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(S02/Ep011) Vent de terreur au Bastion

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J'écris ces mots sous la lumière feutrée d'une bougie, blotti dans un coin de la Lune Rouge. Je ne peux retourner chez moi, dans le quartier du Bastion, qui est à l'heure actuelle le siège d'une tuerie et d'un déferlement de sauvagerie sans nom. A cause de ces Hommes-Bêtes. A cause de ces maudites sorcières. Diable, même la bière a goût de cendre dans ma bouche et peine à me ragaillardir. Une fois de plus, ce qui me sert de maison se fait attaquer.
Je regarde le jeune
Yusuf Neb-Seni. Il est bien amoché, mais c'est bien plus son assurance et son charisme qui sont en bernes. En même temps, qui d'autre serait bien portant après avoir croisé un monstre gigantesque et bravé une tempête de mort ?
Mais chaque chose en son temps, il me faut commencer par le commencement.

La diligence était partie il y a peu avec la première salve de Compagnons. Tasaria la Valselame, Norgrim Barazhunk, Helleboria (Parti), Emma Silberbauer et Hans Dieter avaient été missionnés en premiers pour tenter de retenir les Hommes-Bêtes dans les égouts du Bastion. Les sorcières du Le Sabbat de Veylenna Krast avaient envoyé ces rats dans le seul but de tuer le Cardinal Meinhard de Holstein, du Temple de Sigmar. Et bien entendu, les civils étaient les premiers exposés à leur appétit insatiable.

Franz Lohner fit appeler la seconde salve: le discret Linus Crowley, le majestueux Yusuf Neb-Seni, ce forban de Thulkan Arawynn, et moi-même, Olgierd Poigne Froide. Notre mission, une fois la diligence revenue nous chercher, serait de protéger en priorité les villageois. Nous devions privilégier la mise en sécurité au combat, que ce fut contre les Hommes-Bêtes, ou les sorcières.
Mais nous savions tous que la distinction était trouble: il n'y avait rien d'autre que le combat au cœur de cette mission. Un combat pour sécuriser Ubersreik. Un combat à mort pour préserver la vie.

Franz avait à peine fini le topo que les roues de la diligence crissèrent dans la cour. Nous accoururent, et montèrent dans le véhicule infernal. Par ma barbe, ce Pavel Romanovich conduisait comme un fou ! Mais la situation l'imposait, chaque minute comptait.

Lorsque nous arrivâmes, nous ne savions point où en était la première salve, mais le bruit qui nous entourait ne laissait rien présager de bon. "Siéééé un vriai mierdier" que nous dit Pavel, avant de nous lâcher dans la jungle de la rue. Aux hurlements de rage se mêlaient des cris de détresse, bien vite étouffés et transformés en derniers râles de vie. Des maisons étaient en feu. Des corps gisaient ça-et-là. Parfois brûlés, parfois éventrés, les entrailles à moitié déversées sur le sol, à moitié dévorées.

Mais nous n'avions point le temps de nous lamenter. Il fallait agir, trouver un plan, et vite. L'idée fut de sécuriser un passage jusqu'à une place forte, qui pourrait servir de refuge pour les civils. Enfin, pour ceux encore vivants qu'on arriverait à sauver.
Le Temple de Sigmar était à l'Ouest du quartier, attirant les Hommes-Bêtes comme une catin attire les hommes de peu de retenue. Nous décidâmes de nous diriger vers le Temple de Shallya, à l'Est. La Tour du Bastion et la Prison de la Roche Noire se défendraient très bien toutes seules, et devaient certainement avoir déjà fermé leurs portes.

Au loin, deux Hommes-Bêtes arrivèrent. J'enfonçai de mon marteau Zangrund la première porte devant nous, afin de nous dissimuler. Le jeune Yusuf était déjà parti de son côté voir ailleurs. Cela s'annonçait prometteur pour le travail d'équipe...
Avec Thulkan et Crowley nous progressèrent dans la maison. Elle était grande et richement rempli, appartenant certainement à un commerçant possédant une belle petite fortune. Quel dommage de perdre les gains de tout une vie d'effort dans une bataille qui n'était point la sienne.

