Membres : Azralia L'embrasée (Partie), Tasaria la Valselame, Sigrid Tahnred (Partie), Linus Crowley, Giovanni Artigliorosso (mort)
Au lever du soleil, dans l’aube encore tiède de la cité d’Ubersreik, je me trouvais à panser mes casseroles et aiguiser mon couteau préféré, Il Sussurratore, lorsqu’arriva mon ami et compagnon d’armes, l’illustre répurgatore Ser Crowley. Homme de peu de mots, d’autant moins quand je me lance dans mes récits matinaux, il hocha simplement la tête quand je commençai à lui conter mon dernier week-end romantico.
« Ah, Crowley, mio caro amico, que te dire ? Ce fut un week-end meraviglioso ! Moi et ma douce Colomba, bella come il sole al mattino, avons passé deux jours entiers au bord du lac des Brumes. Du pain grillé, un peu de prosciutto, de bonne boisson et la chaleur de ses bras… » Il regarda vers la porte, probablement priant pour une interruption divine.
Il fut exaucé. La porte s’ouvrit sur mi Colomba elle-même, vêtue de son manteau bleuté, l’air décidée et flamboyante. À ses côtés, les Sœurs de l’Ombre firent leur entrée comme deux corbeaux élégants et souriants. Des dames qu’on ne souhaitait guère offenser.
« Buongiorno, mie signorine, » leur lançai-je, essuyant mes mains sur mon tablier de lin. Leur sourire n’était pas celui de la visite amicale : elles apportaient une mission.
Elles nous exposèrent rapidement la chose : un noble, vêtu de douleur et de colère, avait proposé un contrat généreusement rémunéré. Sa fille, unique héritière, avait été assassinée lors d’un bal privé par un cercle de cinq nobles décadents, dont notamment Johann Kepler (Mort) . Il souhaitait giustizia, ou du moins, vendetta, et il avait les moyens de la payer.
Le plan était simple mais délicat, comme un soufflé à la truffe : nous devions nous infiltrer lors d’un bal privé donné dans un manoir isolé. Les Sœurs de l’Ombre prendraient le rôle de danseuses, moi, celui de cuisinier engagé pour la soirée. Une fois à l’intérieur, j’ouvrirais une porte dérobée pour permettre l’entrée de mi Colomba et de Ser Crowley, restés en attente.
L’opération débuta au crépuscule.
Déguisé en chef aux manières modestes, je passai les portails du manoir avec facilité. « Una zuppa calda pour l’accueil, messeri ? » demandai-je, dissimulant mon mépris. Les Sœurs charmèrent les vigiles et entrèrent sans heurt.
Quand le moment fut venu, je fis glisser le loquet arrière, et mi Colomba, souple comme un chat, pénétra dans l’ombre, suivie de notre répurgatore, sa cape dissimulant une justice tranchante.
Ils descendirent dans les profondeurs du manoir. Et ce qu’ils y trouvèrent fit frémir même les murs : un atelier clandestin de fabrication de bombes — non pas des petites, mais des ordigni di guerra, capables de réduire un quartier en poussière. Les documents découverts étaient pires : une conspiration persistante à poursuivre la purge entreprise jadis par le Monseigneur Templier Hoffmann (Mort), un fanatique qui avait échoué à « purifier » la ville.
« Même si la ville doit brûler, le feu doit continuer, » disaient les écrits. En particulier, Keppler avait pour plan d'assasiner Adola Von Brinhagen et tout les nobles du Morgenseite
À l’étage, le bal battait son plein. Les cinq nobles, gras de vin et arrogants comme des porcs dans un lupanar, attendaient que les Sœurs de l’Ombre s’offrent à eux comme des plats exotiques. Je les observais, tentant de garder mon calme.
Mais l’on peut tolérer beaucoup, sauf l’insulte faite à ceux qu’on aime.
