1. Characters

Kelly "Kālîsvara" Wells

La Gardienne du Temps Éclipsé

Je croyais être morte.


Quand je suis tombée dans ce qu’ils appellent le Royaume de l’Horizon déchiqueté, j’ai d’abord cru que tout était fini. Le ciel bougeait à l’envers, le sol n’existait que par morceaux, flottant dans un vide étoilé. Tout semblait figé, en morceaux… même le temps.

Très vite, j’ai compris que ce n’était pas la mort. C’était bien pire.

Le temps ne passait plus normalement. Il reculait, ou avançait, ou se pliait autour de moi sans logique. Les jours devenaient secondes. Ou les secondes, des années. Je ne pouvais plus le dire.
Mais le plus déroutant… c’était ce qui se passait en moi.

Mon corps, peu à peu, se régénérait à l’envers. Mes blessures disparaissaient, oui… mais avec elles, autre chose. Mes crocs ont rétréci, mon sang n’avait plus le goût de la Bête. L’immortalité fondait comme neige au soleil.
J’ai senti mon être changer. Revenir en arrière. Je redevenais celle que j’étais avant la morsure. Mais pas seulement.

Des souvenirs que je ne reconnaissais pas me sont revenus.
Des temples en obsidienne. Des cadrans solaires brisés. Des femmes en robes d’or, aux gestes anciens.
Des fragments d’une mémoire qui n’était pas la mienne.

Et pourtant… je savais.

Quelque chose en moi résonnait. Quelque chose d’ancien.

J’avais gardé un objet sur moi — une baguette en sycomore, la Baguette d'alliance. Les mages d’Oceanside me l’avaient confiée. Une arme, disaient-ils. Mais je ne l’avais jamais comprise.
Là, dans ce royaume figé, elle vibrait doucement. Comme si elle absorbait quelque chose. Comme si elle buvait les failles du temps lui-même.

Les visions ont recommencé.
Mais elles étaient différentes. Plus vives. Plus nettes. Des sabliers qui implosaient. Des ruines inversées. Des soleils qui naissaient à reculons.
Et ces voix…
Toujours les mêmes, revenant encore et encore :

— “Le cycle se reforme.”
— “Tu as déjà marché ici.”
— “Reviens à toi…”

Et puis, un visage.
Une femme faite de nuit et d’étoiles, les yeux comme deux soleils mourants. Le visage familier mais flou, comme quand on se regarde dans un miroir recouvert de buée.

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Elle m’a dit :

— “Tu as franchi le seuil, enfant du Sang. Le Cycle te réclame à nouveau.”

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris.
Je n’étais pas simplement Kelly Wells, une infante perdue, échappée d’une lignée de sang.
J’étais… autre chose. Quelqu’un d’autre. Quelqu’un d’avant.
Une entité oubliée, trahie par le Temps lui-même.

Le nom est revenu, d’abord comme une rumeur. Puis plus fort.

Kālîsvara.

La Gardienne du Temps Éclipsé.
Celle qui, jadis, avait défié les Seigneurs du Temps. Celle qui s’était dressée face à Zurvan, et à ses disciples.
Et qui, pour cela, avait été effacée, démembrée, dispersée dans le fleuve du Temps.

Et moi… j’étais son écho.

Le Royaume de l’Horizon n’était pas une prison. C’était un piège. Un test.
Un lieu où les âmes brisées pouvaient renaître — ou se perdre à jamais.

La baguette a fini par me montrer sa véritable nature.
Ce n’était pas qu’une arme.
C’était une clé.
Un outil pour tracer un chemin à travers les plis du Temps.

Mais je savais ce que cela impliquait.
Si je l’utilisais… je ne reviendrais jamais totalement.
Je ne serais plus juste Kelly Wells.
Je deviendrais Kālîsvara, en totalité. Mais au fond de moi je savais que c'était le bon chemin. Tout les signes avaient été là. Comme des balises sur un chemin dans le noir. Mon prénom : Kelly, comme si ma mère, celle qui m'avait abandonné à la naissance avait déjà senti le lien. Ces prémonitions, cette voix et ces visions dans ma tête qui me révélait le futur et parfois le passé. Cette affinité avec le monde derrière le voile depuis toute petite. Et enfin et surtout Zurvan, cette entité qui avait été mise, même à distance sur mon chemin.

Alors j’ai prononcé les mots.

Ceux que me murmurait la baguette.
Et le Royaume a tremblé.

Le ciel s’est déchiré. Le néant a cédé. Les fragments du monde ont tourbillonné autour de moi.
Et je suis tombée.

Je me suis réveillée dans la poussière, nue, la baguette encore serrée contre mon cœur.
J’étais revenue.
Mais je n’étais plus la même.

Dans le vent, j’ai cru entendre mon nom, murmuré par le désert.
Et dans mes veines, une force s’est réveillée.
Une force que je ne comprends pas encore, mais que je sens grandir.
Un homme s'approche de moi, je crois que je connais son visage.

Le Cycle recommence.

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