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Bogotha Yemeghen

La furie de feymach

On raconte qu’avant l’hiver de 2510, Bogotha Yemeghen riait fort, tissait plus vite que toutes les femmes du hameau et chantait des berceuses à deux voix pour ses enfants. Mais cet hiver-là, les rafles du Baron Drachenstein balayèrent Feymach comme une tempête d’acier. Les soldats prirent tout — le feu, la chair, la dignité — et laissèrent derrière eux un silence de neige et de sang. Quand le jour se leva sur les cendres du village, Bogotha n’était plus qu’une ombre parmi les décombres. Une ombre qui respirait encore.

Les survivants se souviennent d’une femme qui pleura trois jours sans dire un mot, puis qui cessa tout simplement de pleurer. Le quatrième jour, elle forgea une lance avec les restes d’un portail brisé, couvrit sa peau des cendres du village et jura que plus jamais les pleurs d’une femme ne résonneraient seuls dans la nuit. Ainsi naquit la Furie de Feymach.

Sous son commandement, un simple attroupement de paysans devint une horde de justiciers. Ses guerriers ne portaient ni bannière ni emblème, seulement les haillons de ceux qu’ils avaient perdus. Leur cri de guerre — “Pour les nôtres !” — glaçait jusqu’aux vétérans les plus aguerris. Bogotha menait chaque charge en première ligne, les cheveux tressés de cordes et de dents, la peau marquée de cicatrices qu’elle refusait de soigner, comme des prières inscrites dans la chair.

Certains l’appellent la Répance du peuple, comparant sa rage à celle de la sainte de Lyonesse. Mais la comparaison s’arrête là : Répance priait les dieux, Bogotha les maudit. Répance menait des chevaliers en quête de rédemption ; Bogotha, des paysans qui n’avaient plus rien à perdre. Là où l’une prêchait la lumière, l’autre embrassait la tempête.

Ceux qui l’ont croisée parlent d’une présence terrifiante, d’un regard si plein de haine qu’il en devient presque lumineux. Quand elle parle, sa voix tremble comme une flamme qu’aucun vent n’éteint. On dit qu’elle dort peu, qu’elle veille sur les armes de ses morts et qu’elle prie, parfois, devant les cendres de Feymach — non pour la paix, mais pour que sa fureur ne s’éteigne jamais.

Aujourd’hui encore, des chansons circulent sur son nom dans les tavernes du Rocher. Des chants interdits, murmurés à mi-voix, où l’on dit que tant que Bogotha Yemeghen respirera, aucune couronne, aucun seigneur, aucun baron ne pourra dormir tranquille.

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