Lien => Les Terres d'Ouest :: [Rapport] Werewolf / Ocean Side (soforums.com)
Lune Noire
Il était tard dans la ville d'Escondido en Californie, la nuit était déjà bien avancée, une nuit sombre et sans lune, livrée encore au tumulte amoindri de la ville. Un calme précaire régnait dans ce quartier défavorisé, brisé de temps à autre par le miaulement d'un chat suivi d'un bruit de couvercle de poubelle qui tombe, par les engueulades d'un couple désabusé qui finit par se taper dessus ou bien par les crissements de pneus d'une voiture. Là, dans une ruelle sombre, un SDF pas comme les autres, tapis dans l'ombre, assis contre un mur vétuste, emmitouflé dans ses vêtements noirs et sales, pensait....la silhouette ressassait des idées noires.
Caché le jour, dehors la nuit... il ne savait plus très bien, il n'avait plus la notion du temps : le soleil lui brûlait les yeux; il préférait quand il était éteint. Nimic, Nimic ! crachait t-il à tue tête. Depuis cette fameuse nuit où le jeune uratha s'était évadé, il déambulait toutes les nuits, il ne lui restait plus rien à part peut être la liberté. Mais avait il déjà eu un semblant de vie ? Il n'en était pas sûr, juste le néant d'une existence fracassée sur le sol comme les verres de cette bouteille qu'il observait devant lui, au milieu des détritus, à côté desquels il était assis, recroquevillé sur lui même. Dans ce noir total, il se souvint : le grincement des lourdes chaînes qui se balançaient, cette pièce sombre qui était autrefois sa prison et sa maison, la force de Sombre Poigne qui écrasait sa gorge jusqu'au point de rupture.....ses reproches, ses lacérations. La haine était dans son cœur, elle brûlait en lui comme un feu ardent, mais heureusement les ombres le soutenaient depuis toujours, elles étaient devenues son refuge. Il les avait apprivoisées autrefois. Il entendait désormais leurs chants lugubres et plaintifs. Au bout de leurs corps lisses et froids, elles jouaient la partition de ses années de cauchemars. Dehors, le vent lacérait les bâtiments faisant soulevé le sable qui s'engouffra dans la ruelle où Nimic vivait désormais assis à même le sol. Les cris de ses victimes retentissaient dans son crâne, mais ici, ils ne le glaçaient plus d'effroi cependant ils le hantaient encore et encore. Jusqu’à l’œil, ils les avaient dévorés, torturés et ou bien encore saignés.
Nimic, Nimic ! répétait t-il dans sa tête. C’est à moi qu'ils doivent leur chute, esquissant , un sourire fugace carnassier en dessous de sa capuche noire. C' est désormais écrit comme dans un livre : il ont fait de moi ce que je suis. Mauvais, Mauvais ! cracha t- il comme s'il vomissait ces paroles. Grâce à eux, j’ai écrit cette histoire, celle de leur déperdition, de ma trahison. Sombre Poigne lui avait toujours dit qu’il fallait laisser une trace dans ce monde, et qu'il n'en laisserait jamais aucune, qu'il n'était rien. Avant, il était une curiosité, une plaie béante, une chose qui dérange. Ses blessures comme des trophées marquées de leurs haines et de leurs jalousies maladives. Il revit le rictus de son père, empreint de ses mimiques de dégoût. Et dans ce noir complet, loin des yeux indiscrets, personne ne pourrait jamais savoir ce que Nimic avait subi toutes ces longues années, ce qu'ils lui avaient fait vivre......... Qu'allait-il devenir? se demandait-il. Dans son ancien foyer, au moins il était à l'abri de ce monde inconnu, aujourd'hui, il était comme les restes d'un feu où subsiste à peine quelques braises éveillées. Aujourd’hui, il se rappelait qu'il n'était rien, qu'une âme errante dans ce désert d'hommes et de sable. Au milieu des ténèbres, il n’y avait plus personne. Pourtant, il espérait qu’un jour il y aurait une issue. Que Gaïa dans sa miséricorde lui vienne en aide.
Dans l' obscurité de cette ruelle, il y avait les yeux des rats qui grouillaient autour de lui ! Il les attrapait à mains nues, avant de les gober. Il tenait ses lèvres closes et ses joues très gonflées ; percevant au-dedans la rumeur effarée de leurs gesticulations, et puis soudain, un craquement de dents.. Quand son loup partait à la chasse, Nimic se figeait puis disparaissait. Il n’y avait plus que l'odeur du sang et le battement de ses proies, pas de bras ni de mains qui se cognaient en cherchant le retour au foyer, plus de place au doute. Alors, Nimic devenait sourd et laissait son loup au fond de lui voir et entendre à sa place dans la pénombre. Pas un rongeur n’échappait à son œil de ténèbres et à son corps élastique.
