Membres : Aeria Athathwyth, Eanur, Thulkan Arawynn, Isabella Sturmf Tasaria la Valselame Vraag Dévore-moile
Le jour se lève tôt à Unknown Plus tôt que dans le Moot. Beaucoup plus tôt que dans les Montagnes des Larmes. Alors que le soleil traverse les persiennes de l’Eau Noire, la formidable forteresse volante commence déjà à se remplir d’un fumet épicé et savoureux. La saveur du porc et du mouton braisé et l’odeur d’un bouillon de gingembre, de gentiane et de crustacés emplissent les cabines. Dans la cuisine, résonne une mélodie gutturale sourde, un grondement viscéral profond, une ode à la gastronomie…
Le jour se lève tôt à Unknown Plus tôt que dans le Moot. Beaucoup plus tôt que dans les Montagnes des Larmes. Alors que le soleil traverse les persiennes de l’Eau Noire, la formidable forteresse volante commence déjà à se remplir d’un fumet épicé et savoureux. La saveur du porc et du mouton braisé et l’odeur d’un bouillon de gingembre, de gentiane et de crustacés emplissent les cabines. Dans la cuisine, résonne une mélodie gutturale sourde, un grondement viscéral profond, une ode à la gastronomie…
Ce soir, mes compagnons me diront ce qu’il pense de mon rougail revisité. Comme ils sont fragiles et faibles, j’ai prévu de belles portions pour mes camarades minus. Un chevreau, un porc et douze kilos de crevettes, dix kilos de ces légumes rouges à chair tendre et pulpeuses, une quinzaine de ces belles racines odorantes et poivrées, vingt kilos de haricots et quelques beaux « piments perroquets ». Cela devrait suffire. J’ai suivi les conseils que des habitants m’ont donné il y a quelques jours. D’abord préparer les haricots et cuire le porc afin d’en faire des saucisses, débiter le chevreau pour ajouter de la viande pour renforcer les minus, puis bien griller les saucisses et la viande dans la marmite afin de les « croûter », ajouter les oignons, l’ail et le piment, enfin terminer avec la sauce à base d’eau et de légumes tranché grossièrement. Cela sent bon. Je vais laisser cela mijoter toute la journée le temps d’aller faire quelques achats.
L’amiral skaven a beau avoir été défait, la guerre gronde, je la sens…
Le danger des insectes s’approche, leur faim dévorante empli l’air comme une promesse de violence et de rage. Cela sera délicieux. Il me faut acquérir quelques potions de soins, Braag tout comme les minus ont une fâcheuse tendance à se faire ramasser et un peu de curatif ne fera pas de mal.
J’ai beau commencer à connaître ces docks grinçants et ces étroites ruelles, les habitants de cet étrange endroit oscillent entre le plaisir de ma bonhomie et le mépris ou la peur face à ma splendide masse. Alors que les enchanteurs du coin me rabrouent de toute part – à croire que mon or ne vaut pas celui d’un autre – je décide de me rabattre sur des boissons moins délicates. Dépité, je pars me désaltérer dans un bouge sympathique qui ne refuse jamais que j’y étanche ma soif. Étrangement, la bière au lieu de me désaltérer fait gargouiller mon terrible estomac. Le soleil est déjà haut, j’espère que mon rougail n’a pas brûlé, est-ce pour cela que la Gueule me rabroue ? Je ne comprends pas. Ces derniers jours, je n’ai fait que cuisiner, vendre mes potées au marché et méditer en dévorant poissons, crustacés et coquillages. Plus je mange, plus les relents de la divinité montent ; je suis sur la bonne voie, j’en suis sur…
Alors que je parcours les rues à pas vif, j’aperçois Isabella qui semble à la recherche d’étranges choses. Cette invocatrice est du coin et pourtant quelque chose ne colle pas. Un jour peut-être prendrai-je le temps de mieux la connaître, mais pas aujourd’hui j’ai quelque chose sur le feu. Littéralement. En approchant de l’Eau Noire je ne sens pas l’odeur du charbon et de la chair carbonisée. C’est bien. Par contre, une activité importante se fait sentir, les troglodytes semblent préparer le vaisseau à un futur décollage.