Soudain, Thulkan entendit des chuchotements. On avait dû m'entendre quand j'avais fracassé la porte de la cave. Mais il n'y avait point de quoi s'inquiéter: si des monstres avaient été ici, ils nous auraient déjà sauté dessus. Nous trouvèrent alors la petite famille, effrayée, cachée dans l'établi. Le père tentait de réconforter ses deux jeunes filles, mais face à Thulkan, ils devaient certainement se dire que la mort était à leur porte. Face à mon joli minois, ils auraient certainement eu moins peur !
Nous leur intimèrent de rester cachés, leur faisant la promesse que nous reviendrons les libérer de leurs tourments après avoir sécurisé un passage. Le père de famille nous promit en retour de grassement nous payer si ses filles survivaient. Il n'en fallait point plus pour enflammer notre motivation.

J'ouvris la porte d'entrée qui donnait sur la rue principale, remplie d'une dizaine d'Homme-Bêtes éparpillés, occupés à des besognes dont les souvenirs me hantent encore. Nous nous dispersâmes pour les éliminer au plus vite, hurlant comme des putois pour les intimider. Mais on n'apprend point à un poisson de nager : ils nous répondirent par des cris, et de leurs lames.

Un frisson me parcourut l'échine lorsque le mage noir Thulkan relâcha son vent de mort, et aspira la vie de ses victimes. Il ne cesserait donc jamais autant de me surprendre que de m'effrayer. Quant à moi, je restais à la méthode traditionnelle des Nains, défonçant le crâne de mes adversaires de mon marteau de guerre.

Au loin, nous entendîmes le hurlement d'une femme. Enfin, point vraiment. C'était le jeune Yusuf qui sautait d'une fenêtre avant de lâcher une bombe incendiaire sur la troupaille d'ennemis qui lui reniflait les fesses. Chacun se battait avec ses propres armes, aussi sournoises fussent-elles. Il n'y avait point le temps de se préoccuper de se battre dignement et proprement, le danger nous entourait de toute part.

Puis le Danger, le véritable, immense, effrayant, inimaginable, apparut comme par enchantement. Une énorme créature haute comme cinq nains et presque aussi large que la rue venait d'arriver entre Yusuf et le reste du groupe. Un véritable concentré de magie aussi ancienne que terrible. Ses cornes diaboliques et les flammes qui se déversaient de ses yeux et de sa bouche eurent presque raison de notre calme.

Mais je gardais mon froc propre. Il n'y avait ni dégâts matériels, ni empreintes sur le sol à mesure qu'elle se déplaçait. C'était tout bonnement une illusion. Et cela ne voulait dire qu'une chose. Une sorcière était dans les parages.

Elle ne tarda point à se manifester, plutôt six fois qu'une, tel un feu follet hantant les toits. A l'Est, une brigade organisée d'une dizaine d'ennemis arrivait, répondant à son appel dont la voix stridente vous glaçait le sang. J'appris par la suite que Tasaria lui avait fait face, et l'avait convaincu de nous laisser tranquille.

Mais nous devions encore nous occuper de ces Hommes-Bêtes. Avec Crowley, nous nous repliâmes vers la maison de la famille. Thulkan ne nous suivit point, et d'un regard, je compris. Il avait une idée en tête. Une idée dangereuse, pour lui, pour le Bastion, mais dont il avait la détermination de l'exécuter. Je hochais la tête car nous étions à court d'options, puis condamnai la porte. Je la tenais tant bien que mal tandis que Crowley évacuait par une fenêtre le père, et ses deux gamines hurlantes. Pour ne point attirer l'attention, il n'eut d'autre choix que de les assommer, avec la délicatesse d'un taureau. Puis cela arriva.

Le vent de la libération. La tornade du chaos, au service du bien. La puissance de la magie au service de la destruction création.

Thulkan venait d'invoquer un tourbillon de vent obscur aux éclats d'améthystes, qui déferlait dans la rue tel un Berserk enragé. Je n'avais pas besoin de le voir. Je savais que tout avait été emporté dans la rue.

Y compris ce cher Thulkan.