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Le Caire, nid d’espions
Le 06/09/2000 – 21h30 au QG du Pacte
Je revois cette longue table de bois sombre et mat, sans ornement, fichée au centre de l’espace comme une lame dans la terre. Seul le confortable rembourrage des sièges en cuir brun rompait la sinistre géométrie militaire du lieu.
Nous étions déjà là. Irina, le regard dur comme la steppe gelée d’où elle venait, grattait distraitement l’accoudoir de ses griffes rétractées. Magnus, nerveux, faisait craquer les articulations de ses mains avec une lenteur menaçante, comme s’il s’ennuyait d’avance de la discussion à venir. Sekmet, concentré, lui ne bougeait pas et se contentait de relire ses notes. Mon sourire et mon aisance naturelle n’y faisait rien cette fois, l’heure était grave et tous les présents à cette table le savais.
Cela dit, cette sensation pesante était peut-être exacerbée par la présence de Kamun’Ra qui se tenait debout, à demi effacé dans le coin le plus reculé de la salle. Drapée sous une cape de lin gris anthracite, les yeux pâles comme du verre de la momie nous observaient à travers son masque. La momie ne parlait pas, ne bougeait pas, mais elle savait, elle en savait toujours plus que nous, mais elle se contentait de nous observer avec déférence du haut de son millénaire d’existence.
Puis, les portes s’ouvrirent. Sans fracas, sans grandiloquence, juste le chuintement bien huilé d’un mécanisme sécurisé se fit entendre.
John Campbell entra le premier. Sa démarche était assurée, presque martiale, chaque pas pesé comme un jugement. Il avait le visage d’un homme d’âge mûr mais lisse et tendu comme un parchemin ancien. Ses tempes et sa barbe argentées faisaient ressortir son regard sévère et teinté d’obscurs mystères. Derrière lui, silencieuse comme un souvenir, marchait sa fille. La rousseur de sa chevelure aurait pu paraître vive, flamboyante, presque vivante, mais elle ne trompait personne ; elle aussi n’était qu’un cadavre tout juste pourvu d’une lueur d’humanité. Son visage était d’une beauté presque trop parfaite pour rassurer, un masque de jeunesse éternelle aux traits trop fins, trop précis, dans lequel l’humain avait été ciselé jusqu’à quasiment disparaître.
Ils s’avancèrent sans mot et sans hâte vers la table. John s’essaya et posa ses gants noirs sur la table puis il leva lentement les yeux vers chacun de nous. Il ne sourit pas. Sa voix, lorsqu’elle surgit, était basse, contrôlée, et couvrit le silence comme une lame posée à plat sur la table.
John : « messieurs, dames… Nous avons été informés que le Pacte avait une affaire qui requiert l’expertise de ma fille et moi-même ? »
Sa fille s’assit à sa droite sans un mot, croisant les jambes avec l’élégance d’un poignard glissé dans une gaine et fixa Magnus avec un léger sourire à la fois provocateur et teinté de désir…, probablement celui de goûter le sang du fils de Fenris.
Ludwig : « John ; Kenna ; merci d’être venu ; en effet comme vous le savait certainement, le Pacte a reçu une invitation, celle du Conte de St Germain. Invitation qu’il nous est difficile de refuser au vu de sa… disons : prose. Toutefois, je ne vous cache pas que nous pensions que monsieur O’Dren se joindrait à nous ce soir… rassurez-moi, tout va bien pour lui ? »
Kenna : « Vous savez, Mice est quelqu’un de très occupé et de très demandé mais c’est bien lui qui nous a missionné ce soir… Mais je vous rassure Monsieur Dorn, mon père et moi sommes tout à fait apte à représenter la Baronnie… »
Irina : « Très demandé… assurément, le terme est bien choisi… »
J’esquissait un léger sourire à la remarque de la belle Irina.
