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(S02/Ep023) Soir de fête

May 8, 2026
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Membres : Darna Fleurd’Or Seraphina Venturini, Yusuf Neb-Seni, Hakim Al Irfan

En cette fin d’après-midi, je profitai de la douceur de l’air bretonnien pour entraîner Sahir à la patrouille et au repérage, depuis le pont supérieur de l’Eau Noire. Puis les apprentis de Malakai Makaisson visiblement à cours d’options pour s’adresser à un humain, vinrent me solliciter pour une problématique de “magie du métal”. Dépourvus de forge à bord, ils semblaient chercher un moyen de chauffer localement l’acier de la coque, suffisamment fort pour y pratiquer une ouverture. Sur le moment, j’avoue n’avoir pas compris pourquoi ils cherchaient spécifiquement à ce que je chauffe le métal, s’il ne s’agissait finalement que de le remodeler ? Un banal soucis de communication, j’imagine… J’éclaircirai ça avec eux plus tard.

Alors que le soleil commençait à se dérober derrière la ligne d’horizon, le dirigeable se posa dans une pâture aux abords de Brévalbois, le village dont les bûcherons subissaient une infestation d’araignées géantes avant que mes camarades ne règlent le problème. La fraîcheur des parfums forestiers dans la brume du soir tranchaient avec l’odeur réconfortante du feu de bois et des viandes rôties. En approchant du village, la musique et les rires sonnaient comme une invitation.

Mes camarades et moi-même rejoignions le coeur de la fête, sur la place du village, quand Géraud Levesque nous accueillit avec soulagement. Soulagement partagé par de nombreux villageois qui semblaient éreintés par le discours fleuve de leur bourgmestre, qui semblait s’éterniser en notre attente. L’accueil de l’édile et de ses administrés fut très chaleureux, et l’instant d’après nous avions tous une chope à la main, tandis que Darna se tentait à découvrir le langage bretonnien avec notre hôte. Il nous apprit le mot “Commitment”, l’engagement, voire même le serment.

Déambulant dans le village, nous fîmes connaissance avec le forgeron du lieu, un jeune gaillard au sourire ravageur qui nous proposa ses services pour un prix très modique. Darna en profita pour faire réaliser une chaîne qui lui permette d’utiliser son marteau comme fléau.  Il faut bien reconnaître que l’impact que laissait le marteau aurait probablement raison de bien des thorax, même sous quelques couches d’armure !

Un peu plus loin, un homme d’un certain âge aux habits d’ecclésiastique nous invita à le rejoindre dans la chapelle du village. Il nous expliqua, l’air contrit, que bien des hommes avaient péri dans l’attaque des arachnides, et que parmi ses fidèles l’une des veuves ne parvenait pas à trouver l’apaisement. Darna vint s’asseoir à ses côtés, et dans un effort collectif nous avons, chacun avec ses mots, tenté de lui rendre le sourire et de la réconforter.

Cet échange nous offrit à chacun, je pense, un moment d’introspection… Pour le commun des mortels, les événements comme ceux qu’ont subi les villageois sont d’une grande violence, mais heureusement relativement peu communs. Mais pour nous, compagnons qui allons systématiquement au-devant de dangers qui souvent nous dépassent, où se trouve la normalité ? Est-ce que l’on finirait par s’habituer aux horreurs indicibles ? Que cela dit-il de notre propre référentiel, de notre conscience ? Vivre au contact des ténèbres ne risque-t-il pas de banaliser les pires atrocités ?

Je fus tiré de ces pensées troublées par l’accolade joviale d’un moine brasseur, qui visiblement n’en était pas à la première dégustation de sa production, mais avec qui je puis échanger quelques instants sur le sujet réjouissant des épices qui pourraient améliorer ses breuvages. Tandis qu’il repartait vers l’une des tavernes pour… faire le plein, j’imagine, nous remarquions tous la disparition de Seraphina.

Progressant dans le village pour la retrouver, nous revenions près de l’auberge du pont, où Yusuf reconnut le chevalier Alard de Montfaucon, aux côté de qui il avait combattu les araignées. Il évoqua de nous prêter ses services, et nous offrit une bouteille de vin bretonnien en souvenir de cette bataille.
Un peu plus loin, nous approchions de la scierie du village, endormie à cette heure, dans laquelle Seraphina s’était isolée. Nous finissons par la retrouver, et la convaincre de se joindre à nous pour partager cette bouteille. A pieds joints dans la sciure, dans la fraîcheur du soir, nous avons pu déguster ce nectar, fort plaisant je dois dire, avant de retourner vers la fête qui battait encore son plein.
Sur le chemin, nous sommes rejoints par Yao, qui dans ce moment d’apaisement entre deux batailles, nous fait part de ses questionnements. Il s’étonne du fait que malgré quelques coups d’éclat, nous ne fassions que repousser le Chaos, sans jamais parvenir à le détruire. Est-ce le fait de notre existence même, qui fait que le Chaos existe toujours ? Est-ce une force en équilibre avec la vie elle-même, le deuxième bras d’une même balance ? Ou bien un raz-de-marée qui ne vise qu’à renverser la réalité toute entière ?
Beaucoup de questions qui resteront ce soir sans réponse, et probablement demain matin aussi...