Membres : Hakim Al Irfan, Thulkan Arawynn, Dav'azk (Mort), Darna Fleurd’Or
La porte du bureau de Herr Lohner s'ouvrit. Personne n'avait frappé et le capitaine de la compagnie, qui jusque là pensif, observait l'animation de la rue, pensa que ça ne pouvait signifier qu'une chose.
— Vous venez pour un rapport ?
Dav'azk, le visage renfrogné comme à son habitude, grogna, ce qui - Franz Lohner avait fini par le comprendre - dans sa langue signifiait oui.
— Prenez un siège et dîtes moi tout !
Le barbare empoigna une chaise qu'il enfourcha à l'envers, toujours prêt à bondir puis il ouvrit la bouche pour la première fois:
— Votre Kurt Siegel nous a proposé 800 couronnes d'or pour accomplir sa tâche.
Franz Lohner s'installa à son bureau et rassembla son matériel d'écriture. Dav'azk poursuivi:
— Ce drôle est bien douteux et vous auriez pu au moins nous prévenir qu'il portait des lunettes... Un de vos accessoires civilisés qui ne me dise rien qui vaille. Si votre vue baisse, c'est qu'il est temps d'en finir. Tous ceux qui en portent et que j'ai rencontré ont presque toujours fait preuve de duplicité.
Lohner leva les yeux au ciel mais ne releva point les inepties de l'autre. Le barbare dit:
— Dankrad Sacher est mort chez lui et Siegel nous a engagé pour découvrir comment.
— Et vous l'avez découvert? Lohner écoutait et notait attentivement désormais.
— Pas complètement sûr. En ce qui me concerne, je trouve bien normal que ce bougre soit mort dans une ville pareille sans même une lame pour se défendre. A moins qu'il n'ait périt d'ennui au milieu de tant de paperasse, à boire de l'alcool pour femelette et...
— Assez! s'était fâché Lohner. Sacher était aussi un ami à moi. Et un ami de la compagnie. Je vous défend de parler en mal de lui ! Dîtes-moi plutôt ce que vous avez trouvé !
Dav'azk haussa les épaules avec un grognement nonchalant.
— En tout cas, il nous a bien fait tourner en rond. La maison ne portait aucune trâce d'une intrusion et je m'y connais mais Sacher avait des ennemis. Siegel nous a parlé des Von Bessemer et puis nous avons aussi retrouvé une lettre de menace du Weltschmerz chez lui certainement parce que Sacher avait des amours contre-nature.
— Le Weltschmerz (Inactif) est trop faible à l'heure actuelle pour se soucier de Sacher fit remarquer Franz.
— C'est aussi ce qu'ont dit les autres du groupe. Il y avait chez lui des objets précieux de Cathay qui laissait penser à une accointance avec les gars de Zang mais finalement Sacher avait seulement voyagé jusque là-bas et rapporté ces trucs inutiles.
— En effet, Dankrad Sacher fut ambassadeur de l'Empire au Cathay pendant un temps.
— Certes reprit le barbare, par contre il était marqué d'une rougeur au poignet gauche ainsi que du signe cabalistique d'un rituel d'oubli Strigany sur son avant bras. Enfin... C'est ce qu'on dit les magiciens.
— Qu'est-ce que le Camp Strigany peut bien vouloir à quelqu'un comme lui ? demanda Lohner.
— Ah bah vous allez voir parce qu'au final on a découvert que c'était eux qui ont fait le coup lâcha Dav'azk un petit sourire aux lèvres, mais c'est la naine et Hakim qui m'ont raconté parce que moi j'étais dans la rue.
— Ah bon ? Comment ça dans la rue ? Vous faisiez le guet ? demanda Lohner.
— Non, non, non... Pas le guet.
La posture du barbare changea et il semblait mal à l'aise. Le rictus qu'il avait sur le visage une seconde plus tôt avait disparu laissant place à une grimace bizarre.
— Alors ? Expliquez-vous ! insista Lohner qui trouvait ça louche.
— J'ai bien failli faire passer ce maudit elfe par la fenêtre du premier étage dit-il en se levant comme un ressort ce qui envoya la chaise tomber. Ensuite, la naine m'a demandé de sortir.
— Quel elfe ? Thulkan ? Je vous ai déjà dit de ne pas vous en prendre à vos compagnons !
— Je sais mais il a recommencé à troubler le sommeil des morts pour parler à ce Sacher. C'est sacrilège ! L'âme des morts ne doit pas être dérangé. Par quiconque! Ou alors je tue le malfaisant !J'ai vu l'armée impie des deux fois nés en Stygie et il faut qu'ils soient deux fois morts s'emporta Dav'azk dans un accès de rage, tournant et retournant dans la pièce comme un lion en cage.
— Maîtrisez vous ! C'est un ordre ! Pas de bagarre avec vos compagnons imposa Lohner.
Le barbare silencieux le lorgnait d'un œil noir et le capitaine eu l'intuition que son ordre n'avait aucune chance d'être suivi. Ca n'était pas la première fois qu'il observait la grimace étrange qui déformait en ce moment le faciès de l'autre. Dav'azk avait fait preuve d'un comportement totalement irrationnel à chaque occurrence où une discussion en venait à parler de mort-vivants ou de nécromancie et qu'il était dans les parages. Lohner s'en était particulièrement rendu compte lorsque la Lune Rouge avait brièvement accueilli Morgatha. Un épisode lors duquel Dav'azk avait été plus colérique que jamais, marmonnant et rodant parfois dans les couloirs de la taverne l'épée à la main. A cet instant, Lohner profita du fait que le fauve se trouvait juste devant lui pour tâcher de deviner ce qui pouvait bien le torturer à ce point. Les deux hommes se fixaient sans mot dire et Lohner fini par déceler que derrière la rage aveugle et sourde, se trouvait en fait dissimulé une grande crainte...