Ludwig : « Je vois… mais à quelle Baronnie faite vous allusions au juste ? celle de Vista ou celle de Los Angeles ? … je ne vous cache pas qu’au vu des évènements récents je suis quelque peu perplexe… »
John : « Vista bien sûr ! Ludwig, que devons-nous comprendre de vos sous-entendus… Nous sommes ici pour servir le Pacte et non pas pour laisser insulter ! »
Ludwig : « Allons John, il n’y a nulle insulte ici, je souhaite juste comme on dit : remettre l’église au centre du Village… mais soyez rassuré votre politique interne m’importe peu, du moins tant qu’elle ne vient pas entacher les affaires du pacte… cependant il semblerait que votre chef réponde directement aux ordres de Tara Kierney et cela ; Sekmet corrige-moi si je me trompe ; jusqu’à faire preuve d’ingérence vis-à-vis du Sept d’Oceanside. »
John : « Je ne suis pas au courant de cette hypothétique ingérence … »
Sekmet : « Elle n’a rien d’hypothétique Monsieur Campbell, je puis vous assurer, et je suis en mesure de prouver, que monsieur O’Dren a bien fait preuve d’ingérence envers le Sept en pénétrant sur notre territoire sans y être invité et de surcroits pour commettre un acte de manipulation envers l’une des meutes du Sept. A ce jour, monsieur O’Dren est seulement considéré comme un vulgaire vaguemestre dans cette affaire, toutefois, comprenez qu’il est difficile d’infirmer sa culpabilité tant qu’il refusera de nous rendre compte à ce sujet. Mme Barrows nous ayant confirmé que monsieur O’Dren était actuellement indisponible. Je rejoins donc tout à fait Ludwig quant au fait qu’il soit rassuré que vous soyez toujours en contact avec lui. »
John : « Je ne suis pas au courant de tout ceci… mais oui, en effet, Mice se cache actuellement, tout simplement car il craint pour sa non-vie ! »
Ludwig : « Comment !!! Enfin, Mice est un imminant membre du Pacte, il cloisonne de l’information depuis bien longtemps pour le jour J, et c’est bien normal, ce n’est pas moi qui lui jetterai la pierre… cela dit, cette stratégie ne sera payante que s’il est parfaitement en sécurité ! Vous m’inquiétez la pour le coup ! A-t-il reçu des menaces mort de la part du Culte? »
John : « …je n’en sais rien mais il craint peut-être la réaction de votre peuple ?! Après tout Sekmet à l’air de penser qu’il devrait finir sur le bûchait pour avoir violé votre sacro-saint territoire ! Et toi-même tu n’as pas hésité à essayer de lui imposer tes conditions pour la mise en sécurité de la clef ! »
Ludwig : « Mais enfin John, quand un contrat est conclu, il est de bon ton d’en respecter les termes et je n’ai fait que les rappeler à votre chef… Au final, avec un peu de fermeté, j’y concède… toutefois je rappelle que les courtoises premières demandes de ma bêta ont été ignorées »
Kenna : « Comme nous le disions, Mice craint pour sa vie et il se cache… il avait également caché la clef …personne n’était au courant de sa position même pas Mme Barrows »
Sekmet : « Attendez, Attendez ! vous voulez dire que Mice ne peux pas faire confiance à sa Baronne ? … Au-delàs de votre politique interne, il y a le pacte, et si Mice a un problème de protection que la Baronnie ne peut assurer alors nous nous devons de lui venir en aide ; vous auriez dut nous prévenir avant ! Ecoute Ludwig, tu es l’Alpha des Arbinguer en charge des affaires du pacte mais je te propose de mettre dès ce soir une protection sur monsieur O’Dren. Il est impératif de sécuriser sa personne et son savoir inestimable ! »
Ludwig : « Tu as entièrement raison Sekmet, je valide à 100% ! »
Une voix fluette se fit entendre derrière les portes restées entre ouvertes.
Tempérance : « En fait, c’est normal ! Tara Kierney c’est la Prime Baronne, alors Mice il doit faire ce qu’elle dit ! non ? Je ne comprends pas ce qui vous étonne ? »
Sekmet : « entrez, entrez, ma chère… J’ai du mal à vous suivre, vous voulez dire que Tara Kierney ne respecterait pas la chaine de commandement car elle a des doutes sur la fiabilité de Mme Barrows ? »
Pendant que Sekmet s’affairait à interroger la jeune Tempérence, j’en profitait pour observer les réactions des Campbell. Il était évident qu’ils étaient embarrassés, et pas seulement par l’intervention fortuite de Tempérence.
