1. Journals

Garou - 41.3 - Renaissance Brûlante

December 17, 1999

Renaissance Brûlante





La lune était haute ce soir là, une lune théurge en forme de croissant, luminescente et légèrement bleutée qui trônait au milieu des étoiles. Le ciel était dégagé et le silence régnait comme si la nature et les esprits retenaient leurs souffles, comme si le temps était suspendu et attendait que Magnus le fils de Fenris ne prenne la parole. Une ambiance étrange, forte et sereine envahissait les lieux. Ce bout de jardin que Magnus avait rendu verdoyant, il y a peu de temps , émanait une grande chaleur pleine de solennité et de gratitude. Une étoile filante fendit soudain le ciel nocturne, annonciatrice de cette célébration qui allait commencer où tous y virent une bénédiction de Mère Lune. L’air était frais, piquant même et il sembla aux invités que celui-ci était plus mordant alors qu’il s’approchait de Magnus. Le théurge, lui était torse nu et pied nu , habillé simplement d’un vieux jean et assis en tailleur devant un grand brasier qui brûlait avec vivacité. Magnus avait les yeux fermés et semblait méditer devant ce foyer incandescent.

A leurs approches du grand brasier et de Magnus, ses frères et sœurs entendirent une musique entêtante de style nordique qui inondait la scène de ces vibrations au rythme d’un tambour. La musique semblait être chanté par un shaman et se voulait apaisante et hautement spirituelle. On aurait dit que le goulet ce soir là était devenu plus fin et les garous virent assez rapidement que des esprits curieux, en grande partie des esprits élémentaires, en avaient franchi le seuil, venant assister à l’honorable cérémonie.




Raïwaya, le totem de la meute était déjà là , noble, immuable, calme, attendant derrière Magnus que son fils ne fasse son office. Il semblait fier de lui, se tenant immobile et le regardant avec attention. Le grand Esprit ne connaissait pas cette facette de Magnus et il en fut agréablement surpris, il sentit une connexion forte entre son enfant et le brasier devant lui qui ne faiblissait pas. Une force brûlante et vivace qui lui plaisait bien, à la fois chaleureuse et conviviale comme un feu de camp vers lequel on aime se réchauffer mais aussi incandescente et dévorante que les braises d’une forge, signes évident d’un esprit fort, d’une âme de bâtisseur et d’un esprit vif, toujours en mouvement telles ses flammes qui dansaient sans relâche devant lui.


En y regardant de plus près, des runes étaient tracées autour du brasier en forme de cercle formant une sorte de pentacle viking.




Aux abords de ce cercle se trouvait 4 rondins de bois posé à la verticale, servant sûrement de siège pour venir se joindre à la cérémonie qu’avait organisé le fils de Fenris. Sur chacun d’entre eux, était gravé différent symbole : un rapace, deux dagues, une licorne, et un cheval ailé correspondant à chacun de ses frères et sœurs, venus en ce soir l’honorer.


Une fois les lycans assis à leurs places respectives, Magnus ouvrit les yeux et sans mot dire il prit un bol en bois posé non loin de là dans lequel se trouvait une peinture noire et il passa devant ses frères et sœurs traçant sur leur front une rune pour que les Ases ,ces grands esprits auxquels sa tribu était affiliée les bénissent. A ce moment là , l’air devint plus froid encore, il sembla même aux invités que quelques flocons de neige virevoltaient autour de Magnus de temps à autre.


Il dessina pour Ludwig la rune Eiwhaz , rune de la stabilité et de la force d’esprit , sur celle de Taynara, il apposa la rune Tiwaz, rune de la victoire et de l’honneur. Sur sa sœur Freya, il traça la rune d’Elhaz, symbole de l’élan et de la protection. Quant à Ratiches, il lui marqua la rune Mannaz rune du soutien et de la persévérance.


Puis il revint à sa place et attendit en méditant que la musique ne s’arrête….


Magnus prit alors la parole, sa voix était calme et forte, aucune expression ne marquait son visage qui se voulait solennel «  Chers frères et chères sœurs, merci d’être venus tous à cette cérémonie, un peu particulière mais Ô combien importante pour moi. Je tenais à me présenter à vous dans la plus pure coutume de mes ancêtres et de ma culture. Je suis heureux que vous me fassiez l’honneur d’être là, en cette soirée bien spéciale. Acceptez ces bénédictions des Ases et voyez les comme une prolongation de ma bienveillance et ma considération envers vous…….Il me semblait important de me montrer tel que je suis devant vous afin que vous sachiez qui est vraiment votre frère et ce que je pense de chacun d’entre vous.


Comme vous le savez, je sais qui je suis dans le monde des humains et j’y ai trouvé ma place, une place que j’affectionne et dans laquelle je me sens bien mais je n’ai jamais connu les conseils de mes ancêtres, et je n’ai reçu que très tardivement les conseils et connaissances de ma tribu. Je ne sais pas quelle est mon ascendance car notre lignée s’est perdu avec le temps et les guerres. Héritant d’un anneau, puissant et mystérieux, parfois lourd à porter, du moins dans les débuts de mon périple. Je suppose qu’à travers mes recherches et avec le recul, je me cherchais moi, ma partie garou, qui j’étais vraiment. Ce fut long et parfois irraisonné mais heureusement pour moi, Gaïa m’avait envoyé un ange gardien pour me sauver de toutes menaces et parfois de moi même, je suppose.


