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(S01/Ep062) De nouveaux emmerdements en perspective

April 12, 2025
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Membres : Sigrid Tahnred (Partie)Dav'azk (Mort), Thulkan Arawynn, Eanur

Dav'azk poussa brusquement la porte du bureau de Herr Lohner, bien évidemment sans avoir frappé, ce qui fit légèrement sursauter ce dernier et le mit de mauvaise humeur. Mais la présence du barbare en ces lieux fit comprendre instantanément à Lohner que cela ne pouvait signifier qu'une seule chose :

Me dites pas que l'autre bande de toqués vous a encore désigné pour faire le rapport ? commença-t-il d'un air rébarbatif.

C'est moi qu'ils ont choisi, grommela le barbare.

Vous savez que pas mal de gens ici pourraient vous aider à apprendre. Vous n'avez jamais eu envie de savoir écrire ? Ou même lire ? demanda le vieux capitaine en haussant les épaules.

Non.

Ce refus était tombé si sec et naturel de la bouche du barbare que Lohner abandonna tout espoir de jamais parvenir à en faire un lettré — qui, de plus, aurait eu l'excellente idée d’écrire ses rapports lui-même...

Abandonnant donc sa lecture à contrecœur, il tira une feuille vierge d'une des nombreuses piles de vieux papiers qui jonchaient son bureau avant de lâcher un :

J'vous écoute...

Bah... Le boulot d'Ivano Vostrikov (mort) était bien payé et pas bien compliqué. Il nous a demandé d'aller colporter la rumeur dans tout le Teübrucke (Docks) comme quoi Oma Gretchen allait déclencher une guerre contre la bande des Cathayens de Zang (Mort) – ceux qui sentent trop bons pour être honnêtes.

Et puis, comme on allait dans le quartier des docks, il a voulu qu'on en profite pour aussi déposer discrètement une grosse caisse bien lourde dans un entrepôt qui appartient à la bande d'Oma Gretchen justement. Enfin, Vostrikov nous a pas clairement révélé que c'était chez la grosse Dondon, mais celui qui l'a dit, c'est l'elfe qui fait de la magie...

Vous voulez dire Thulkan.

Ouais, c'est son nom, je crois. C'est un magicien. J'l'aime pas. Et pis, lui non plus, il m'aime pas.

Lohner leva les yeux vers le colosse avec un regard qui disait clairement « et ça vous étonne ? », avant d'ajouter :

Vous n'avez pas fait ça, bien sûr ?

Bah si ! Moi et la gueuse... Celle-là, elle s'appelle Sigrid. Finalement, j'l'aime bien mais faut plus qu'elle touche  son arc... Bref, à nous deux, on a porté la caisse jusqu'à l’entrepôt des Gretchens. Personne nous a vus faire, parce qu'y avait pas âme qui vive, comme nous avait prévenus Vostrikov. Du coup, on a laissé la caisse bien en évidence à deux pas de la porte, pour que les gars d'Oma la trouvent facilement.

Lohner était médusé. Le barbare racontait ça avec une telle désinvolture... Il se souvenait pourtant très bien leur avoir demandé, avant leur départ de la taverne, de faire preuve de bon sens — pour une fois — et surtout de ne pas déclencher une nouvelle guerre. 

Et après ça, on s’est séparés pour diffuser la rumeur plus vite : moi, je suis allé voir cette vieille poche de Moritz, j’ai vu votre Thulkan-machin parler à Federico, et pis Sigrid et l’elfe blondinet sont allés à la Muse Sournoise et au camp des manouches.

Lohner n’en revenait pas. Il secoua la tête, presque incrédule. 

Rassurez-moi… Vous avez quand même jeté un œil dans la foutue caisse, non ? 

Bah... bien sûr que non ! Vostrikov a dit de surtout pas regarder. Il a été bien clair sur ce point.

Mais... mais bon sang raison de plus pour regarder dans ce cas ! s’énerva Lohner.

Bah non, Vostrikov a dit que c’était juste des fusils alors... Rooh ! Moi, je fais seulement ce pour quoi on me paie...

Vostrikov a dit ! Vostrikov a dit ! Non mais vous êtes cons, ma parole ! le coupa Lohner.

Ouah... Restez poli ! s’échauffa le barbare.

Lohner lui lança un regard noir, puis se força à se calmer. Après tout, il n'y avait pas encore mort d'homme et ce n’était pas la première fois qu’il devait gérer les dégâts causés par sa propre compagnie. Il soupira longuement car il sentait poindre cette lassitude qu'il connaissait trop bien. Il se parla à lui-même à mi-voix : 

Avouez que par moments, je me demande vraiment si vous n’en faites pas exprès pour me faire crever avant l’heure.

Mhmm... fut tout ce que grogna le barbare en retour.