Après avoir retiré la marmite du feu, je m’apprête à faire ma sieste méditative quand je suis réclamé sur le pont. Apparemment, nous devons récupérer Earnur et Aeria, deux elfes de notre compagnie, partis en éclaireurs depuis deux jours en dehors de la ville. Nous décollons donc, le rougail aura d’autant plus le temps de mijoter. Peut-être pourrai-je mettre la main sur quelques agrumes afin d’acidifier et sucrer légèrement la sauce. Les mercenaires sont là pour se battre, moi pour cuisiner, chacun son office.
Tandis que l’Eau Noire demeure dissimulée derrière les nuages, un petit groupe, composé de Isabella, Tassaria, Thulkan et moi-même, est rassemblé pour embarquer dans un étrange engin à hélice que les nains nomment gyrocoptère. Déjà que « naviguer » dans les airs sur l’Eau Noire était une étrange expérience, voguer dans cette étroite coque de bois et de métal fut des plus surprenantes mais aussi amusantes. Vraiment plus les minus sont petits, plus ils ont une imagination débordante. Question de perspective sans doute…
L’engin descendit bruyamment en direction d’une épaisse futaie. Les elfes seraient donc installés à l’abri de ces grands arbres, un réflexe naturel peut-être. Alors que je m’attendais à ce que la mission soit déjà terminée en récupérant nos compagnons, les elfes demandent au gyrocoptère de repartir car ils n’ont pas terminé leurs investigations.
Ces derniers durant leur surveillance ont découvert un élément particulièrement intéressant. Les gros insectes ne vont pas dans les sous-sols dès lors que s’y trouve une moisissure dénommée « Fleur grise » par les locaux. Venue du sel marin, cette moisissure est connue des habitants de Sartosa pour s’attaquer aux aliments et les pourrir. Une saloperie démoniaque à n’en point douter ; j’en comprends la détestation par ces insectes, finalement plus intelligents que je ne l’aurais supposé…
La mission d’extraction prend alors une nouvelle tournure. Nous devons récupérer de cette moisissure pour l’analyser et, si possible, capturer un de ces insectes. Pour ce faire, les elfes ont déjà repéré une ferme et un verger épargné par les insectes. Quelque chose doit les repousser ; cela est suffisant pour justifier notre expédition.
Nous pressons le pas pour atteindre rapidement la ferme. Quelle merveilleuse surprise de découvrir un charmant verger aux arbres débordant de fruits locaux. Les insectes ne les ont pas infestés, mieux ils semblent s’en désintéresser totalement et ne se lovent pas dans les branchages. Je me précipite et enfourne autant d’agrumes que possible de mon large sac. Etrangement, Eanur commence à me mettre en garde car selon lui, si les insectes évitent aussi les fruits, ces derniers pourraient être dangereux. Étrange logique…
Je lui réponds que si des créatures démoniaques évitent un sol, un arbre ou ses fruits, c’est que ces éléments sont protégés contre le Chaos et leur consommation devrait être au moins inoffensive, au mieux nous bénira. Une fois la récolte faite, je présenterai ces fruits à un prêtre s’ils s’avèrent maudit, on les brûlera.
Je souris en voyant Eanur interloqué tandis qu’il reconnaît la logique de mon argumentation. “Je ne pensais pas qu’un ogre pouvait être aussi réfléchi” déclare-t-il. Au lieu d’être vexé par ce sous-entendu d’une stupidité de ma race, je lui réponds simplement que les minus comme lui réfléchissent lentement car ils ont un petit crâne et que ce n’est pas grave.
Nous sommes coupés par Tassaria qui nous rappelle à l’ordre. Elle entend des vrombissements d’ailes. Je l’attrape par la taille et la dépose dans un arbre pour prendre de la hauteur. Si les insectes approchent, nous devons nous hâter.