Mes Voyages au côté de Freya se succédèrent, sans véritablement de réponses jusqu’à ce qu’elle me mène vers vous. Je vous l’avoue, je ne pensais pas rester très longtemps en ce lieu, ni encore moins trouver une famille sur ces terres mais il faut bien l’admettre ce lieu à ce quelque chose de spécial qui vous fait grandir et apprendre plus vite que n’importe où ailleurs, parfois même durement …..Et vous en avez tous fait malheureusement les frais. Je ne suis pas parfait, je suis insouciant, parfois naïf, un poil trop optimiste sûrement mais je m’évertue tous les jours à faire de mon mieux. Je me suis enfin trouvé et je continue à le faire tous les jours.


J’ai reçu en ce lieu et en peu de temps plus de réponses sur moi que je n’en ai eu en deux ans de cavale effrénée,…..la mère de Freya m’a même nommé le vagabond….et elle n’avait pas tort en fin de compte. J’ai également compris que ma voie était celle des fétiches car j’ai une forte connexion avec eux et je peux sentir leurs vibrations, la forge m’appelle également.


Avec vous, en ce lieu, je me sens enfin moi, je me sens utile et enfin je me reconnais en tant que théurge des fils de Fenris, je peux enfin déployer mes ailes, je sais enfin qui je suis, alors merci à tous pour ça…... »


Il porta son regard alors vers Ludwig


« Ludwig, c’est un honneur de t’avoir pour Alpha, J’ai une foi absolue envers toi, ta sagesse et ta bienveillance t’honore. Je suis fier de faire partie de cette meute malgré les ragots qui courent sur celle-ci ainsi que les blessures que certains de leurs membres lui ont asséné. Je sais que tu as traversé des moments difficiles mais je jure devant toi, que je serais toujours là pour t’épauler tant que tu le souhaiteras. Tes conseils et ton savoir sont une mine d’or dans laquelle je puise chaque jour et même si nous avons tous les deux le même auspice, tu ne m’as jamais fait me sentir de trop ou même laisser de côté, tu as toujours pris mon avis en compte, tu m’as fait une place à tes côtés et j’en suis honoré. »


Puis il se tourna vers Taynara


« Ma sœur, je reconnais en toi ton discernement, ta lucidité et ton expérience du terrain face au danger, tu n’as pas le rôle le plus évident au sein de la meute, celui de nous ramener sur le droit chemin, de nous rappeler nos limites, nos devoirs. Nous regardant toujours de loin avec bienveillance. Comme Freya, tu m’as sauvé la vie bien des fois, sans rien demander en retour. Certains diront que tu as un cœur de glace et je leur répondrais qu’ils n’ont rien compris de qui tu es vraiment. C’est un honneur de t’avoir à mes côtés. »


Il regarda alors Freya et marqua un temps de silence.


« Freya, ma sœur de cœur, ma sœur de route, ma sœur inespérée ! Je ne comprends toujours pas ce lien si fort qui nous unit, et pour tout te dire avec le recul , je ne sais même plus comment on en est arrivé à ce point si lié tous les deux. Tu es un pilier sur lequel je peux me reposer tous les jours, je te dois la vie également et ceci à plusieurs reprises, toujours à me protéger, à me guider, à m’apporter les préceptes de Mère Lune et de Gaïa avec qui tu es étroitement lié. Je n’imagine plus ma vie sans toi à mes côtés, tu es la force dans laquelle je puise quand je suis désespérée, tu es la lame, tu es le roc, tu es le sauvage, tu es ma Sœur à tout jamais. »


Enfin il se tourna vers Ratiches


«  Ratiches, nous sommes comme qui dirait des opposés tous les deux, du moins de prime abord, tu n’aimes pas les humains alors que je leurs voue de l’affection du moins pour la plupart. Tu es né Un parmi des milliers, je suis né dans une famille aimante et chaleureuse où j’étais reconnu pour ma singularité. Mais quand on y regarde de plus près, nous avons de nombreux points communs tous les deux, nous avons trouvé une famille en ce lieu , dans cette meute. Nous pensons que nos actes forgent notre destinée et non l’inverse, je suis de ton avis ce sont nos actes qui nous rendent responsables de ce que l’on est aujourd’hui, tel un forgeron qui frappe sa lame inlassablement , nous forgeons notre futur avec les restes de notre passé, j’aime ta loyauté, ta férocité, ton œil acerbe. Je voulais juste te dire que je te vois, mon frère, tu es bien unique à mes yeux, toi, Ratiches en qui j’ai une totale confiance. »

Il marqua une pause

« Maintenant que tout est dit ,il est temps de mourir……. »

Il se leva prit une lame qu’il leva en l’air……...

et dans un mouvement ample taillada sans hésitation sa main. Il serra ensuite le poing et dans un mouvement vers le brasier, jeta quelques gouttes dans les flammes qui s’embrasèrent de plus belle à ce contact. Le brasier avait la taille d’un homme vigoureux désormais. Magnus fit alors une prière à Sigurd, à Gaïa de le protéger….toujours….et d’un pas calme et assuré avança dans les flammes pour disparaître dans celle ci.

