AVERTISSEMENT : Avant votre lecture ce texte peut contenir des éléments susceptibles de spoiler l'histoire du personnage. Libre à vous d'en apprendre plus sur le personnage par cet écrit, ou en RP pour les joueurs de la campagne. Bonne lecture!
Nous sommes le 29 août 1999 tard le soir.
Une dame afroaméricaine d’un certain âge s’assied confortablement dans un gros fauteuil habillé de velours vert se trouvant dans le salon de la Fondation. Habituellement la dame ne fume pas ici, elle n’aime pas se faire réprimander par les autres éveillés du nexus de l’archimage Hermétique. Mais ce soir personne n’est là. Aussi, la femme vieillissante en profite pour sortir sa pipe, y tasser quelques herbes et se servir un verre. Un chat glabre saute sur les genoux de la chamane et se blottit contre elle alors que cette dernière tire un ancien livre de sa besace de cuir. Alors qu’elle tire sur sa pipe, une épaisse fumée odorante vient emplir la pièce. L’éveillée âgée se met alors à compulser tranquillement les pages de son journal, beaucoup de pages sont encore blanches mais certaines sont déjà bien remplies. La vieille dame expire un épais nuage de fumée, tousse grassement puis se met à lire son journal en commençant à la première page de celui ci, comme ci elle avait besoin de se remémorer jusqu’à la moindre parcelle de sa vie d’avant…
«Histoire d’un éveil tardif par Rosemary Chambers. »
Rosemary plonge son regard dans son journal.
Je suis Rosemary Chambers, aujourd’hui j’ai 49 ans et il n’est pas trop tard pour que je me lance dans la rédaction de mon journal personnel. Je ne sais pas si il s’agit de ces nouvelles personnes que je côtoie ou ma toux qui se fait de plus en plus intense mais je préfère laisser une trace de mon passage sur cette terre et peut être que le meilleur moyen de le faire reste encore la plume. Je suis née le 30 mai 1949 à San Clemente, une petite ville de la banlieue de LA. Mon père gérait à l’époque un petit motel touristique d’une petite dizaine de chambres. Nous étions avec mes 3 frères et sœurs épanouis et nous menions une vie plutôt tranquille sur le littoral pacifique. Certainement les plus belles années de mon existence. Je me souviens à l’époque que certains événements échappaient déjà à ma compréhension. Lorsque nous croisions un animal mort sur la route j’avais toujours l’impression que celui ci me regardait, lors de funéraille je voyais une brume rougeâtre flotter au dessus du cercueil des défunts. Le souvenir le plus marquant que j’ai est celui du bruit des vagues l’été lorsque nous laissions la fenêtre de la chambre ouverte, alors que je tombais de fatigue il m’arrivait d’entendre une respiration rauque à côté de mon oreille.
Rosemary tourne alors quelques pages de son journal.
Tout ça s’est arrêté à mes 16 ans. Je n’en ai jamais parlé à personne. Mes parents ne roulant pas sur l’or et malgré mes capacités scolaires je me suis lancé dans une formation de secrétaire médicale. Je travaillais alors à l’époque pour un médecin de ville de San Clemente. J’ai trouvé un compagnon, John, et me suis mariée avec lui. Je ne regrette qu’une seule chose, c’est de ne pas avoir pu lui donner d’enfants.
La dame se frotte les yeux, embrumée par la fumée autour et tourne de nouveau quelques pages de son journal.
John est décédé très vite à la suite de l’annonce de sa maladie. A cette époque je travaillais déjà comme maquilleuse pour mort au funérarium de San Clemente depuis longtemps. J’avais une fascination macabre pour tout ce qui avait attrait au morbide mais le décès de mon époux m’a fait basculer dans ce que je suis devenu aujourd’hui. Les hallucinations ont recommencés, de plus en plus fortes. Au début j’ai mis ça sur le compte du manque de sommeil, la mélancolie, la faim peut être. Je marchais sur un fil tendu entre deux falaises, menant l’une comme l’autre vers l’abîme. J’ai essayé de trouver de l’aide parmi mes amis, ma famille, la médecine classique comme parallèle mais rien n’y a fait. A bout de nerf je me suis réfugiée dans un flacon qui me hante et m’enivre, l’alcool. Alors que je pensais régulièrement à une façon de mettre fin à mes jours, sans pour autant avoir le courage de le faire, je me suis rendue dans un drugstore de San Clemente pour y acheter une bouteille de rhum. Je ne voulais pas la boire seule, aussi je me suis rendue dans le cimetière de la ville dans la nuit pour trinquer avec John. Mes hallucinations étaient de plus en plus sévères alors que je n’avais pas encore ouvert la bouteille. Je voyais des ombres filer autour de moi, je sentais une présence froide dans mon dos. J’ai couru à toute vitesse vers la tombe de John pour me rendre compte que m’attendais là un petit animal étrange, un chat glabre. Il était roulé en boule et mal en point, il était faible et miaulé péniblement sur la pierre tombale de John. Je l’ai mis dans mon manteau et avant de partir je me suis retournée vers la sépulture de feu mon mari et j’ai bu. Après une rasade à boire au goulot les yeux fermés je l’ai vu. Une petite fille qui fumait une pipe, là sur la tombe. Elle portait une jolie robe et exhalée de sa pipe des étoiles et des planètes. Je me souviendrai toujours de ses premiers mots.