Tempérance : « Mais non…pfff ; tiens, par exemple, Irina, si Karlton te donne un ordre, tu vas l’exécuter, non ?! »
Irina : « Mais Karlton ne me donne pas d’ordre, seulement Ludwig… car tous deux connaissent et savent respecter une chaine commandement… en revanche cela n’a pas l’air très clair de votre côté. Pourquoi cette question Tempérence ? tu veux dire que si Mme Kierney te donne un ordre tu vas l’exécuter sans sourciller ? »
Tempérance : « Non, mais vous ne comprenez pas ! Tara Kierney c’est la Prime Baronne ! Prime ! Prime ça veut dire que c’est la chef des Baronnes ! La boss des boss quoi! »
Irina : « Donc, tu obéirais à Tara si elle te donne un ordre !? »
Tempérance : « Ben non ! A madame Barrows ! »
Irina : « Alors pourquoi Mice obéirait directement à Tara ? il a changé de Baronnie ? »
Tempérance : « Pff… Tu m’as embrouillé la !! De toutes façons ça ne vous regarde pas ce que fait la Prime Baronne, elle ne fait même pas partie du Pacte !! »
L’assemblé était perplexe et quelques secondes de silence vinrent laisser planer un doute palpable sur la santé mentale de la vampire.
Sekmet : « Ecoutez Tempérance, nous vous remercions pour cet éclairage mais dans la mesure ou vous n’étiez pas invité à cette réunion, je vais vous demandez de bien vouloir vous retirer afin d’aller informer Mice qu’il peut compter sur moi pour mettre en place une protection sur sa personne dès la fin de cette nuit. Par ailleurs, je vous invite à profiter de cette fin de nuit pour relire le Pacte, je suis certain que cela sera fort instructif pour vous. »
Tempérance : « gnagnagna ! Tempérance fait ci ; Tempérance fait ça ! Je ne suis pas votre larbin moi et puis vous avez qu’à dire que je suis de trop aussi ?! »
Magnus : « Tu es de trop Tempérance !!! »
Tempérance : « ha ! …bon, ben voilà… c’est vexant, mais au moins c’est plus clair ! … bye, les nazes ! … allez viens Karl, on va se trouver un petit surfeur à becqueter »
Ludwig : « Bon écoutez, si vous le voulez bien, recentrons-nous un peu sur la mission je vous prie… Irina, peux-tu lire la lettre du conte de St Germain je te pris ? »
Irina : « Bien sûr ; voilà :
Cher membre du Pacte,
Par la présente, votre présence est requise au Caire, au cœur de la cité éternelle, là où les vents du désert murmurent encore des secrets plus anciens que vos lignées. Un lieu vous y attend : le London Club Cairo Casino. En plein jour, il n’est qu’un écrin doré pour fortunes frivoles, mais à la tombée de la nuit, ses murs résonnent des échos d’un autre monde, celui des Sociétés Occultes & secrètes, de pactes non écrits, de vérités cachées derrière des regards enfiévrés et des sourires carnassiers. Pas une partie de cartes. Pas un jeu de hasard. Non… quelque chose de plus vaste, de plus ancien, de plus délicieux. Un jeu dont les règles ont été gravées bien avant la mémoire du sang. Et vous avez été choisis pour y jouer. Choisis… ou désignés. Car il n’y a plus d’alternative. Vous viendrez.
Vous avez été personnellement conviés par un être que vous connaissez intimement, MOI, le Comte de Saint-Germain. L’immortel alchimiste, le diplomate de l’ombre, le dernier des élégants menteurs. Je détiens un objet d’une rare singularité, un fragment d’avant le temps, convoité depuis des générations, un objet pour lequel les sœurs Blake l’ont approché dans une urgence presque sacrée et m’ont demandé de vous le céder, pour gage de leur sécurité. Vous avez tous perçu le murmure, n’est-ce pas ? L’écho d’un objet dont même les Anciens redoutaient le nom. Cet artefact... je l’ai ! Et vous le voulez !!!
Saint-Germain est prêt à céder cet artefact. Mais selon ses règles. Il vous convie à un jeu. Un jeu où chaque joueur sera porteur de son propre secret, de son propre fardeau. Il affirme que “tous auront leur mot à dire”, et que le destin ne tolérera aucun silence. Le Comte exige que seuls les véritables Membres du Pacte se présentent. Aucun substitut. Aucune créature à moitié engagée. Vous devrez être entiers, ou ne pas venir du tout.