Une fois repu, il attendit jusqu’à l' agonie de cette interminable nuit, où ne subsistait que ces vieilles amies les ombres. Il mit sa main sur leurs épaules où dormait sa tristesse. En sentant dans sa paume leur glaciale présence, l'air soudain se rafraîchit et sembla lui chuchoter des mots d'outre tombe. Mais cette entrevue secrète fut bientôt interrompue par les soubresauts sonores de la ville qui le dérangèrent, alertant ses oreilles affûtées. Sortit de sa torpeur et de ses pensées, par les geignements d'un homme sale et éméché qui titubait une bouteille vide à la main. La silhouette de l'homme avança vers lui, vacillante et en le voyant demanda d'une voix saoule tout en pissant à côté de lui.
"Au putain que ça fait du bien de se soulager ! Heyyy ....Dis moi l'ami ..... t'aurais pas une p'tite bouteille à partager avec un camarade des rues ....comme moi ?"
Devant le silence assourdissant de l'homme assis non loin de lui , l'homme bourré clama avec plus de virulence "Heyyyy , t'es sourd comme un pot ...ma parole, t'aurais pas un p'tit quelque chose pour un pauvre homme comme moi , l'ami , j'ai encore ....très ..très soif..tu vois."
Nimic, Nimic cracha l'uratha nerveusement, puis il se releva et regarda l'homme dans les yeux. qui mis du temps à réaliser ce qui se présentait face à lui : un visage blême, le crâne rasé, orné de tatouages étranges, avec du sang de rat séché plein la bouche et le menton.
Nimic était désolé de ne pas avoir le fameux breuvage tant attendu par l'homme, il allait parler mais quand il vit l'homme aviné se figer et blêmir un instant puis remarquer lentement les restes de cadavres de rats sur le sol qui entouraient cet être en face de lui. L'homme recula de trois pas par instinct puis rebroussa chemin comme il put en hurlant -"Sérieux, t'as bouffé les rats ! T'es un grand malade toi, tu t'es échappé d'un asile ou quoi, vas te faire soigner pecnot" puis il disparut dans la nuit comme il était venu en balbutiant des paroles incompréhensibles.
Le loup aurait bien dépecé celui qui avait osé le déranger de la sorte mais Nimic n'aimait pas faire du mal aux gens, il aurait bien aimé que cet humain devienne son ami; il ne voulait pas que le loup déchire sa gorge. Nimic l' avait déjà laissé faire plus d'une fois à cause de Sombre Poigne et il ne voulait plus que cela recommence.
Suite à ce petit incident, il quitta la ruelle sous forme lupus par l’un des interstices d'un mur à moitié ébranlé. Puis, il continua son chemin jusqu’aux abords de la ville, vers une petite cabane branlante où il avait l'habitude de se cacher la journée. Plus tard, la nuit suivante, son loup lui apporterait d'autres rats, d'autre nourriture, il le savait. Il en ferait des paquets. il les saignerait, le premier pour en tirer de l’encre où il tremperait sa haine et sa rage, puis les autres seraient dépecés avant de les manger.
Mais pour l'instant, ses pensées revinrent à son père "Sombre Poigne" et le tourmentaient. Elles prenaient toute la place parfois dans son sommeil. Épuisé, il s’étendit sous forme homidé tout seul et réunit ses mains sur son ventre aplati, recroquevillé en position fœtale. Il souhaita que sa voix plus jamais ne retentisse dans son esprit pour apaiser sa peine et ses douleurs gelées ! il supplia maintes fois à la nuit mourante que cette noirceur le laisse tranquille. Dans cette opacité, son prénom de sa bouche alors arriva à être murmuré, son prénom de loup qui jamais n'avait été prononcé comme une injure, comme un mépris : " Peine Ombre". Il lâcha ce nom comme un appel. Il aurait maintes fois laissé sa vie s'en aller de son corps pétrifié, mais soufflée dans son oreille, à chaque fois le loup s’approchait et lui murmurait la rage, attendant son heure, faisant taire les railleries du père et survivre son esprit. Alors, rassuré, doucement, il prenait sa couverture sale et trouée pour se reposer enfin.
C’est cela qui se passait dans les ténèbres, c'est cela qu'il écrivait dans le noir. C’était son histoire, illisible et fiévreuse, toute en lettres de sang, teintée d’humiliation, de trahison et de malveillance.
C’est cela qui se passait dans les ténèbres, c'est cela qu'il écrivait dans le noir. C’était son histoire, illisible et fiévreuse, toute en lettres de sang, teintée d’humiliation, de trahison et de malveillance.
Maintenant, dehors, le soleil était avec lui, il le brûlait parfois mais le réchauffait un peu aussi. Dedans, il était éteint, brisé. Depuis combien de temps ?
