Tiberius, fils de Rome et enfant de la nuit
Tiberius Regillus Felix naquit à Rome en 24 av. J.-C., fils d’Appius Regillus, un légat influent de l’Empire. Son enfance fut celle d’un jeune noble romain, bercée par l’étude des lettres, des mathématiques et des sciences humaines. Curieux de tout, avide de savoir, il grandit dans l’ombre imposante de son père.
À l’âge de 17 ans, il débuta son service militaire au sein des Légions du Nord. Comme tous ses pairs, il fut formé à l’art du combat, mais il n’y trouva jamais sa place. La violence ne l’attirait pas. Pourtant, il participa à plusieurs campagnes en Germanie. Après dix ans de service, et grâce à l’influence de son père, il obtint sa démobilisation. Rome l’attendait après une absence de neuf longues années.
Mais le destin en décida autrement.
Sur le chemin du retour, sa cohorte tomba dans une embuscade. Une flèche vint se loger dans son épaule. La blessure sembla d’abord anodine, mais rapidement, son état se dégrada. La fièvre le prit, le consumant de l’intérieur. Les médecins du camp ne lui donnaient que quelques jours à vivre.
Dans la nuit, alors que son souffle se faisait court, une silhouette s’approcha de lui. Un homme qu’il n’avait vu que rarement, mais dont il avait entendu parler : un membre de la Nox Capitus. Ces soldats d’élite, œuvrant dans l’ombre, obéissaient directement aux ordres du Deux.
Lorsque Tiberius ouvrit les yeux, la fièvre avait disparu... mais quelque chose en lui avait changé. Une soif dévorante le tenaillait. Ni l’eau ni le vin ne pouvaient l’apaiser. Son sire l’observait en silence avant de le guider à l’arrière du camp. Là, assise sur une souche, une esclave germanique attendait.
— Bois, lui dit son maître. Tu ne lui feras aucun mal. Ta morsure lui offrira l’extase.
Mais lorsqu’il plongea ses crocs dans la chair offerte, ce ne fut pas l’extase qui s’en suivit, mais un hurlement déchirant. La femme se débattit, ses yeux empreints de terreur et de douleur. Pourtant, il ne pouvait s’arrêter. Lorsqu’elle s’effondra, son corps vidé de vie, Tiberius recula, horrifié.
Il se tourna vers son sire et ses compagnons, cherchant des réponses. Mais eux-mêmes semblaient déconcertés. On lui avait menti. La rage le saisit, incontrôlable.
Quand il revint à lui, il était dans son lit, celui qu’il avait quitté neuf ans plus tôt. Son sire et plusieurs hommes le maintenaient, versant une jarre de sang dans sa bouche. Une fois rassasié, il se calma.
— Je suis désolé, lui murmura son maître. Ce qui s’est passé n’était pas prévu. Mais ce n’est pas une fatalité. Il existe d’autres solutions...
Puis il quitta la pièce, laissant place aux parents de Tiberius. À son grand étonnement, ils s’approchèrent sans crainte. Son père prit la parole.
— Mon fils, il est temps que tu saches la vérité. Je ne suis pas né à Rome, mais à Carthage, une cité où les vampires vivent en société. J’ai moi-même servi l’un d’eux durant ma vie de mortel, et en retour, ils m’ont offert ma position. Je n’aurais jamais souhaité cela pour toi... Mais le destin en a décidé autrement. Tu resteras mon fils, même si désormais, je ne pourrai partager qu’une infime partie de ta vie.
Pendant près de deux ans, Tiberius resta auprès des siens, apprenant à maîtriser sa nouvelle condition sous la tutelle de son sire. Bien qu’il se fût rapidement adapté, il demeurait plus faible que ses semblables, incapable de se nourrir autrement que sur des animaux. Pourtant, il passait ses nuits à dévorer les savoirs de toutes les bibliothèques de Rome, poursuivant son amour de l’érudition.
Puis, un jour, son sire lui proposa une alternative.
— Il existe peut-être une solution. Mais pour la trouver, tu dois rejoindre la Nox Capitus.
Tiberius reprit alors son glaive et intégra la cohorte cainite. Il passa des années à traquer une réponse à sa malédiction, qu’il trouva enfin lors d’une expédition en Orient...
14 ap. J.-C.
Alors que Rome enterrait son premier empereur, la Nox Capitus reçut un ordre : mater une rébellion en Grèce. Tiberius avait changé. Les années passées dans la cohorte l’avaient transformé en soldat accompli, bien loin du jeune homme qu’il avait été de son vivant. Il était plus sage, mais aussi plus dur.
Lorsque la cohorte arriva à destination, ils ne trouvèrent qu’un village en ruines, encore fumant.
C’est alors que la vie de Tiberius bascula une nouvelle fois…