Je ne vous propose pas une rencontre. Je vous y convoque !!! Refusez, et je vous priverai d’un choix plus précieux encore que la liberté : celui de comprendre. Car l’ignorance ne protège pas, mes chers enfants… elle condamne. Et si vous choisissiez de ne pas répondre à cet appel ? Alors préparez-vous à voir les fondations mêmes de votre monde trembler. Car ce que le Comte possède n’est pas simplement un artefact. C’est un sceau. Un verrou. Et si celui-ci venait à se briser sans témoin, sans gardien… Le Pacte serait dissous. Le monde, réécrit.
Venez au Caire. Pas demain. Pas quand vous en aurez le temps. Maintenant. Oh, je vous ai aussi réservé quelques douceurs. Des souvenirs que vous pensiez enfouis. Des vérités que vous ne supporterez peut-être pas. Mais surtout… des révélations.
Un casino. Une nuit. Un artefact. Plusieurs joueurs. Une seule vérité. Et un seul avenir. “L’éternité est un jardin… et j’en suis le jardinier, Hold n’est pas le seul à savoir s’amuser … et dans les ténèbres vous lier !”
Le Comte de Saint-Germain »
Magnus : « Ce n’est pas qu’une simple invitation, c’est une convocation et il y a un sens caché a cette lettre. Le conte veut quelque chose de nous c’est évident… et nous le savons qu’il aime s’amuser en torturant ses convives, alors soyons vigilent… »
John : « J’en sais quelque chose, ses petits jeux diaboliques m’ont déjà couté un fils… »
Irina : « C’est bien là ce que souligne Magnus, nous devons laisser ce genre de différent de côté pour ce rendez-vous. »
Ludwig : « Ecoutez, en effet, je pense qu’avant d’entreprendre se voyage nous devons clarifier certains points, outre le fait que le conte veut quelque chose de nous, il est certain qu’il essaiera de semer la zizanie entre nous pour obtenir ce qu’il veut …alors si vous le voulez bien faisons dès à présent table rase afin de ne pas tomber dans ses pièges… d’autant qu’il est peu probable que nous soyons les seuls invités. »
John : « Ne vous en faites pas, je sais rester professionnel, vous devriez plutôt vous préoccuper de vous prémunir de votre Rage naturelle… »
Ludwig : « N’ayez crainte John, j’ai tous ce qu’il faut pour cela dans mon arsenal de Théurge… non, je voulais plutôt parler de Kamun’ra. Vous êtes bien silencieux mais je ne vous ai pas oublié, très cher. Comme vous le savez, Mice a entrepris de négocier avec le Prince Mukhtar Bey la récupération de l’un de vos vase canope. Je ne vous cache pas que nous avons essayé de faire de même dans le but de vous l’offrir afin que vous puissiez conserver votre neutralité … en revanche je doute que la proposition de Mice aille dans le même sens, je me trompe ? »
Kamun’ra : « En effet, monsieur O’Dren craignant pour sa sécurité m’a demandé d’être son garde du corps en échange de mon vase, toutefois, j’ai déjà refusé cette proposition afin de pouvoir garder ma neutralité… comprenez, le temps n’est qu’un détail pour moi, je finirai par récupérer mon vase sans avoir à prendre parti dans votre Pacte. »
Bercé par la sagesse de la momie, nous restions là à discuter des différents qui nous opposait alors que la fraicheur de la nuit ne faisait qu’exacerber la froideur des discussions. Au bout de quelques heures, Sekmet finissait par nous breafer sur les conditions de notre voyage, à savoir un pont de Lune préparé par Diana et un accueil et une logistique organisés par Sable Noir l’Alpha de Sept du Caire.
Le 07/09/00 à 04h40 au Caern d’Océanside
Nous arrivions au Caern, un lieu de beauté rare et préservée, loin de la frénésie du monde humain. Il s'étendait en une petite forêt secrète, nichée au cœur de la roche et où les arbres semblaient chuchoter des secrets. Chaque recoin de ce sanctuaire était soigné avec la palpable dévotion de Bobby, comme si les forces mêmes de Gaia avaient caressé chaque brin d’herbe et chaque fleur, leur insufflant une beauté surnaturelle.