Certains jours, il ne tenait plus debout. Il ne trouvait plus la raison même en suivant les notes des ombres. Le loup et lui ..... ils étaient les seuls survivants de ce naufrage. Coincés ensemble, la nuit, ils étaient assis, l'un en face de l'autre et se fixaient, comme des chiens de faïence. Pour combien de temps encore ? demanda Nimic
Certains jours, il ne tenait plus debout. Il ne trouvait plus la raison même en suivant les notes des ombres. Le loup et lui ..... ils étaient les seuls survivants de ce naufrage. Coincés ensemble, la nuit, ils étaient assis, l'un en face de l'autre et se fixaient, comme des chiens de faïence. Pour combien de temps encore ? demanda Nimic
— Un certain temps encore, on verra... répondit le loup, mais un jour je te dévorerai. Lui avait-il répondu en le fixant de ses pupilles moribondes.
Mais Nimic ne se laissait pas faire. Il ne voulait pas être dévoré, il ne quittait pas du regard le loup et le cajolait pour l'apaiser, le calmait, en tout cas pour le moment. Mais un jour prochain, derrière le foyer ravivé où brûlera enfin sa rage. Nimic ne pourra plus résister à son appel et s’approchera de lui, face à ses yeux tout enflammés de rougeurs et de faim. Dans sa paume, alors la tête de son loup dont il sentira la morsure, un jour où son soleil sera définitivement éteint en lui, happera son horizon. Le noir entrera ensuite en lui du bout de ses crochets et dans son cou le venin suintera, Nimic n'y survivra pas. L'étau de la mâchoire se resserrera et les dents se refermeront sur lui, en une ultime secousse sur sa tête de mort. Alors « Nimic » ne sera plus prononcé, il s’en ira de son corps éventré, pour se réconcilier avec son loup. Laissant ses cauchemars s’effacer en étoile de cécité et le laisser venir enfin vivre........lui, le Loup des Ombres.........
Le lendemain, sortit de ces rêves étranges, il fut réveillé par un grand fracas. La porte de sa cabane en un instant venait d'être brisée en mille morceaux laissant entrevoir une silhouette athlétique et féminine. Les rayons du soleil qui passaient à travers elle, l'éblouirent un instant. Il mit ses mains instinctivement devant son visage en signe de défense et elle lui donna un coup de pied pour le réveiller un peu plus.
"Debout sale loque ! Allez debout , j'ai dit ! Arrête de t'apitoyer sur ton sort et si tu veux survivre, lève toi et viens avec moi sinon crève comme les rats que tu as bouffé hier soir et que tu sembles tant appréciés."
"Nimic sent votre odeur, vous êtes comme moi ?"
"Yep, enfin si on veut, je suis une lupus, Ahroun des Furies Noires et ça fait deux jours que je t'observe, t'es pas un finot toi mais je sens que t'as du potentiel, j'ai eu un putain de mal à te suivre mais comme un con tu reviens toujours au même endroit ..alors. J'avoue, j'étais intriguée mais tu sors d'où, t'es né dans une décharge ou quoi ? "
"Nimic s'est enfui de chez lui, car Nimic est Mauvais ! Mauvais! ".... "Nimic est un métis, Ragabash des Seigneurs de l'Ombre. Maîtresse Furie"
"Waow ! Un seigneur de l'ombre ! ben celle là je m'y attendais pas, j'aurais juré que t'étais un Rongeur d'os ! Comme quoi ! Après métis c'était sûr vu ta tronche. Allez trêve de bavardage, reste pas comme un gland à ramper devant mes pieds, et bon sang va te laver un peu, j'ai pas envie de voyager avec une poubelle ambulante bien que bizarrement tu masques totalement ton odeur, ça pourra nous être utile"
"Waow ! Un seigneur de l'ombre ! ben celle là je m'y attendais pas, j'aurais juré que t'étais un Rongeur d'os ! Comme quoi ! Après métis c'était sûr vu ta tronche. Allez trêve de bavardage, reste pas comme un gland à ramper devant mes pieds, et bon sang va te laver un peu, j'ai pas envie de voyager avec une poubelle ambulante bien que bizarrement tu masques totalement ton odeur, ça pourra nous être utile"
"Nimic fera tout ce que Maîtresse Furie lui demande, Nimic est content que Maîtresse Furie veuille bien être son ami."
"Ouais, ouais, t'emballe pas, on va juste faire un bout de chemin ensemble et je sais ma bonté me perdra ! Putain dans quelle galère je me suis encore fourré ! Allez bouge ton cul et t'as pas intérêt à me décevoir sinon je te bazarde à la première occasion , t'as compris ! "
"Nimic ne décevra pas Maîtresse Furie, jamais c'est promis"
"Et arrête de m'appeler Maîtresse Furie, par pitié"
"Comme vous voudrez, Maîtresse Furie ! "
"Oh bon sang ! Je sens que la journée va être longue ! Allez amène toi on s'arrache !"