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(S01/Ep102) Un violent vaut mieux qu'un mutant

October 3, 2025
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 membres : Linus Crowley, Tasaria la Valselame, Dav'azk (Mort), Giovanni Artigliorosso (mort)

La Compagnie s’est installée dans l’enceinte du fort de Kesselvald, un bloc de pierre solide et pratique, mais trop figé à mon goût. L’air y est lourd, saturé de la sueur des soldats, du fer des armes et de la peur muette des civils qui savent trop bien qu’il y a quelque chose dans ces bois. Des mutants rôdent aux abords. On sent leur présence dans la tension des sentinelles et dans le calme malsain des nuits. Ce genre d’ennemis n’a pas besoin de faire de bruit pour se faire craindre.

   On m’a envoyée en patrouille avec Dav’azk, Giovanni et Crowley. L’ordre était simple, inspecter les alentours et vérifier une vieille taverne abandonnée le long de la Route de l’Est, signalée comme possible repaire. Dès le départ, je savais que cette expédition ne serait pas une promenade.

   Nous avons pris la diligence. La route serpentait à travers les pins noyés dans la brume. Chaque craquement dans les sous-bois sonnait comme un avertissement. Lorsque la taverne apparut enfin entre les arbres, elle ressemblait plus à un petit fortin qu’à un lieu de repos. Les murs étaient anciens, les fenêtres barricadées avec des planches récentes. Quelqu’un vivait là ou s’y préparait. Un nain et le tavernier sortirent à notre approche. Leurs gestes étaient calmes, mais leurs yeux fouillaient nos silhouettes avec une méfiance qui en disait long sur les temps qu’ils traversaient. À l’intérieur, la chaleur des torches contrastait avec le froid de la route. Une quinzaine de personnes s’entassaient.

Des paysans nerveux, le tavernier et sa femme, un marchand escorté par une malle verrouillée, un nain, tout seul,  et surtout une garde de Kislevites menée par un certain Vassili Dragunov. Un homme bruyant et sûr de lui.

   Je me suis instinctivement rapprochée de Giovanni. Sa haine des Kislevites avait déjà failli nous coûter la vie il y a quelques semaines. Ces derniers temps, je sentais qu’il avait les nerfs à vif, et ce genre de rencontre n’allait pas l’apaiser.Crowley a pris les devants pour la détection. Il a sorti sa vieille méthode, un mélange de bière et d’eau bénite servi à tout le monde pour vérifier si un mutant se cachait parmi les civils. Les paysans ont bu avec appréhension, mais rien ne s’est produit. Pas de brûlure, pas de contorsion, pas d’odeur infecte. Rien. Les Kislevites, eux, ont refusé. Trop fiers, trop méfiants. Peu importe la raison, c’était suspect. Et Crowley n’est pas homme à laisser passer une suspicion.

   Je me suis avancée au centre de la salle. J’ai ôté mon manteau trempé et pris place sur la petite estrade. Quelques gestes, quelques mots, une voix un peu plus forte que d’ordinaire, et j’ai transformé l’atmosphère lourde en une scène de taverne presque normale. Les regards se sont détendus, les épaules aussi. Pendant que les gens riaient ou simplement respiraient un peu, Crowley a versé discrètement quelques gouttes d’eau bénite dans les verres encore intacts des Kislevites. Aucun d’eux n’a bronché. Pas de mutants ici.Derrière, Dav’azk observait la pièce avec une intensité silencieuse. J’ai appris à reconnaître cette lueur dans ses yeux, ce mélange de vigilance et d’envie de combat. Je sentais bien que sous son allure de colosse brutal se cachait une forme d’honneur, une idée précise de ce qu’il cherchait en restant à nos côtés.

Mais je n’avais pas encore trouvé la clé de ce mur de pierre qu’il porte en lui.

   Les Kislevites se sont détendus et nous aussi. Ils escortaient le riche marchand et sa femme. Ils transportaient une grande malle, lourde, précieuse à en juger par la garde. Leur diligence avait été attaquée six jours plus tôt. Les mercenaires eux-mêmes s’interrogeaient sur ce que cette malle contenait. Nous avons fini par passer un accord. Leur aide pour atteindre le camp qu’ils avaient repéré, en échange de quoi nous leur permettrions de détourner la marchandise. Ce n’était pas moralement irréprochable, mais dans ces terres, peu de choses le sont encore.

   Le camp n’a pas été difficile à trouver. Des traces dans la boue, une odeur de pourriture dans l’air, un silence tendu entre les arbres. Ils étaient une quinzaine, en position d’attente. Dav’azk a mené la charge, Giovanni a contourné par le flanc gauche, Crowley calmait sa respiration pour assurer ses tirs et moi j’ai pris de la hauteur. Nous avons isolé une sentinelle, un mutant trop curieux, et l’avons capturé avant de lancer l’assaut. Les coups ont fusé, mes tirs ont trouvé leurs cibles et aucun d’entre nous n’a été blessé. Au milieu du combat, Crowley a jeté une fiole en contrebas et un gigantesque élémentaire de glace est apparu, balayant une partie de la résistance adverse. Un spectacle aussi glaçant que redoutable.

Quand nous sommes revenus à la taverne, l’ambiance avait changé. Les Kislevites savaient que nous ne leur faisions pas confiance, et c’était réciproque. Nous avons mis la pression sur le marchand pour qu’il ouvre sa malle. Il a résisté, mais face à Dav’azk et Crowley peu de gens tiennent longtemps. Quand enfin le verrou a cédé, nous avons découvert un violon. Rien de plus. Pas d’or, pas de relique, pas d’artefact. Juste un violon.

   Ce soir-là, en regagnant le fort de Kesselvald, je n’ai pas pu m’empêcher de sentir le poids du silence qui nous attendait entre les murs. Les soldats nous ont accueillis avec des regards sombres. La forêt au-dehors n’était pas plus calme, au contraire, comme si quelque chose s’y mouvait et nous observait. Ce violon n’était peut-être rien, ou peut-être qu’il n’était que la première note d’une mélodie bien plus dangereuse. Dans ce fort, tout le monde attend quelque chose. Et l’attente, ici, est souvent le début des ennuis.