Au centre de ce lieu idyllique, un petit plan d’eau d’une pureté cristalline capturait la lumière argentée de la lune qui se couchait lentement. Les eaux miroitaient comme un miroir liquide, une surface lisse où le temps semblait suspendu, immobile, comme si le monde entier retenait son souffle pour ne pas troubler la paix qui y régnait.
Là, au cœur de ce bassin, se trouvait un îlot solitaire, un petit éden flottant sur lequel se dressait un majestueux saule pleureur. Ses longues branches, drapées comme des voiles de soie, pendaient gracieusement au-dessus de l’eau, formant une sorte de chapelle végétale autour du tronc. Les feuilles, d’un vert éclatant, se balançaient doucement, émettant un bruissement apaisant, comme un chant ancestral. Ce seul arbre apportait une sensation de sérénité absolue, une paix profonde que tout Loup-Garou ressentait immédiatement.
Sous cet arbre, Diana, Larme du Soleil, sage parmi les sages, méditait en silence. Elle était vêtue d'une tunique d’inspiration tibétaine aux couleurs d’or et de jade, et s'épanouissait autour d’elle comme un halo sacré. Les plis de son vêtement bougeaient avec une légèreté presque éthérée, se fondant avec l’air frais, comme si chaque mouvement était une danse au rythme des étoiles elles-mêmes.
Soudain, un souffle étrange parcourut l'air. Un frisson parcourut les cieux, la terre, l’eau. Un grondement léger, à peine perceptible, commença à résonner, comme un murmure lointain qui s’amplifiait progressivement. La surface du plan d’eau d'ordinaire d’un calme absolue, commença à trembler. Des ondulations se formaient autour de l’îlot, tourbillonnant lentement comme une danse, elles annonçaient l’arrivée du pont de lune.
Sa surface miroitante semblait liquide, comme de l’eau pure, mais d'une texture plus étrange, une texture aqueuse mais infiniment plus profonde, presque vivante. Il se forma lentement, se déployant avec une grâce calculée, un mouvement fluide et élégant qui faisait écho à cet ancien rite ancestral.
Sekmet : « Bien, chers membres du pacte, vous pouvez y aller… Frères et sœurs, transmettez mes hommages à Sable noir… malgré les ténèbres régnant sur le Caire, que mère lune puisse vous monter la voie. »
Habitué à cette sensation étrange, nous franchissions le pont pour nous retrouver l’instant suivant en Pénumbra, dans la majestueuse et antique bibliothèque d’Alexandrie. Légèrement désorientés, des odeurs de vieux papier et de miel se mêlaient dans l’air et venaient nous alerter que nous étions bien arrivés à destination. Un homme massif et élégant s’approchais de nous avec détermination, je le reconnu immédiatement il s’agissait de Sable Noir, l’Alpha du Sept du Caire.
Après de brèves mais formelles présentations, Sable Noir nous faisait visiter la bibliothèque sous les yeux ébahis de Magnus qui aurait préféré que notre voyage s’arrête sur cette destination.
Cette bibliothèque, immense, labyrinthique, était pensée comme une cathédrale du savoir. De hauts plafonds soutenus par des colonnades d’albâtre filtraient la lumière tamisée des vitraux aux motifs géométriques inspirés des civilisations antiques.
Le cœur de la bibliothèque est une nef principale, longue de plusieurs centaines de mètres, baignée d’une lumière dorée. Des étagères monumentales montent jusqu’au plafond, de bois sombre incrusté de motifs dorés et de lettres anciennes : hiéroglyphes, grec ancien, syriaque, sanskrit, arabe ancien, etc… . Chaque rayon est soigneusement étiqueté, non pas par numéros comme à la bibliothèque d’Atrocité, mais par concepts : Cosmos, Civilisations, Langages, Esotérisme, Occultisme, Esprits, Umbra, Humanité, etc …
Entre les rayonnages, des alcôves feutrées s’ouvrent, aménagées de coussins, de chaises longues en cuir souple, de pupitres en noyer sculpté. Là, les lecteurs s’installent dans une paix presque irréelle. Urathas ; vampires ; mages et autres créatures surnaturelles s’y côtoient avec respect comme si ici le concept du Pacte pourtant nouveau avait toujours existé.
