Sicha est née, sous l’auspice de théurge, d’une union interdite par la Litanie, d’une mère, Celle-qui-pousse-le-vent, issue de la tribu Wendigo et d’un père inconnu. Sa mère ne lui a laissé pour héritage qu’un demi sang de wendigo, son fétiche voile de Phébé, dans lequel sommeille un esprit d’ombre, et son nom Sicha Wohamble, mauvais rêve. Cauchemar, car en plus de la honte d’avoir transgressé la litanie, la nuit elle était victime de cauchemars dans lesquels Wendigo lui même, le froid dévoreur de cœurs, esprit de la colère de l’hiver, venait lui réclamer l’enfant à naître.
A sa naissance, sa difformité fût évidente. Albinos dans une tribu de natifs amérindiens, ses cheveux ou son pelage étant blanc comme la neige et même ses traits n’étaient pas de ceux des wendigos. Mais rapidement, autre chose vint s’ajouter à l’opprobre de son statut. Car si ceux qui le raillaient en l’appelant « fils d’hurleur blanc » lui donnait un sinistre indice sur son origine paternelle, faisant ainsi référence à la pire des tribus et le rejetaient violemment pour l’infamie de sa conception. Son statut de métis, progéniture issue de la transgression évidente des lois tribales et de la litanie, elle-même, n’étant que peu en comparaison de l’affront que représente l’origine impie de son géniteur dans une tribu refusant déjà farouchement tout mélange. Rapidement les animaux se méfièrent de lui, les anciens décidèrent de lui confier les missions les plus dures et les plus dangereuses, celles qui l’éloignaient toujours plus loin mais il en revenait toujours inlassablement. Souvent blessé mais toujours en vie et toujours plus détestable au point que même les autres métis de la tribu rechignaient à devoir faire équipe avec lui.
Ce que tous ignoraient, c’est que lors d’un rêve Windigo lui-même est venu réclamé ce qu’il considère comme son dû. L’enfant accepta sans discuter de devenir le champion de l’effroyable totem. Ainsi plus les lunes passaient et plus Sicha s’enfonçait dans une logique brutale, violente mais respectant toujours scrupuleusement, les limites de ce que la Litanie commande.
Mais l’attention du sombre totem, la régularité avec laquelle il échappe au pire, le caractère toujours plus sombre de Sicha fini par attirer sur lui une aversion qui dérangeait bien trop dans la fière tribu où il ne pouvait plus être toléré. La tribu de sa défunte mère, finie par décider que née d’une infraction à la litanie, l’enfant d’hurleur blanc était une atteinte à celle-ci. Il fallait prendre une décision. Une décision difficile car ils ne pouvaient risquer de déplaire à Wendigo leur puissant totem.
La solution, comme souvent, vint de la cause du problème lui-même. Une nuit, comme cela lui arrivait fréquemment, Wendigo, lui apparu dans un rêve, où il ordonna à son champion de partir loin vers le sud ouest, loin jusqu’à l’autre bout de la terre, au bord d’une autre mer, sur le territoire de faiblards que l’ont appelle maintenant des Louisenios, comme des chiens qui répondent au nom que leur a imposé leurs maîtres. Là bas, il rencontrera deux factions de créatures de la nuit qui maladroitement luttent contre un ennemi plus fort qu’eux mais qui est aussi un ennemi de Wendigo. Sans s’affiler complètement, à aucune des deux factions, il devra combattre, lui aussi, ce mal qui se fait appeler le culte de Moloch. Il devra tuer un maximum des membres ou alliés de ce culte. Pour cela, il devra être prudent comme un renard du grand nord, sage comme une chouette effraie mais surtout fort et sans pitié comme son totem.
La nuit même, Sicha parti comme lui a ordonné son maître, sans avertir personne. Les pisteurs de la tribu finirent par comprendre qu’il partait trop loin pour qu’on puisse le rattraper et les sages du village prirent la décision d’émettre à son encontre un ordre de chasse pour désertion. Ainsi, il espéraient se débarrasser du problème Sicha Wohamble sans courir le risque de contrarier leur totem Wendigo. La sentence du conseil fut approuvé par le sept et se répandit à l’ensemble des tribus wendigos.
L’on dit que Wendigo refusa d’aider ses enfants pendant plusieurs lunes, peut-être jusqu’à ce que son cruel agent soit arrivé dans la lointaine contrée vers laquelle il l'avait envoyé combattre.