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(S02/Ep007) Danse macabre chez les Némédiens

March 12, 2026
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Membres : Dav'azk (Mort) Emma Silberbauer, Olgierd Poigne Froide Linus Crowley Yusuf Neb-Seni

Les beaux jours revenaient tant bien que mal dans tout le Reikland, et Emma Silberbauer s'était naturellement installée dans la cour intérieure de la Lune Rouge pour profiter un peu du soleil de printemps.
Alors que son bras allait se saisir de l'eau en face d'elle, sa vue périphérique perçut une présence et, surprise, elle tourna brusquement la tête. Dav'azk se tenait près d'elle, à moins d'une toise, la fixant de ses yeux bleus clairs et son regard habituel de bête fauve.
Etant accoutumé à cette attitude chez le barbare, Emma lui esquissa un léger sourire et se demanda une fois de plus, comment pouvait bien se déplacer silencieusement, un homme si massif couvert de tout son harnois ?
Enfin, un harnois... s'il on pouvait dire !
L'armure que portait le barbare était un méli-mélo de pièces rapportées et accolées les unes aux autres en un ensemble vaguement cohérent. Au dessus de bottes de nains ferrées aux pieds venait sur les jambes un genre de jupe en cuir clouté ponctuée d'une genouillère droite et d'un protège-tibia gauche en métal. Puis sur le torse, il portait une brigandine à manches courtes par dessus laquelle venait une côte de mailles ajustée à la taille par une ceinture de cuir et renforcée au niveau du pectoral par une plaque d'acier fixée avec des attaches en cordelettes, le tout à moitié recouvert d'une peau de loup sur les épaules. Et cet attirail était bien malin, en vérité, car l'ensemble empêchait les parties métalliques de faire du bruit lorsqu'il bougeait. Enfin, il avait fiché sur le crâne, un bandeau ouvragé fait d'un métal sombre, certainement du bronze, et qui lui cintrait le front, les cheveux et les oreilles. 
A le voir ainsi, dans cet accoutrement dépareillé, il était difficile de dire s'il avait davantage l'aspect d'un pillard, d'un clochard... ou d'un roi ancien des clan Unberogens. Emma se rendit compte à cet instant que malgré ses exubérances béotiennes, Dav'azk possédait un certain port altier et de fait, elle savait qu'il était né sous le signe du Griffon.

''Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t'elle.
- C'est Lohner. Il veut que j'écrive le rapport de la journée. Il a aussi dit que tu étais avec nous aujourd'hui et que tu es officier.
- Et ? fit Emma Silberbauer accompagné d'un regard interrogatif.
- Il dit qu'il n'a pas le temps d'écrire... Il dit qu'il est débordé par les préparatifs de sa péniche.
- Comment ça ? Pas le temps d'écrire ? C'est toi qui doit l'écrire !''

A l'instant où les derniers mots passèrent sa bouche, Emma Silberbauer avait saisi où était le problème : Dav'azk ne savait tout simplement pas écrire. Elle savait aussi que à chaque fois qu'un des compagnons lui avaient, ne serait-ce que suggérer l'idée d'essayer de s'y mettre –une andouille comme Dougall Mac Kerr (Parti) y était bien parvenu après tout– avec Dav'azk, il s'était retrouvé face à un mur au moins de la taille du Bastion. Lohner lui avait donc refourgué cet illettré dans les pattes pour s'en débarrasser et qu'elle s'en débrouille mais Emma ne comptait pas se laisser faire aussi facilement.

''Tu vas te débrouiller, mon grand ! C'est ton travail.''

L'autre la toisa avec son air acariâtre coutumier puis répondit, d'une manière tranquille :

''Mon travail consiste à fendre des crânes contre de l'or, ce que j'ai fait aujourd'hui. Je n'ai jamais accepté de vous rejoindre pour gribouiller du papier entre deux batailles. D'ailleurs, c'est bien là une autre habitude inutile des gens civilisés, ça ! Si je veux me rappelez, j'ai ma mémoire dans ma tête et de toute façon, rien de ce qui s'est passé aujourd'hui ne mérite que je m'en rappelle. 
- Ca n'est pas mon problème,'' interjecta Emma. Tout le monde rédige ses rapports, fais comme tout le monde et apprends à écrire !''