L’odeur est celle du cuir ancien, du parchemin, de l’encre sèche. À cela se mêle un parfum léger d’encens au de bois de santal, diffusé lentement comme pour apaiser l’esprit.
En fin de visite, nous traversions une salle aux murs couverts de mosaïques bleues et or, un globe céleste monumental tournait lentement, suspendu dans les airs et projetant des constellations anciennes sur les murs.
Seulement, nous n’étions pas au Caire pour profiter de ce lieu sacré et Sable noir le savait et se dirigeait d’un pas assuré vers un bureau qui ressemblait à une classe universitaire d’archéologie. Il s’installait à son bureau et nous demandait de prendre place en face de lui.
Sable noir : « Bien ; j’ai été prévenu et même briefé sur votre venu, je vous conduirai donc personnellement au London Club Cairo Casino. J’ai loué une limousine pour l’occasion et ma meute se tiendra non loin du Casino cette nuit dans le cas ou nous devrions vous extraire rapidement du Caire ; toutefois il est évident que nous ne pénétrerons pas dans le casino d’autant qu’une épaisse chappe de plomb plane sur le goulet en ces lieux. …Ludwig ; Magnus ; ne contez pas vous faire assister par des esprits, ils n’entendraient pas vos appels… D’ailleurs au vu de l’hôte, je vous déconseille d’user de quelques dons qu’ils soient. »
Ludwig : « Sekmet, qui au passage te transmet ces amitiés, nous a briefer sur le conte de Saint-Germain et sur une sorte de société secrète dont il serait à l’origine « La lune Larmoyante »… tu en saurait un peu plus à ce sujet ? »
Sable noir : « hum, je vois… Concernant le Conte, d’autant que je sache, nul ne connaît sa véritable nature : antédiluvien ? Démon ? Incarna ? Difficile de le cerner… ce qui est certain c’est que ces actes ont toujours servit les intérêts du Ver… Pompéi ; le cyclone de Coringa ; Tchernobyl ; Auschwitz ; le Naufrage du pétrolier Exxon Valdez et j’en passe… de ce que nous savons, à chaque fois, le Conte avait organisé l’un de ces petits jeux non loin de là… Concernant la Lune Larmoyante, ici encore rien de certain, mais il se pourrait que cette antique société secrète soit à l’origine de la création de la Pentex.»
Magnus d’un ton ironique : « Parfait !... Et j’imagine que les autres invités sont à hauteur de sa puanteur ?! … Franchement, je ne vois vraiment pas ce que l’on va faire dans ce panier de crabe Ludwig ! »
Ludwig : « Le Culte a encore trop d’avance sur nous, nous ne pouvant pas nous permettre de ne pas explorer toutes les pistes, même les plus répugnantes, tu le sais bien mon frère. »
Sable noir : «Nous sommes déjà en minorité sur le Caire donc, quoi qu’il en soit, essayez de ne pas contrarier le conte, nous ne survivrions pas à une monté du Ver dans le secteur… »
John : « Ne vous en faites pas, nous avons l’habitude de ce type de rendez-vous d’affaire … nous donnerons au conte toute la déférence qu’il pense mériter … savez-vous qui sont les autres invités ? »
Sable noir : « hum, je vois… toutefois prenez garde à ne pas y laisser votre âme au passage… et non malheureusement nous n’avons pas réussi à obtenir cette liste… Nul doute que le Conte garde la surprise, vous constaterez assez rapidement que St Germain à un gout certain pour la théâtralité … bien je vous laisse vous changer, nous partirons d’ici ½ h. »
Le 07/09/00 à 22h30 au London Club Cairo Casino
Le London Club Cairo Casino, en plein Caire, la luxure avait été apprivoisée, distillée à l'intérieur d’un temple de velours et de vice.
Le hall, haut de plafond et vêtu de dorures fanées, s’ouvrait à moi comme la gueule tapissée d’un crocodile ancien. Le marbre au sol, veiné comme une paume de main tendue, résonnait sous mes pas, amplifiant la cadence tranquille mais assurée de mon entrée. Deux portiers humains, assurément, inclinèrent brièvement la tête sans croiser mon regard.