Lohner se renversa dans son fauteuil puis changea de sujet pour prendre de cours Dav'azk qui, cela était évident, n'avait qu'une envie : sortir d'ici.

J’ai appris que vous étiez allé jusqu’à Middenheim ?

Certes. C’était long, mais les routes n'ont pas été trop mauvaises, acquiesça Dav'azk.

Vous cherchiez à en apprendre plus sur le culte d’Ulric ? J’ai su que vous aviez délaissé votre vieux dieu de sauvages. Ceci, au moins, est une bonne chose.

À l’évocation du dieu de ses pères, Dav'azk se redressa de toute sa hauteur, puis, le visage sombre, il commença à déclamer :

Mon ancien dieu, Crohn, ne convient pas aux gens civilisés tels que vous, Gunderlandais, Argosiens ou Poitainiens !

Lohner fronça un sourcil tandis que l’autre poursuivait, toujours d’un ton lugubre, comme si la question sous-jacente des dieux se révélait absolument capitale pour le barbare :

Vous autres ne savez rien de Crohn ! Perché sur sa montagne, il est sinistre et impitoyable, toujours prêt à prononcer un jugement désapprobateur sur tout et tous. Mais on dit aussi qu’il apprécie l'honneur, le courage et la ténacité chez les mortels qui vivent et meurent par l'épée, même s’il nous trouve bien trop chétifs pour survivre bien longtemps. Il n’a que faire des prières et méprise la faiblesse, aussi, les miens ne prononcent son nom que pour un juron ou une malédiction, souvent au moment de fendre un crâne ou trancher une tête.

Charmant… Vraiment très folklorique, ironisa Lohner. 

Si j’ai depuis choisi de me détourner de Crohn, c’est parce qu’Ulric m’est apparu en personne lors de mon premier combat à la Cage de Fer. Être en présence d’un dieu peut remettre en cause les croyances de beaucoup d’hommes. À ce moment, Ulric m’a promis de grandes choses. Mais depuis ? Plus rien.

Lohner expira bruyamment avec un air d’évidence :

Ulric ne donne rien gratuitement. Il faut prouver sa valeur. Vous êtes allé à son grand temple à Middenheim pour le retrouver ? 

Ce que vous dites, on me l'a déjà dit mais je n’étais pas habitué à ça avec Crohn. Et je commence à croire que j’ai été dupé par un dieu de la civilisation. Cela ressemble beaucoup à vous autres, ceux qui disent une chose avec leur bouche mais qui, au même moment, pense autrement dans leur cœur.

Puis Dav'azk poursuivit :

Dans la ville du Nord, j’ai surtout croisé les vilaines engeances de son culte, qui m’ont une fois de plus fait mille promesses avant de cherché par tous les moyens à m’impressionner par la grandeur des temples qu’ils ont édifiés pour se prosterner. Je voulais me trouver en sa présence, mais je n’ai rien ressenti là-bas. Ce que je cherchais, c’était découvrir la puissance de son essence divine, et non pas ses temples qui, aussi hauts soient-ils, finiront en poussière.

Lohner faisait non de la tête.

Faites attention tout de même à qui vous dites des choses pareilles. Cela frôle dangereusement l’hérésie ! Avec moi, vous avez la chance d’avoir l’oreille de quelqu’un qui a vu beaucoup de choses, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. En tout cas, je crois comprendre de quoi vous parlez avec vos mots maladroits. Si je vous comprends bien, ce que vous vénérez, c’est la puissance éternelle d’Ulric, pas les pierres qu’on entasse pour l’adorer et qui disparaîtront inexorablement à cause de l’entropie...

Et tandis que Lohner se lançait dans un long discours philosophique, le barbare ne comprenait pas grand-chose à ce que racontait cet homme éduqué. Cependant, un nom qui était inconnu de Dav'azk revenait encore et encore dans le monologue de Lohner et mobilisa son attention: celui de Lentropie.

Plongé dans ses pensées, Dav'azk réfléchissait à sa manière rustique afin d'essayer de se souvenir si un homme nommé Lentropie et censé détruire le monde entier à la fin des temps n’aurait pas été lui aussi mentionné dans les légendes cimmériennes dont il se rappelait.

Décidément, ce nom ne lui disait vraiment rien et comme Dav'azk ne s’était jamais aventuré dans les viles contrées lointaines de l'Hyperborée, il n'avait vraiment aucune chance de savoir ce qui pouvait bien s'y tramer.

Mais non, ce qui effrayait le plus Dav'azk à cet instant et qui l'avait poussé à placer son destin avec Ulric qu'il espérait tout puissant, ça n’était pas Lentropie dont il n'avait aucune réminiscence. Les rumeurs qu’il avait entendues parlaient de l’autre.