- « Enfin tu es là maman. »
C’était le premier août 1997
Rosemary porte le verre à sa bouche et en boit une gorgée. Elle expire profondément, tourne quelques pages du journal puis reprend sa lecture
Quelques temps plus tard, lors du mois de septembre de l'année 1997, j'ai erré de bar en bar et j'ai quitté mon travail au funérarium. Le moindre prétexte était bon pour que je m'assied à une table et y descendre quelques verres voire plus. Je me faisais régulièrement virer de là où j'allais. C'est aussi l'époque à laquelle je me suis familiarisée avec mes pouvoirs magyques. Je profitais de la magye pour arnaquer grossièrement des dormeurs, pour la plupart des tenanciers de bar et ainsi boire à l’œil. Mes pérégrinations m'ont menés à Fresno. Là-bas j'y ai rencontré la bande de Mccoy, un petit nexus d'excavés. Ils avaient un sanctum dans une vieille masure délabrée du centre ville. J'ai commencé à retrouver goût à la vie là-bas, mes quotidiens bercés par la préparation de cookies à l'herbe, la fumette et l'errance avec mes copains. Évidemment je me mettais souvent en danger, mes potes me rappelaient régulièrement les règles basiques des éveillés, le paradoxe, le voile, mais ma pratique de la magye rendait mon existence au sein du groupe compliquée. Je m'amusais régulièrement à convoquer des esprits mineurs pour éprouver des sensations extra corporelles psychédéliques. J'usais à outrance de la magye sur les dormeurs pour arriver à mes fins, essentiellement finir saoule ou défoncée à outrance. Je flirtais dangereusement avec les fantômes et les esprits de ruine. Aussi un soir j'ai perdu connaissance, rien d'inhabituel penserez vous... Mais je ne me suis pas réveillé à Fresno...
Rosemary tourne une page
Je me souviens de cette présence qui est rentrée dans cette pièce entièrement noire. J’ai horreur de l’obscurité totale, aussi lorsque je me suis rendue compte que mes pieds et poings étaient liés je me suis mise à hurler.
- « Calmez vous Rosemary, personne ne peut vous entendre ici. »
Le ton dans la voix de l’homme était on ne peut plus calme, monocorde.
- « ALLUMEZ UNE LUMIERE MAINTENANT. »
Je cherchais à me défaire de mes entraves par tous les moyens.
- « THOUTMOSIS ! THOUTMOSIS VIENT !! »
Comme je faisais habituellement pour convoquer les esprits je cherchais à concentrer mon esprit même si il était trop clair à ce moment là pour réussir.
- « Ne cherchez pas à jouir de vos pouvoir ici, vous avez été privée de votre quintessence. De plus votre chat n’est pas dans cette pièce. Inutile de vous inquiétez, il va bien. Allumer une lumière me permettrait-il d’avoir une conversation apaisée avec vous ? »
- « Vous êtes un monstre !! Rendez moi mon chat immédiatement ! »
Je me souviens de la lumière orange s’allumant devant moi. Je ne pouvais discerner que la silhouette de l’homme qui serait mon futur mentor.
- « Bien mon temps est compté, aussi je m’efforcerais d’être le plus rapide possible. J’ai besoin que vous fassiez silence et je ne veux pas être interrompu suis-je clair ? ».
Je me souviens que je ne pouvais pas répondre, ce petit malin avait utilisé un sort sur moi. Snibly peut se montrer fourbe parfois..
- « Bien j’ai fait observer vos allées et venues depuis bientôt 6 mois par un éveillé. Je vous ai vu vous rapprocher de cette petite bande d’excavés à clocharder et secourir les gens dans le besoin à Fresno. C’est noble de votre part et je dois avouer que vous êtes plutôt bien tombée. Les choses auraient pu bien mal tourner pour vous. J’ai fait expertiser votre potentiel et il semblerait que votre connaissance de la sphère des esprits soit anormalement élevée pour une éveillée aussi jeune que vous… A moins que vous ne cachiez quelque chose ? ».
Je sentais son regard sur moi, il avait instauré une pression psychologique et avait fait s’effondrer toutes mes barrières mentales. Il serrait les bras et je le sentais s’immiscer dans les tréfonds de mon âme.
- « J’espère que vous aimez ce que vous voyez !!! ».
- « Silence. Bien. J’ai vu ce que je voulais voir. Vos capacités magyques sont exeptionnelles mais gâchées par le crédit que vous apportez à votre petite morale de rue. Je sais ce que vous recherchez, les questions que vous vous posez, notamment vis à vis de John et de sa sépulture profanée. Par conséquent je suis prêt à vous former, mon tutorat sera d’une aide précieuse pour avancer votre petite enquête sur la disparation de la dépouille de votre défunt mari. En échange je veux que vous écoutiez ce que j’ai à vous dire, que vous assuriez une permanence ici à Los Angeles et vous occupiez des tâches de la Fondation. Libre à vous d’accepter ou de retourner vous roulez dans vos tessons de bouteilles d’alcool avec vos petits copains à Fresno. Je veux votre réponse avant le 1er janvier 1998, d’ici là mon offre sera expirée. Au revoir Rosemary Chambers.»
Je me souviens que Snibly avait été affreusement dur le jour de notre première rencontre, il voulait déjà m’inculquer une certaine discipline mais c’était déjà trop tard. J’étais trop vieille et j’avais été trop sage toute ma vie. J’ai tout de même accepté son tutorat, dans l’espoir de retrouver une trace de mon John.
Rosemary s’endormant peu à peu sur sa lecture se fait brusquement réveillée par une voix familière.
- « Rosemary je vous ai déjà dit de ne pas fumer dans la Fondation, il y a des ouvrages trop précieux pour prendre le risque de les voir partir en fumée. Prenez vos affaires et votre chat. Vous partez. »
- « Quoi maintenant ? Mais pour aller où Snibly ? »
- « Oceanside. »