La nuit recouvrait les rues d’Ubersreik, à cet heure même la fête semblait dormir, et les nuages noirs recouvrait tout semblant de lumière de lune sur la ville.
Sous la bruine, une petite silhouette glissait le long des façades, aussi discrète qu’une ombre.
Sienna Magotte, halfeline de la compagnie de l’Eau Noire, portait un masque de cuir noirci et une cape courte, usée aux bords. Ses doigts experts manipulaient un petit miroir de verre poli où se reflétaient des éclats de brume. Quelques gestes, un souffle, et le sort tracé à la craie s’allumèrent brièvement : des illusions d’ombre se mirent à onduler sur les murs, brouillant la vue des passants et des éventuels guetteurs. Cela ne faisait que quelques années qu’elle avait découvert ses pouvoirs d’ombre, mais elle les maîtrisait presque naturellement.
Elle s’était déjà introduite dans des maisons plus riches, mais celle-ci avait quelque chose d’étrangement banal, et c’est souvent ce genre d’endroit qui cache le plus à gagner. Une façade sans fioritures, une serrure propre, entretenue. Très louche ça, la plupart des habitants de ce quartier n’ont pas de quoi se payer une serrure, et encore moins de choses de valeurs à voler à l’intérieur..
Sienna crocheta la porte en silence et se glissa à l’intérieur.
L’air à l’intérieur sentait la cire, le papier, et un fond de bière éventé, Sienna comme toute Halfeline qui se respecte avait le nez fin.
Son regard se promenait sur les meubles :
Des livres bien rangés, des cartes de l’Empire épinglées au mur. Mais …pas un objet de valeur à portée de main, pas même une bourse oubliée.
Elle fronça les sourcils, fit un signe de la main et murmura quelques mots : un double illusoire d’elle-même se détacha et partit inspecter l’autre côté du couloir, ses pas feutrés sur le parquet.
C’est alors qu’un déclic sec retentit. Sienna sursauta, perdit sa concentration et l’illusion vacilla, puis se dissipa.
Une voix calme, presque administrative, s’éleva derrière elle :
Ne bougez pas, je vous prie.
Sienna pivota légèrement, et se retrouva face à une grande arbalète, solidement tenue à quelques centimètres de son petit nez, elle dut même loucher pour apercevoir le carreau.
Derrière l’arme, un homme en robe de nuit, les pieds nus sur le plancher, et un bonnet de nuit d’un ridicule parfaitement assumé.
Je croyais vous avoir dit ne pas bouger
D’un geste mesuré, il pivota son arme et lui administra un violent coup sur le front, Sienna tomba dans les vapes.
Lorsqu’elle revint à elle, elle était assise sur une chaise, les mains liées, la bouche bâillonnée.
Devant elle, l’homme en robe de nuit avait troqué son bonnet pour une chemise et un gilet impeccables. Il écrivait calmement sur un carnet, sans la regarder.
Vous êtes réveillée, constata-t-il d’un ton posé. Bien.
Il rangea sa plume, puis leva enfin les yeux vers elle.
Je m’appelle Kurt Siegel. Vous avez eu je crois madame, la malchance de choisir la mauvaise maison à cambrioler.
Sienna tenta un grognement qui, bâillonnée, sonna davantage comme une insulte.
Oui, oui, j'entends, fit-il sans émotion particulière. Je vous en prie, épargnez moi le laïus. Les jurons n’ont jamais libéré personne dans votre position.
Il s’arrêta un instant pour examiner le masque qu’elle portait.
Hm. Vous avez même pris la peine de vous dissimuler. Et ces traces d’énergie… de la magie du collège d’ombre si je ne m’abuse ? Impressionnant, quelqu’un à dû vous payer cher pour m’atteindre.
Vous n’avez donc rien pris. Rien volé. Pas de dossier disparu, pas d’argent manquant. Mais vous avez pris le soin de vous dissimuler le visage, donc vous n’êtes pas là pour m'assassiner, conclut-il. Alors, qu’est-ce que vous cherchiez ?
Voyons voir déjà ce qui se cache derrière ce masque.
Il baissa le bâillon, puis le masque pour ensuite remettre le bâillon devant sa bouche. Lorsqu’il reconnut le visage, il eut pour toute réaction un sourcil levé d’étonnement.
Je me demande depuis combien de temps vous cachez cela à vos charmants compagnons de l’Eau Noire. Avez-vous caché vos dons à Franz ? Je suis certain que même Mogrot doit ignorer jusqu’à la nature de vos pouvoirs.
Sienna détourna les yeux, crispée.
Il soupira, s’assit face à elle.
Ecoutez vous tenez à votre discrétion, cela ne me regarde pas, je suis aussi du métier, vous ne me reconnaissez peut être pas, mais j’ai servi dans la même compagnie que vous il y’a de ça quelques années, et j’ai fini par rejoindre les services secrets impériaux, ceux là même qui vous financent à dire vrai.
Je vais retirer votre bâillon maintenant, j’ai trois questions à vous poser, et selon votre réponse … il s’arrête un instant pour récupérer son arbalète et la pointer sur Sienna, je vous renverrais à la Lune Rouge, d’une manière ou d’une autre.
Il la regarda un moment, sans agressivité, mais avec une certaine évaluation froide.
Il retira ensuite le bâillon, Sienna bougea enfin la mâchoire avec un froncement de sourcils indiquant l’ankylose que lui avait prodigué le bâillon, un regard de colère glissa dans ses yeux contre Siegel puis elle remarqua que l'arbalète pouvait tirer 2 carreaux avant d’être rechargé, et décida plutôt de lui adresser un petit sourire sournois.
-Puisqu'on peut rien vous r’fuser, allez y m’sieur Siegel.
-Je vous en remercie. Etiez vous là ce soir pour m’assassiner ?
-Si c’était le cas, on s’rait pas en train d’en causer, j’aurais mis le paquet niveaux sortilèges pour vous refaire proprement une beauté m’sieur Siegel.
-Très bien, pourquoi étiez vous ici alors ?
Sienna observa à nouveau l'arbalète et décida de continuer à se prêter au jeu
J’ai trouvé que la demeure avait l’air plus cossue que ce qu’elle voulait paraître, surtout dans ce quartier, j’me suis juste dit que y’aurait du rab de salaire à s’faire en vidant quelques tiroirs, j’me doutais pas que l'occupant allait m'accueillir avec une arbalète, non que ça arrive jamais dans le métier, mais là vous m’lavez bien collé dans l’pif. Quand à la magie … J’sais pas, au début ça m’a fait peur que les autres pensent que j’sois une mutante que la magie soit un don du chaos ou ché pas, donc j’ai préféré le cacher et puis … Ouais j’ai toujours bien aimé les ombres en fait, je m’y sens bien, c’est un peu mon coin ou personne m’emmerde vous voyez ?
Kurt Siegel acquiesça en souriant, puis posa sa 3eme question.
Je vois oui. Puisque vous aimez les ombres, j’ai peut-être un petit quelque chose à vous proposer Sienna Magotte, que diriez vous d’employez vos talents à un vrai défi ? Bien payé, cela va sans dire.
Sienna leva les yeux vers Siegel avec un sourire mauvais en coin, peut être la regardait t’il pour la première fois avec un intérêt.
-J’savais bien qu’il y’aurait quelque chose pour moi derrière c’te porte.
En quoi ça consiste votre truc ?
Eh bien pour commencer … avez vous déjà entendu parler du cœur de Taalgrun ?