Membres : Eanur Tasaria la Valselame Vraag Dévore-moile Norgrim Barazhunk Arkady Moroshkin
Cela fait bien des mois que je n’ai pas rédigé le moindre rapport. Il faut dire que mes compagnons se sont montrés prompts à s’acquitter de cette tâche aussi lassante que rébarbative, ce dont je leur sais gré. La chaleur de Unknown et les embruns de la mer de Tilée m’ont, semble-t-il, rapproché d’Ulthuan et, par la même occasion, de certaines de mes mauvaises habitudes.
Cela fait bien des mois que je n’ai pas rédigé le moindre rapport. Il faut dire que mes compagnons se sont montrés prompts à s’acquitter de cette tâche aussi lassante que rébarbative, ce dont je leur sais gré. La chaleur de Unknown et les embruns de la mer de Tilée m’ont, semble-t-il, rapproché d’Ulthuan et, par la même occasion, de certaines de mes mauvaises habitudes.
Et puis, les missions devenant chaque fois un peu plus périlleuses, je ne voudrais pas que mon épitaphe soit un jour : « Il n’avait pas rendu son rapport. » C’est donc avec plusieurs semaines de retard que je me décide enfin à coucher ces événements sur le papier. Pour une fois, j’épargnerai au lecteur le détail de mes réflexions personnelles. Il faut bien que certains progrès soient constatables.
Un ordre nous avait été donné de rendre visite à Edmund Mc Murdo, fils de notre ami corsaire du même nom. Après une conversation où le bretonnien et le reikspiel se mêlèrent avec une liberté qui aurait sans doute fait frémir un grammairien, l’homme se montra disposé à ce que la relique de Manann, l’Égide de Saint Gilles des Flots, nous revienne. Il posa toutefois une condition : retrouver le prêtre de Manann.
Cela ne surprendra aucun de ceux qui liront ces lignes. Vous êtes déjà plusieurs à avoir passé des semaines à lui courir après, avec un certain brio, il faut bien le reconnaître.
Mais la raison véritable de notre présence était ailleurs. Le marin sollicita notre aide pour une mission de secours. Henri, l’un de ses mousses, était resté derrière lors de notre précédente expédition au fort de la « Batterie Greywatch ». Une mission risquée, donc, dans un lieu que nous savions déjà infesté par ces insectes, avec pour seule certitude l’absence de toute certitude concernant la survie du garçon et l’évolution de la situation sur place.
C’est donc, comme à notre habitude, et avec le naturel qui nous caractérise, que nous avons pris la mer sans préparation particulière ni équipement adapté.
À notre arrivée, nous repérâmes une anfractuosité dans la falaise qui semblait pouvoir permettre d’atteindre le fort. Après quelques instants d’hésitation, nous renonçâmes toutefois à cette approche, estimant — à juste titre, pour une fois — qu’il serait particulièrement imprudent de pénétrer dans une faille susceptible d’avoir déjà été choisie comme nid par les créatures qui occupaient les lieux.
Nous accostâmes donc par un port désert, à quelques pas de l’entrée de la forteresse.
Nous y découvrîmes une chaloupe transformée en couveuse par les bêtes. Nous eûmes à peine le temps d’envisager l’idée de prélever quelques œufs pour les étudier qu’un groupe d’insectes se dirigea dans notre direction. Après une brève délibération, nous décidâmes que la curiosité scientifique pouvait attendre un jour où elle ne risquerait pas de nous faire dévorer.
Nous gagnâmes donc l’intérieur du fort au pas de course, non sans occire au passage quelques nuisibles.
Je passerai sur les détails de notre exploration. Le rez-de-chaussée était entièrement investi par les créatures, qui avaient pris possession de la plupart des pièces. Par chance, beaucoup demeuraient immobiles, ce qui nous permit de progresser entre elles sans attirer immédiatement leur attention. Les quelques individus qui constituaient une menace furent rapidement éliminés, sans difficulté notable.
Mais ce genre de chance ne dure jamais très longtemps avec notre compagnie. La gloutonnerie de Vraag finit naturellement par attirer l’attention des bêtes.
Je me précipitai alors vers l’étage afin d’y rechercher notre cible. Par une heureuse fortune, celui-ci était encore épargné par les insectes. La seule exception fut Henri lui-même, aussi vivant que terrorisé, qui m’accueillit avec un carreau d’arbalète.
Je suis heureux de ne pas avoir fait plus ample connaissance avec celui-ci.
Après les présentations d’usage, je pressai Henri de gagner la sortie. En contrebas, la situation commençait déjà à se détériorer sérieusement. Mes compagnons étaient largement submergés et nous ne fûmes pas loin d’ajouter quelques noms supplémentaires à notre monument aux morts.
Vraag, Norgrim et Arkady tinrent néanmoins la ligne, tandis que Tasaria, fidèle à elle-même, mêlait agilité et malice pour attirer plusieurs des monstres à sa poursuite avant de se tirer de la manœuvre sans la moindre égratignure.
De mon côté, j’amenai Henri jusqu’à une porte dérobée située près du canon côtier et lui intimai l’ordre de faire tonner la poudre afin d’alerter notre embarcation restée plus loin et de nous ouvrir ainsi au plus vite une voie de sortie. Il s’exécuta sans discuter, avec une précision remarquable pour un jeune homme inexpérimenté, affamé et terrorisé. Nous fûmes bientôt poursuivis par les créatures et, faute de meilleure solution, nous sautâmes de la falaise afin d’échapper à leurs griffes et à leurs mandibules.
Nous avons affronté une colonie d’insectes, risqué notre vie dans un fort infesté, fui par une falaise et manqué de mourir à plusieurs reprises… Tout ça pour quelques harengs.