Puis elle tourna la tête dans l'autre sens et pris son verre pour boire une gorgée, manière de lui signifier que la conversation était close.
Dav'azk resta là cinq secondes sans bouger, puis avant de tourner les talons et de repartir, il lâcha :

''Par Crohn, ça n'est pas mon problème non plus dans ce cas ! Que Lohner se débrouille sans rapport ou qu'il aille au diable !'' et le barbare disparu à l'intérieur après avoir craché par terre.

Malgré un soupir, Emma Silberbauer ne parvint pas à s'empêcher de fulminer et réfléchir. Une chose était sûre, ce crétin lui avait gâché son soleil. Pourtant une petite voix au fond de sa tête faisait un bruit désagréable : Dav'azk s'en fichait... Dav'azk s'en fichait toujours et elle savait bien que personne ne pouvait le faire changer d'avis, pas même Franz Lohner. Le barbare faisait tout ce qu'on lui disait tant qu'il y avait de l'or à la clé, ce qui constituait un moyen facile de le contrôler mais tout le monde savait également que jamais il ne suivrait les ordres d'une chose aussi abstraite pour lui que la hiérarchie militaire.
Quand à elle, au contraire... Elle était désormais lieutenante de la Compagnie et donc responsable de ce qui s'y passait. Elle eu le mauvais pressentiment que toute cette histoire allait lui retomber d'une manière ou d'une autre sur le nez si elle n'agissait pas. Ainsi, elle se redressa rapidement puis entra dans la salle commune de la taverne. Au fond, elle avisa Dav'azk près de la porte sur la rue et qui se préparait à sortir. Elle le héla.

''Hey ! Dav'azk ! Ne sors pas ! Je vais t'aider pour le rapport.''

L'autre la regarda, impassible, comme s'il ne savait déjà plus de quoi elle parlait.

''Je me préparais à sortir pour boire cette nuit. De quoi il s'agit encore ? dit-il d'un ton bourru.
- Tu boiras ici. Je vais écrire et tu vas m'aider.'' 

Ça c'était fort de café ! Emma voulait bien consentir à écrire ce fichu rapport mais il était hors de question qu'elle se tape cette corvée toute seule tandis que Dav'azk faisait encore la nouba dans je ne sais quelle taverne fétide du Dunkelfeucht

''Reviens avec moi dehors, dit-elle. On va pas jouer la comédie du « tu me dicte et je note ». Après tout, j'étais là cet après-midi et j'ai tout vu aussi bien que toi, mais par contre, tu vas me dire ce que tu en as pensé de toute cette histoire.
- Si tu le souhaites. Boire ici en ta compagnie me va aussi bien.'' répondit-il.

Dav'azk pris un grand verre de vin derrière le comptoir puis fit une demande du menton à Emma qui répondit de la tête et le barbare servi deux verres. Elle s'était rendu compte que depuis la bataille de Bogenhafen, il était devenu plus avenant envers les membres de la compagnie avec qui il s'était tenu côte à côte contre l'armée des morts-vivants de Von Hel (Mort), enfin si l'on pouvait dire. Leurs verres pleins, les deux compagnons ressortirent dans la cour et s'installèrent à la même table.

''Alors ? Que pense-tu des évènements de la journée ? commença Emma.
- Mhmm...'' fit le barbare comme à son habitude lorsqu'il réfléchissait avant de surenchérir :
''Nous avons battu les hommes de La Lega à plate couture. Ils ne sont pas de taille à se mesurer à nous, si tu veux mon avis.'' puis il fourra le nez dans son vin.

''Peut-être que c'est parce que nous les avons pris par surprise. Je reste méfiante. Je pense que...
- Je ne suis pas d'accord ! la coupa Dav'azk en s'essuyant la bouche sur son bras. Certes les premiers d'entre eux ne nous ont pas vu venir, mais ensuite, bien que l'alarme fut donné et qu'ils furent tous sur nous, nous les avons simplement taillé en pièces, tel qu'il se doit. Les derniers ont réussi à s'enfuir car nous les avons laissé faire.''