Je m’étais vêtu avec un soin presque clinique. Costume anthracite, chemise ivoire, nœud papillon et boutons de manchette en onyx. Classique ; discret ; une élégance sobre mais certaine. Mon flair, toujours plus aiguisé que mes yeux, s’ouvrit comme une voile dans le vent. Tabac blond, gin, cuir, et le parfum floral des discrètes entraineuses au bar.
En somme, aucune odeur sortant de l’ordinaire dans un tel lieu. Ni essence cendrée de caïnites, ni effluves d’herbes rares que certain Mages affectionnent. Non, rien de surnaturel ne suintait de la foule. Que des hommes. Trop humains, trop bruyants, trop confiants. Des banquiers désœuvrés, des diplomates au rire fendu, quelques femmes aux regards d’ébène et à la peau fardée de mystères… mais tous ancrés dans leur chair fragile.
Je m’installai au bar, dos au miroir, face à la salle. Le barman, un Nubien sec au regard oblique, me servit un whisky sans poser de question mais accompagné d’un léger mouvement de tête complice.
Je portai le verre à mes lèvres, effleurai l’alcool comme on teste la morsure d’un amant, et laissai mes sens s’enfoncer dans le silence derrière le vacarme. Chaque rire, chaque murmure, chaque battement de cœur formait une mosaïque mouvante que je scrutais sans relâche. Rien ne vibrait d’inhumain.
Alors que Kamun’ra et Kenna me rejoignait Irina Magnus et John suivaient un Major d’homme vers les chambres qui nous avait visiblement été réservées.
Kamun’ra, un taiseux, et Kenna une vampire avec qui je ne partageais absolument rien, il m’était difficile d’entreprendre une conversation anodine avec eux. J’accostais donc le Barman mais au fil de la discussion, il comprit que nous étions les invités du propriétaire des lieux et son comportement changea du tout au tout mêlant à la fois des sentiments de crainte et de profond respect.
Finalement, j’apercevais Irina qui me faisait signe de la suivre pour visiter les chambres et après avoir laissé un généreux pour boire au Barman je traversais le hall pour la rejoindre. Elle me faisait traverser la vaste cour principale de l’hôtel pour m’emmener dans une zone VIP ou ce tenait un bâtiment bien plus ancien que l’hôtel. Un bâtiment dans un style architectural victorien caché aux yeux du monde par l’imposant casino. Sur une veille plaque émaillé était encore visible l’inscription « Ambassade Britannique du Caire ».
À peine la porte franchie, l’on pénétrait dans un monde suspendu entre deux époques, comme si les chambres retenaient leurs souffles dans l’attente d’hôtes issu d’un autre siècle. Les murs, tendus de toile écrue, portaient les traces muettes d’un passé révolu : fines moulures peintes à la chaux, encadrant des lithographies fanées représentant des plantations bordées de palmiers et de gentlemen en costume de lin.
Le sol, en bois sombre patiné par le temps, exhalait un parfum subtil de cire et de cannelle, tandis qu’un vaste tapis persan aux teintes éteintes étouffait les pas. L’air, lent et tiède, semblait chargé des soupirs d’un empire disparu.
Des lits à baldaquin trônaient au centre des pièces, drapés de voiles de mousseline légère qui dansaient au rythme paresseux du ventilateur suspendu au plafond. Les draps, d’un blanc éclatant, avaient la raideur impeccable du linge fraîchement amidonné, et sur les tables de chevet, des lampes en laiton ciselé diffusaient une lumière chaude à travers les abat-jours en lin.
Le mobilier, choisi avec un goût certain, semblait tout droit sorti des comptoirs coloniaux d’antan : secrétaires en teck, aux tiroirs profonds et poignées rondes en cuivre, coiffeuses aux miroir piqués, et autres fauteuils en rotin tressé.
L’ensemble respirait une élégance discrète, trop discrète pour le flair de Magnus qui venait de sentir le ver. Des voyageurs peu recommandables étaient passés en ces lieux comme en témoignaient les hauts le cœur réguliers du Fils de Fenris.