Comme Tass’ ne voit rien au loin, nous décidons d’entrer dans le corps de ferme saccagé par les créatures. Toutes les portes ont été défoncées à l’exception de la cuisine. De merveilleux fruits empilés dans des tonneaux ont repoussé les créatures démoniaques. L’idée d’une salade fruits pour accompagner des mollusques grillés ou des filets de poissons cuits dans le jus d’agrumes me fait rêvasser. Mon ventre s’active ; c’est décidé, ce soir salade de fruits !
Je termine de prendre autant de fruits que possible et j’embarque un tonneau vide sur les conseils de Aeria. Si nous parvenons à capturer une créature, cela en permettra le transport.
Pendant que les autres fouillent la ferme, Isabella invoque l’esprit d’un fier guerrier halfling. Ce brave fils du Moot ne peut hélas nous aider mais voyant les beaux citrons dans les arbres il évoque une recette de tarte aux citrons qui éveille immédiatement ma curiosité. De retour à l’Eau Noire, il faudra que j’ai une discussion avec Isabella et son étrange ami.
Alors que Tassaria et Aeria découvrent une trappe descendant dans une cave pleine de cette odieuse moisissure qui gâte la nourriture mais repousse les insectes démoniaques, le vrombissement d’ailes se fait entendre, écho d’un essai monstrueux. Eanur s’empresse de récolter de cette moisissure et la scelle dans un contenant.
Dehors des dizaines de créatures nous foncent dessus. Nous tirons une fusée orange d’alerte pour être récupérés puis nous nous préparons à tenir jusqu’à être extrait de ce guêpier. C’était sans compter une mare d’acide projetée par une abomination énorme au loin. Les minus esquivent tous… à l’exception d’Isabella qui, gravement brûlée, hurle et tombe au sol. Cet acide est moins dangereux que le suc gastrique de troll et je pourrai rire des picotements que je ressens si je ne voyais pas l’état des brûlures de la pauvre canonnière-invocatrice.
Alors qu’une partie du groupe se replie à l’intérieur de la ferme, Eanur murmure une prière et enfourche son destrier avant de foncer tête baissée vers la créature nous bombardant. Je m’apprête à venir en aide à Isabella mais je la vois se replier la colère au regard dans le corps de ferme. Ne pas être secourue en priorité semble l’avoir touché autant que cet acide.
Tout se déroule si vite. A l’intérieur, j’entends les échos d’un affrontement intense tandis qu 'au loin, dans une cabriole étonnante dont les elfes sont si friands, Eanur parvient à projeter quelque chose directement dans la gueule du monstre.
Je concentre les faveurs de la Gueule dans ma panse en attendant que les créatures viennent jusqu'à moi pour les écraser. Une mer de ronces puis de flammes déchirent soudainement les créatures rampantes et l’essai vrombissant. Les vents de l’Aethyr ont été convoqués si prestement par Thulkan. Peu subtil, l’usage des vents magiques par les elfes est impressionnant ; ils tordent le materium avec une aisance surprenante et fort dangereuse. Ce Thulkan est sans doute l’individu le plus dangereux de toute la Compagnie ; un danger pour nos ennemis, pour ses compagnons et surtout pour lui-même.
Avec Tassaria, désormais moins inquiets par la nuée, nous réalisons que cette puissance arcanique risque de nous empêcher de capturer un spécimen vivant. Alors que j’envisage de créer une prison magique autour d’une sauterelle, un lasso est projeté avec une dextérité surnaturelle et capture l’une des bestioles. Dès qu’elle est à ma portée, je l’enfourne dans le tonneau et mon autre main j’agite ma “Masse à chair” pour attendrir la chitine de ces saloperies.
Le vrombissement du gyrocoptère approchant couvre celui des ailes des pathétiques créatures nous faisant encore face. Nous parvenons à récupérer Earnur avant de sortir de là tandis que de nouveaux essaims commençaient à se diriger massivement vers le lieu de l’affrontement. Tandis que nous survolons la masse avec le sentiment que bientôt nous reviendrons régler leur compte à ces insectes, une vieille chanson du Brionne que fredonnait un ami hafling me revient en mémoire. “Gortoz a Ran” qu’elle s’appelait…