Niché au sud de la Lisière de l’Entropie, à quelques jours seulement des frontières rassurantes de la Couronne Extérieure, Gornmbarg est un petit hameau perdu dans une clairière protectrice. Ses bois épais et son relief doux le préservent en partie des vents chargés de Myste, et l’endroit demeure l’un des rares refuges où même les non-Stigmates peuvent vivre sans recourir constamment aux abris ou aux artefacts.
À peine une centaine d’âmes y cohabitent. Les habitants vivent de récoltes modestes, d’un peu d’élevage et surtout de la culture d’une herbe médicinale réputée : la Bahumsium dorée. Ses longues tiges fines se terminent en panicules d’un jaune éclatant qui miroitent sous le soleil comme une mer d’or mouvante. On dit que son parfum légèrement sucré apaise l’esprit et aide à calmer les fièvres. Séchée ou réduite en poudre, elle sert à concocter potions et remèdes. L’odeur entêtante de ses champs emplit l’air du village, mêlée à celle du bois brûlé et de la terre humide.
La chasse de créatures mineures complète l’économie : on y traque des bêtes parfois déformées par le Myste, dont on tire cornes, griffes et viscères, ingrédients précieux pour l’alchimie. Le troc avec les caravanes marchandes assure la survie de la communauté, apportant étoffes, sel et outils en échange de Bahumsium ou de poudre médicinale. Le marché de Gornmbarg, qui se tient chaque semaine autour de la statue du fondateur, est un moment vibrant où les voix se mêlent aux hennissements, aux odeurs de cuir et de viandes fumées.
Mais Gornmbarg n’est pas un village comme les autres. Fondé il y a quatre siècles par Gloems Gornmbarg, un héraut nain devenu légende, il garde une identité singulière. Héros autant que sujet de chansons paillardes, Gloems s’illustra autant par ses batailles que par sa différence : contrairement à ses frères de peau minérale, il portait une chair lisse et tendre, « douce comme les fesses d’un bambin », selon les rires populaires. Sa singularité devint emblème, et son nom résonne encore comme un symbole de bravoure et de dérision mêlées. Sa statue trône au centre de la place du marché, le représentant bardé de fer et brandissant une hache gigantesque. Les anciens l’honorent, les bardes le chantent, et les enfants grimpent sur son socle en riant des légendes qui prêtent plus à sourire qu’à révérence.
Le quotidien à Gornmbarg est rythmé par une simplicité rude mais chaleureuse. Le matin, les cloches de cuivre de la petite chapelle résonnent pour signaler l’approche d’une Impulsion : les habitants se hâtent alors de tirer des volets renforcés de runes, de couvrir les champs de voiles alchimiques, et d’allumer des encens aux senteurs amères censés stabiliser l’air. Les soirs d’accalmie, on se rassemble autour des feux, partageant les nouvelles des caravanes et les récits des Stigmates en voyage. Les nuits d’Impulsion, en revanche, résonnent parfois de gémissements dans le vent, ou du craquement sinistre d’une bête égarée.
Pour les Stigmates, Gornmbarg est bien plus qu’un simple village : c’est un havre, un lieu qui ne les rejette pas, où l’on élève leurs orphelins, où l’on honore un ancêtre marqué devenu héros. Refuge fragile au cœur d’un monde instable, Gornmbarg demeure le point de départ de tant de destins, un lieu où l’histoire s’écrit toujours à la frontière entre sécurité et chaos.