Quand l’un d’eux tenta de poser ses doigts graisseux sur une des Sœurs, je me suis avancé, mon visage figé, et lui ai dit doucement :
« Monsieur… vous brûlerez pour cela. »
Puis, avec une rapidité dont je ne me savais pas capable, je le poussai violemment dans la grande cheminée.
Et le chaos commença.
Les Sœurs dégainèrent leurs lames fines et rapides comme des vipères. Mi Colomba et Crowley surgirent de la cave, apportant les preuves et le feu de la justice.
Le combat fut court, intenso, brutal.
Les cinq nobles tombèrent, l’un après l’autre, dans une mare de leur propre décadence. Les gardes, hésitants, furent sommés par Crowley :
« Quittez les lieux. Ceci ne vous concerne plus. Cela ne mérite pas votre mort. »
Ils obéirent.
Quand l’affrontement fut terminé, que le sang se fut apaisé dans les rainures du parquet, deux des cinq nobles respiraient encore, quoique difficilement. Le répurgateur et moi-même les avons interrogés avec cette forme particulière de "delicatezza inquisitrice" que seule une vie dans les ombres peut enseigner.
Malheureusement, leurs bouches n’avaient que des vérités troublantes à offrir. Les deux fous avouèrent avoir eu une réunion secrète avec un homme encapuchonné, au regard rouge, incandescent, comme le chaos lui-même. Aucune identité, aucun nom — seulement un frisson dans l’air à son passage, et une promesse d’influence, de pouvoir… et de plaisirs que même les pires bordels d’Altdorf refuseraient d’abriter.
Nous nous rendîmes dans la pièce du rendez-vous, une bibliothèque oubliée dans l’aile nord du sous-sol du manoir. C’est alors qu’une des Sœurs de l’Ombre, Azralia, s’interrompit brutalement. Son corps se figea comme sous le vent glacé d’un autre monde. Ses yeux devinrent blancs comme neige de minuit, l'épuisement la frappa comme une lame d’air froid, son corps tomba comme si son âme venait de la quitter. Dans un murmure étrange, porté par une voix qui n’était plus tout à fait la sienne, elle prononça :
"Entrailles profondes encore fumantes.
Lorsque la porte s’ouvrira sur les plaisirs interdits,
Les murs renaissants seront balayés par le souffle ancien.
Alliez les magies pour préserver,
Ou détruisez et précipitez la Fin."
Un silence de plomb suivit. Pas un souffle, pas un cri.
Nous comprîmes. Ce n'était plus une affaire de vengeance. Le Mal lui-même avait marché entre ces murs, tissé des fils dans l’ombre, et il poursuivait une œuvre dont nous n’avions vu que l’esquisse. Le danger n’était pas contenu : il s’étendait, attendait.
Quand elle reprit conscience, Crowley n’étant pas loin, il m’aida à la relever et nous décidâmes, d’un commun accord, que la nuit avait assez livré ses secrets.
Nous rentrâmes.
Et comme il se doit, j’ouvris les portes de mon modeste restaurant, mia prezios Oasis pour nos compagnons meurtris mais vivants. Là, à la lueur des lanternes, je leur servis de bonnes bières, du pain encore croustillant, et surtout, mes fameux baklava au miel, croustillants et dorés comme les couchers de soleil sur les golfe de Tilea.
Mi Colomba, les joues rouges d’émotion mais le regard fier, dévora les siens en silence, une main posée sur la mienne.
Les Sœurs, silencieuses mais visiblement soulagées, mangèrent lentement, comme pour repousser le retour à la réalité.
Quant à Ser Crowley… il prit un seul baklava, le mangea en deux bouchées, puis murmura simplement :
« On en aura besoin d’autres. »
Je lui ai répondu avec un sourire fatigué :
« Fort heureusement, j’ai encore de la pâte filo. »
Rien ne peut ou ne doit justifier quelques violences faites sur un bambino. Nous étions certes bien payé mais heureux avant tout d’avoir pu faire régner un semblant de giustizia dans ce monde si sombre. En espérant que cela puisse servir de lezione à tous les sfortunato qui souhaiteraient reproduire ce genre de mostruosità !