Née au crépuscule d’un monde en mutation, Nyssa n’était qu’un nourrisson lorsqu’elle fut recueillie par Tiberius, un vampire à l’ombre de Rome. Issue du peuple des Urtatha, sa lignée était rare et mystérieuse, son sang porteur d’un héritage oublié. Pourtant, c’est au sein des ténèbres qu’elle trouva une famille.
Tiberius, témoin immortel du passage des âges, ne sut jamais pourquoi il choisit de la garder plutôt que de l’abandonner aux griffes du destin. Peut-être y avait-il, dans ses yeux d’enfant, une lueur qu’il croyait éteinte en lui depuis des siècles. Ensemble, ils parcoururent les terres connues du monde antique : des avenues marbrées de Rome aux souks bruyants de Carthage, des temples silencieux d’Égypte aux steppes balayées par les vents d’Asie.
Nyssa grandit à l’ombre des siècles, vieillissant tandis que Tiberius restait figé dans sa nuit éternelle. Elle était son ancre dans un monde en perpétuel changement, lui rappelant que le temps n’épargne personne, pas même ceux qui croient lui échapper.
La nuit où tout bascula fut marquée par une lune implacable.
Nyssa, alors âgée de quatorze ans, se tordit de douleur, son corps se brisant et se reformant sous les assauts d’une force qu’elle ne comprenait pas encore. Sa chair se couvrit d’une fourrure sombre, ses doigts devinrent des griffes, et un hurlement primal fendit le silence. Son premier changement était venu, irréversible.
Tiberius, son père adoptif, observa la scène avec une stupeur teintée d’effroi. Il l’avait recueillie alors qu’elle n’était qu’un nourrisson abandonné, l’élevant comme une enfant humaine, loin de la vérité sur ses origines. Mais cette nuit-là, il comprit qu’elle appartenait au peuple des Urtatha, les loups-garous, ces prédateurs naturels de son espèce.
Pour la première fois depuis qu’il l’avait prise sous son aile, il douta. Que pouvait-il lui offrir désormais ? Comment élever une créature née pour haïr ceux de son espèce ?
Ne trouvant pas de réponse, il fit un choix douloureux : retrouver le peuple de Nyssa et leur confier la jeune fille.
Pendant près d’un an, Tiberius et Nyssa parcoururent l’Empire romain, la Grèce et les terres du Nord, interrogeant mercenaires et conteurs, suivant des rumeurs effacées par le temps. Finalement, dans une région reculée de l’Empire romain, il retrouva une meute de Furies Noires, la tribu dont Nyssa était issue par le sang.
Tiberius s’attendait à être détruit sur-le-champ. Les Urtatha haïssaient les vampires, et les Furies Noires, plus que toute autre tribu, portaient en elles une rancune ancestrale contre les buveurs de sang. Mais au lieu d’attaquer, elles le laissèrent parler.
Elles prirent alors Nyssa avec elles, l’éloignant de Tiberius pendant un cycle lunaire entier. Pendant ces semaines d’épreuves et d’observation, elles étudièrent la jeune louve, sondant son cœur et son esprit.
Lorsqu’elles revinrent, leur décision était sans appel : Nyssa ne serait plus l’une des leurs.
Elle restait une Urtatha, une louve-garou à part entière, mais son lien avec sa tribu était rompu. Ayant grandi sous la protection d’un vampire, elle ne pouvait plus prétendre au titre de Furie Noire. Désormais, elle était une Fantôme de Loup : une exilée, une errante, privée de meute et de foyer.
Mais elles ne la condamnèrent pas pour autant. Au lieu de la rejeter, elles la confièrent à Tiberius, faisant de lui le gardien d’un être qu’il n’aurait jamais dû élever. Un seul serment lui fut imposé : protéger Nyssa de la corruption. Veiller à ce que son esprit ne soit jamais souillé par les ténèbres des immortels.
Tiberius accepta sans hésiter.
Car Nyssa était sa fille.
Après la décision des Furies Noires, Tiberius et Nyssa
reprirent la route. Mais retourner à Rome ou à Athènes n’avait
plus de sens. Le monde qu’ils connaissaient était empli de règles
et de regards qui ne feraient qu’alourdir leur exil.
Alors, ils partirent vers l’inconnu. L’Asie.
Des steppes aux cités dorées, des forêts mystiques aux montagnes oubliées, ils traversèrent des terres où même les Urtatha étaient des légendes lointaines. Nyssa, privée de meute, dut apprendre à survivre seule, à dompter la bête en elle sans l’aide de ceux qui auraient dû la guider. Tiberius, lui, observait en silence, respectant son évolution tout en honorant la promesse qu’il avait faite.
Ce voyage ne fut pas une fuite. Il fut une renaissance.
Car si Nyssa n’avait plus de tribu…
Alors elle allait forger son propre destin.