Journal retrouvée entre deux pierres suintantes du chœur effondré de l’abbaye de Reutenheim par Wilhelm Sachs.
Je suis revenu là où tout a commencé.
Reutenheim. C’est ici, enfant, que j’ai entendu Son nom pour la première fois. Ici, que j’ai pris l’habit. Quand les cloches sonnaient encore et que les pierres n’étaient pas noires d’humidité. Le vieux frère Albrecht disait que les murs priaient avec nous.
Quand tout s’est effondré à Ubersreik… quand ces chiens de l’Eau Noire ont profané mon œuvre… j’ai su où fuir. Ce lieu me reconnaît encore. Il me protège. Il m’écoute, mieux encore il me répond
C’est ici, dans les entrailles inondées de Reutenheim, que j’ai entendu la voix.
Ce n’était pas comme autrefois. Ce n’était pas un chant, ni une chaleur dans le cœur. Non. C’était... un grattement. Un souffle sec, comme une parole murmurée à travers les fissures d’un mur fendu. Des mots éraillés, des consonnes sifflantes, mais pleines d’ardeur, de jugement, de vérité.
Est-ce ainsi que Sigmar parle à ceux qu’il veut briser pour mieux les élever ?
Cette voix m’a montré le chemin. Un autel oublié sous la nef engloutie. Des glyphes inconnus, mais que ma main savait tracer. Des phrases anciennes, gravées dans la pierre et la chair.
Le Jugement viendra par le feu.
Ce monde est pourri — gangrené de tiédeur, de doute, de compromis. Ce feu que je prépare n’est pas une vengeance : c’est un remède. Il nettoiera l’Empire, consumera les traîtres, les mutants, les demi-croyants… et eux.
Je récite les versets chaque nuit. Je jeûne. Je sacrifie. Les flagellants viennent à moi sans que je les appelle. Ils comprennent. Ils brûlent de la même fièvre.
Parfois, la voix… rit.
Une note nasillarde, aiguë, presque étrangère. Mais je ne dois pas douter. Je suis l’outil. Je suis le feu. Je suis le marteau et l’enclume.
Bientôt, les fondations vibreront. Le sol s’ouvrira. La lumière jaillira sous Ubersreik. Et dans les cendres, je bâtirai un Empire digne de Son Nom.
Ceux qui m’ont brisé verront que je suis resté fidèle, plus que tous les autres.
Qu’ils prient fort, car lorsque le feu parlera, leur faiblesse de cœur ne les sauvera pas. Le Weltschmez vaincra le chaos, sous toutes ses formes, et la compagnie de l'Eau Noire périra avec eux !