos mains. 

J’ai proposé qu’ils restent, mais ils déclinent poliment. Je les observe partir, et au dernier moment, l’un d’eux me lance un clin d’œil.

Mon cerveau court-circuite.

Rouge écarlate, j’empoigne ma capuche et la rabats aussitôt sur mon visage. Si je pouvais me transformer en vase, là, maintenant, je le ferais sans hésiter.


Mais avant que je puisse me liquéfier davantage, Franz Lohner fait son entrée.

« Pourquoi les jumeaux, les deux plus grands meurtriers d’Ubersreik viennent-ils de quitter la lune rouge ? » dit-il tout en pointant vers la porte d’où il est entré.

Le silence est fracassé par Emilio, qui surgit sur lui sans crier gare.

« Il faut des protections magiques. Et un pigeonnier orienté sud ! »

Lohner le contemple un instant, l’air dubitatif, avant de le pousser délicatement sur le côté.

« Federico Paccelini a un contrat pour vous. »

Et, comme toujours, nous repoussons nos tracas immédiats pour nous concentrer sur la prochaine mission.

Je vous suis. Moi, je garde ma capuche.

~~~


Nous rejoignons Federico, toujours fusionné à sa chaise au fond du même bar flingué La Lanterne Fêlée.

« Vous connaissez la Lame Jaune ? » demande-t-il dès que nous sommes tous installés, à peu près confortablement, autour de sa table.


A priori, la « Lame Jaune » est le nom de scène d’un certain Jaroslav Mirkovic, un contrebandier de légende avec un réseau solide et une spécialisation en « vol de reliques ». Spécialisé dans les artefacts « païens », il s’assure toujours d’éviter ceux liés à la Madone. « J’ai des principes », qu’il dit… pour ce que ça vaut.

Visiblement, le type a disparu avant de livrer sa prochaine cargaison, donc Federico nous demande d’aller la chercher là où il a l’habitude de stocker ses marchandises. Parmi ce butin, dissimulé dans un coffre dans un petit entrepôt du Marktplatz, se trouverait une icône sacrée en or de Ulric.


Federico annonce la récompense : 200 couronnes.

Tasaria, fidèle à elle-même, tente aussitôt une négociation pour faire grimper la somme à 250.

Il accepte. Beaucoup trop facilement, et nous aurions dû y voir un signe.


Mais l’arnaque qui nous attend est d’un tout autre niveau.


Nous nous dirigeons sans tarder vers l’entrepôt. De l’extérieur, silence absolu. Personne en vue.

À l’intérieur… un carnage. 

Des corps jonchent le sol. Des hommes en uniforme de répurgateurs, pour la plupart. L’odeur du sang et de la mort flotte encore dans l’air. La tuerie a eu lieu bien avant notre arrivée, mais pas tant que ça : les torches encore allumées suggèrent que le massacre s’est produit il y a moins d’une journée.

Nous fouillons les bureaux. Aucune trace d’activité illégale. Le commerce semble aussi banal qu’une vente de tissus des plus honnêtes. Mais quelque chose cloche…

En examinant les corps, nous remarquons plusieurs détails troublants :

L’un des répurgateurs porte un tatouage de gang sur le bras. Une flasque d’alcool dépasse de sa poche. Et des marques sur ses poignets indiquent qu’il a été attaché récemment.

Plus étrange encore : toutes les bottes ne se ressemblent pas. Or, les répurgateurs portent normalement des uniformes identiques.

Nous sommes en train de mettre les pièces du puzzle en place quand un bruit retentit à l’extérieur. Des pas. Beaucoup trop de pas.


Le piège vient de se refermer. Nous sommes cernés.


La garde d’Ubersreik nous attend dehors, en formation. Et avec eux, un prêtre du Monseigneur Templier Hoffmann (Mort). À ses côtés, le Capitaine Stieglitz.

Malgré nos tentatives pour expliquer l’évidence—qu’on n’a rien à voir avec ce carnage—Stieglitz n’écoute pas.


Les ordres ont été donnés.


Et nous sommes bons pour un aller simple à la Roche Noire.


Ce foutu Hoffman… Si ce type oublie de fermer sa fenêtre un soir, il a intérêt à porter un casque.


Nous devrions demander de l’aide à Tenrir et Fenrik ! Si seulement je parvenais à les convaincre…

Je vais devoir m’entraîner à parler.