Comme à son habitude, le barbare qui aimait se vanter sur ses compétences martiales parlait des combats de manière bravache comme si rien ne pouvait l'atteindre. Tous, parmi ceux qui le connaissait bien, savaient pertinemment qu'il était parfaitement inconscient et ne se souciait jamais du danger pour lui même ou pour les autres.

''Peut-être que cette fois, nous avons simplement eu de la chance...'' dit Emma pour elle-même. Et les quatre assassins de la Lega, qui se sont montrés à la fin. La Squadra Maschera, Ils nous ont vu. Ca fait deux fois déjà que nous les massacrons. Ils ne vont pas rester sans rien faire.
- Ces quatre là... quelques dvoraks de plus ou de moins !'' rigola Dav'azk. Ils ne me font pas peur. Ils nous ont observé de loin et n'ont pas bougé le petit doigt. A n'en pas douter, ils ont mouillé leurs chausses à la vue de leurs hommes baignant dans leur sang et aux survivants qui détalaient pour sauver leur vie. Crois-en mon expérience Emma, ce sont des Némédiens. Je les connais bien. Tous des pleutres. Le monde entier sait cela.''

Une fois de plus, Dav'azk parlait avec une assurance insouciante qui frôlait la folie.

- Mouais... Et Armand de Vautrec - Le Coq Noir? Qu'en as tu pensé ?'' demanda-t'elle.
- Celui-là, c'est plus étrange. Il nous a demandé d'attaquer cet entrepôt de la Lega parce qu'il s'y trouvait du grain empoisonné qui allait être distribué à la population de cette ville de malheur. Maintenant, vous autres dites que c'était pas empoisonné. Ce qui est étrange, c'est que les Poitainiens ont la réputation d'être francs. Mais celui là, c'est pas un chevalier après tout, c'est lui qui l'a dit. Même s'il en porte tous les stigmates...'' 
--C'est à dire ? demanda à nouveau la lieutenante.
- Il a une épée dans le cul et ne se prend pas pour du purin de troll ! Comme les autres...'' dit le barbare avec un œil noir.

Emma Silberbauer ne s'était pas attendu à cette réponse. Dav'azk continua :
''En tout cas, moi je pense que nous aurions dû le faire payer.
- C'est ce qui m'énerve le plus !'' s'emporta Emma. On s'est sali les mains pour La Basse Cour et ce Coq Noir, et lui, il s'est bien foutu de notre gueule. Nous avons décimé des hommes de la Lega qui n'avait rien fait sur sa simple bonne foi et il est clair maintenant que nous sommes devenus leurs ennemis.
- Les gaillards de la Lega sont tous des coupe-jarrets. Rien à foutre de savoir s'ils avaient fait quelques chose ou s'ils étaient blancs comme neige. Si je tue, je veux de l'or. Moi, ce qui m'énerve, c'est qu'on a travaillé pour le Coq Noir à l’œil. Dorénavant, et s'ils sont pas fiables, faut pas accepter des contrats de la Basse Cour s'ils veulent pas payer d'avance... et au mois. Ils réfléchiront à deux fois avant de nous raconter n'importe quoi, une fois que leur or sera dans nos poches. 
- Ce sera à Franz Lohner de décider si c'est la marche à suivre'' termina Emma alors qu'elle observait la cour, contemplative, tandis que disparaissait sous le faîtage des bâtisses les derniers rayons du soleil.

Dav'azk vida ce qu'il restait de son verre et le reposa lourdement sur la table, puis il se leva en disant :
''Si c'est tout ce que t'avais à me dire, je m'en vais ! Je t'aime bien, Emma, mais t'as toujours été trop sérieuse et c'est pire depuis que les autres t'ont choisi comme chef... Et pis comme je sais bien que tu finira pas dans mon lit ce soir, je préfère partir car j'aime  la compagnie des femmes et l'alcool les jours où j'ai versé le sang.''

Emma Silberbauer cru sa mâchoire tomber quand elle entendit une chose pareille. Elle lança un juron à la grande brute pour le défier mais lui, déjà entrain de s'éloigner, répondit seulement par un haussement d'épaules et un éclat de rire bref. Tout le monde savait bien que Dav'azk disait toujours ce qu'il pensait sans fard ni aucun filtre. Il était comme ça...