Ah! La peur primale. C'était donc ça!
Lohner avait mené des hommes sa vie durant et il savait que de tous les sentiments humains, celui là était sans nul doute le plus puissant. Face à la peur, il avait vu des soldats prendre leurs jambes à leur cou et parcourir des distances incroyables en un temps record. Il avait aussi vu d'autres soldats qui, au contraire, confrontés aux mêmes horreurs devenaient capable de se battre comme de véritables forcenés contre l'incarnation du mal et cela afin d'annihiler la peur elle-même. Lohner présumait que Dav'azk appartenait à cette seconde catégorie.
Le capitaine sut qu'absolument rien de ce qu'il pourrait ordonner au barbare sur ce sujet en particulier ne pourrait le faire changer d'avis. Il fallait parler à Thulkan pour lui dire de se méfier et faire plus attention sinon un jour ou l'autre un drame aurait lieu.
Le silence était devenu pesant et le barbare observait toujours Lohner, de toute sa hauteur et avec un air farouche, comme sur le qui-vive. Le capitaine se dit qu'il serait bon de changer de sujet:
— Bon! Dîtes-moi ce que vous ont dit Darna et Hakim. Et n'oubliez rien.
Les muscles de Dav'azk se détendirent et son attitude changea.
— J'ai une excellente mémoire. Hakim m'a dit que Sacher s'apprêtait à adresser à Altdorf un rapport sur les Von Bessemer exposant leur corruption. Ce rapport se trouve toujours au scriptorium.
Il a dit que les Von Bessemer et leurs sbires n'avaient aucun pouvoir à Ubersreik. Ils étaient tous des marionnettes agissant sous les ordres d'une certaine Audrey Klinger qui se terre dans la ville voisine de Bogenhafen
Cette Klinger est une vampire lahmiane servant la Reine du Mont d'Argent, une organisation qui infiltre toutes les villes de l'Empire. Cela faisait des années que Sacher cherchait à découvrir qui est la responsable de Klinger.
Il m'a aussi dit que vous connaissiez cette Klinger et la compagnie de l'Eau Noire également car elle nous a aidé dans le passé. Que certaines pages du journal sont déchirées car elles font référence à cette espionne et la compagnie a juré de garder son secret.
Enfin, ils ont aussi appris que Sacher avait été agressé en pleine rue par deux jeunes gens qui lui ont glissé un liquide dans l'oreille avant de tracer le symbole qu'il avait sur l'avant bras.
La naine est certaine que les agresseurs sont des Striganys. Les Von Bessemer les payent c'est pour ça que leur camp n'est pas déjà reparti car ils ont quelque chose à faire ici. Elle dit aussi qu'avant de devenir nomades, les Striganys vivaient dans le Kush, qu'ils vénéraient les vampires comme des dieux et qu'aujourd'hui encore, il existe une alliance tacite entre leurs deux peuples.
Ceux qui ont fait ça n'ont cependant laissé derrière eux aucune preuve tangible.
Après toutes ces informations, Franz Lohner resta un instant silencieux avant de lâcher:
— Je m'en doutais.
Puis il retomba dans ses réflexions. L'autre était immobile et ne pipait mot. Dav'azk avait beaucoup de défauts mais on ne pouvait pas l'accuser de parler pour ne rien dire. D'ailleurs, Lohner le félicita:
— C'est un excellent travail en tout cas et vous passerez évidemment le bravo aussi à vos compagnons.
Dav'azk grogna à nouveau pour dire oui. Lohner reprit:
— Vous savez, ça fait quelques temps que je voulais vous dire cela mais au final, je vous aime bien. Vous avez... certaines qualités.
L'autre écoutait toujours, complètement stoïque, comme s'il était imperméable aux louanges.
— Déjà... vous n'avez aucune peur de mourir, ce qui est la meilleure disposition du mercenaire. Euh... Vous parlez toujours avec franchise. Et puis... passé la stupeur des premiers temps, vous êtes quelqu'un plutôt facile à cerner. Enfin, et c'est peut-être le plus important après ce que vous venez de découvrir, je suis assez sûr de moi quand je dis que vous faîtes partie de ceux qui ont rejoint cette compagnie sans aucune arrière pensées.
Dav'azk se leva et confia avant de sortir:
— Je vous aime bien aussi Franz. Malgré vos discours niais auxquels je ne comprends jamais rien, de tous vos congénères, vous êtes celui qui ment le moins.
Lohner eu un demi-sourire en prenant en pleine face un compliment doux-amer de plus de la part de Dav'azk, puis avant que l'autre ne sorte il repensa à un détail insolite qui lui avait échappé lors de l'exposé du barbare. Pas un instant, le fait de parler de vampire n'avait perturbé l'autre. Il tenta:
— Au fait, vous savez ce qu'est un vampire ?
— Non, je ne connais pas ce mot. En tout cas, pas dans votre langue.
— C'est un mort-vivant aux dents longues suceur de sang qui souvent commande à d'autres mort-vivants.
Le résultat ne se fit pas attendre. La grimace réapparut, pire que jamais sur la face du barbare. Sa lèvre supérieure se soulevait en tremblant. Il lâcha un glaviot sur le tapis suivi d'un immense cri de rage
— Mais alors qu'attendons-nous pour aller à Bogenhafen foutre le feu à cette Klinger !!!
Le cadre du portrait de l'Empereur au dessus de la cheminée se fracassa par terre lorsqu'il claqua la porte à la volée en partant. Lohner l'entendit longtemps tempêter encore en s'éloignant dans les couloirs de la Lune Rouge.