Aprêsouffle, les terres du Nord
Les terres sinueuses du septentrion d’Hilgarden, que les anciens nomment Aelken en elfique, portent un surnom murmuré comme un soupir : Aprêsouffle. C’est une contrée dure, austère, taillée par le froid et par un hiver sans fin. Pourtant, malgré cette rigueur accablante, la vaste chaîne de montagnes appelée l’Union des Dragons érige une barrière colossale contre les impulsions du Maelstrom. Grâce à cette protection, la vie, fragile mais tenace, a trouvé ici de quoi s’enraciner.
Le paysage se déploie en forêts enneigées et en massifs vertigineux, que prolongent de larges fjords mordant les côtes glacées. Le silence règne, seulement troublé par le craquement de la glace ou l’écho lointain d’un cri animal. La faune, massive et ancienne, reflète la grandeur de ces terres : loups arctiques aux aboiements résonnants, ours bruns redoutables, mégacéros aux ramures cyclopéennes, yacks laineux et les célèbres bec-sifflants, cousins lointains des wyverns, dont le sifflement des ailes fend l’air comme une plainte. À côté de ces géants, le petit gibier subsiste, épars et discret, suffisant à nourrir ceux qui savent patienter.
Mais Aprêsouffle n’est pas seulement une terre de bêtes et de glace. C’est surtout le domaine des elfes des neiges et des hommes-félins, peuples nomades qui tracent leurs routes entre toundras et forêts blanches, suivant les pistes de chasse et les cycles des saisons figées. Leur existence se déroule en marge des quelques enclaves humaines et naines établies ici et là. Car pour les communautés sédentaires, l’agriculture est illusoire et la chasse insuffisante : seule la mer, avec ses promesses et ses périls, soutient leur survie.
Ainsi, les ports battus par le vent vivent au rythme des chasses maritimes. Les pêcheurs et chasseurs de baleines s’aventurent sur les flots glacés, rapportant viande, graisse et ossements, matières précieuses pour tenir l’hiver éternel. Tandis que les nomades, eux, préfèrent la liberté des landes et des glaces, arc ou harpon à la main, se mouvant dans le silence blanc avec la patience des prédateurs.