Freya eut un sursaut en voyant disparaître son frère dans les flammes et voulut s’avancer dans le cercle. Elle regarda Ludwig, inquiète, mais se ravisa quand elle vit son Alpha, lui faire non de la tête.

Le feu au lieu de s’arrêter commença par monter en intensité et un vent fort le fit peu à peu tournoyer à la manière d’une tornade. La flamme s’éleva assez haut dans les airs et se découpa alors en deux formant devant les yeux étonnés des invités, un oiseau de feu déployant ses ailes et lançant un cri d’aigle qui résonna dans ce lieu désormais sacré. Une voix rauque et gutturale se fit alors entendre , je vous présente Draupnir, mon allié et ami.



La chaleur était immense et elle aurait pu brûler dangereusement les spectateurs si le cercle tracé au sol n’avait pas servi de protection à ce moment là. Puis le feu redevint plus calme et Magnus au bout d’un certain moment en ressortit nu, noirci et fumant, les flammes ayant dévoré son pantalon et la suie ayant recouvert son corps …..mais étrangement aucune brûlure importante ne marquait sa peau tout au plus des plaques rouges qui régénéraient peu à peu.

Il posa un genou à terre face à sa meute, et il clama haut et fort « Je suis Magnus Sigurdsson, Théurge des Fils de Fenris, Membre de la Légion du Crépuscule et je renais en ce jour devant vos yeux en tant que votre frère mais aussi en tant que Maître des Fétiches. J’ai le sang du GRAND Sigurd dans les veines et en tant que tel Gaïa m’a lié à tout ce qui lie le spirituel et la matière, à tout ce qui lie le corps et l’esprit, à ce qui lie le feu et la glace…..Voyez moi tel que je suis en ce jour et à jamais, frères et sœurs de meute. En ce jour je me lie à vous ! «  Puis il inclina la tête attendant la réaction des autres membres de la meute.

. C’est Ludwig qui s’avança en premier, calmement, il récupéra dans une carafe située non loin de là, de l’eau pure et calmement, il déversa cette eau sur le corps du fils de Fenris et nettoya symboliquement Magnus, « Enlève cette noirceur et cette fumée qui te pèse mon frère, je te vois en ce jour comme un digne membre de notre meute, je te vois fils de Sigurd. »

Taynara se leva à son tour et fit un salut très protocolaire sans émotion. Elle releva la tête de Magnus le regardant un long moment droit dans le yeux sans rien dire puis elle clama « Je te vois, Magnus fils de Sigurd, Homidé et Théurge des Fils de Fenris »

Freya vint à son tour et enlaça son frère pour le réconforter. « Tu m’as fait peur, triple idiot » Puis, elle se leva alors et planta son doigt dans les cendres noircies du brasier. Enfin, elle traça sur son front un croissant de lune avec la suie « Reçoit en ce jour la bénédiction de Mère Lune, puisse t elle t’éclairer quand les ombres se feront les plus noires, puisse telle te voir comme je te vois en cette nuit mon Frère. » Puis elle alla chercher une serviette et lui lança dessus « Essuie toi et par pitié cache moi ce ….Enfin t’as compris ! C’est une manie chez toi de finir à poil ? »

Magnus la regarda, hocha la tête et s’exécuta mais ne montra aucune émotion.

En suivant, Ratiches vint à lui et s’entailla la main ainsi que celle de Magnus puis il clama à voix haute « Forgeons ensemble et dans le sang notre avenir mon frère » Magnus lui prit la main et la serra fort entachant sa main du sang du rat et vice versa

Enfin c’est Raïwaya qui vint, il s ‘approcha et posa sa lourde tête de Smilodon sur l’épaule du lycan.

Magnus caressa sa tête et lui murmura à l’oreille « Je ne suis pas un bon chasseur, Grand esprit mais je te promets de t’honorer de toute ma force et du mieux que je peux»

Raïwaya répondit par la pensée « Ne te dévalorise pas Fils de Sigurd, tes talents sont autres et moi aussi je te reconnais comme un de mes enfants, je sais que tu en seras digne. »


Enfin Magnus se leva, il se mit la serviette autour de la taille et regarda un instant ses frères et ses sœurs sans rien dire. Puis, il fit une révérence à toute la meute, le visage encore sans émotion mais exprimant le respect.

« La cérémonie est terminée et je vous remercie d’y avoir assister »…….puis à peine ses mots prononcés, il afficha à nouveau son sourire et sa bonne humeur « Bon ben, je crois qu’ une petite douche s’impose, vous croyez pas. » dit il d’un ton espiègle faisant un clin d’œil à l’assemblée et partant à moitié nu, les fesses à l’air en courant vers la salle de bain devant les yeux amusés ou circonspects de ses frères et sœurs…..