Le major d’homme finissait par nous conduire au rez de chaussé afin d’y découvrir salle de réception. Après avoir gravit quelques marches, nous arrivions dans une somptueuse salle de bal pourvu d’une décoration coloniale et d’un magnifique sol en marbre brillant. Au fond de cette vaste pièce bardé de colonnades ; un homme roux, élégant, se tenait debout et de dos. A peine avions nous franchi les marches qu’il se retourna en ouvrant les bras et en nous accueillant avec grandiloquence.
St Germain : « Mes amis ! Bienvenu dans ma modeste demeure ! C’est un immense plaisir de vous recevoir en ces lieux ! avez-vous fait bon voyage ?! »
Ludwig : « Très bon je vous remercie… Mais je manque à tous mes devoirs, Ludwig Stéphan Dorn Théurge des Enfants de Gaïa, Alpha de la Légion du Crépuscule et des Arbinguers d’Oceanside… et vous devez être le Conte de St Germain si je ne m’abuse ? »
St Germain : « Le seul, l’Unique ! hahaha …enfin Ludwig, inutile de vous présenter de la sorte, votre réputation vous précède tout comme celles de votre joyeuse troupe n’est-ce pas… Mais attendez, attendez !... je vois que le roi Hold c’est bien s’entourer… Kamun’ra ! C’est un plaisir de rencontrer celui qui est au cœur de tous les désirs sur le Caire… vous êtes une star, très cher… dites-moi, vous n’essayeriez pas de me voler la vedette par hazard ?!… hahaha… je plaisante n’aillez crainte. …Mais je vous en prie profitez du buffet, les autres invités ne saurait tarder… ha d’ailleurs, je crois que monsieur Bey vient d’arriver … entrez, entrez mon ami ! »
Tous comme nous, le Prince Mukhtar Bey semblait lui aussi avoir été convoqué plus qu’invité mais le Conte continuait sa grotesque comédie et semblait se délecter de voir que ses invités se prêter au jeu pour son bon plaisir. Rapidement suivirent Kemin Tiri la baronne de San Diego et Bazziri Qeb, une Bastet, visiblement une habituée des soirées du Conte.
Le dernier invité se fit quelque peu attendre et le conte nous faisait comprendre qu’il avait dut un peu insister pour avoir un représentant du Culte de Molok. Toutefois un certain Tessarak finit par se présenter à l’assemblé.
La soirée ne faisait que commencer mais le conte nous laissait discuter entre convives. L’occasion était trop belle, j’en profitait pour aller titiller un peu le mystérieux Tessarak, malheureusement, malgré mes provocations, il se maitrisa et ne fut que peu loquace. J’allais ensuite présenter mes hommages à la baronne de San Diégo qui elle, fut bien plus bavarde. Notre discussion fut pour le moins instructive puisqu’elle m’expliqua les relations entre sa convoitise du trône du Caire et le « Rage Gate ». Elle m’avouait à demi-mots, que d’après elle, ce serait Mukhtar Bey qui aurai tenté de l’assassiner, et que pour y parvenir il aurait certainement utilisé l’un de ses espions : Mice. Elle me confirmera qu’elle entretenait toujours de très bonne relation avec Tara Kierney et Miss Barrow. Information que je pris avec des pincettes bien entendu, mais j’en informais discrètement mes frères et sœurs.
Le Conte finit par déclarer l’ouverture de ses jeux, et après tout, nous étions dans un Casino. Il nous convia dans une nouvelle pièce spécialement préparée pour l’occasion, et quel ne fut pas notre surprise quand il poussa énergiquement les portes.
Niché au cœur de cette ambassade reconvertie, entre colonnades blanches et balustrades sculptées, il se dressait comme une relique fastueuse de l’époque où l’Empire britannique flirtait avec les ors de l’Orient.
À l’intérieur, la réception battait son plein sous l’éclat chaud des lustres en cristal de Bohême, pendus haut dans la salle aux fresques ocre et aux boiseries sculptées de motifs moghols. Des effluves d'encens au bois de santal serpentaient dans l’air comme une caresse invisible, tandis que de longues étoffes de soie aux teintes pourpres et émeraude ondulaient entre les arches, pareilles à des voiles suspendus dans le rêve d’un prince oriental.
Des serviteurs en tuniques ivoire et turbans grenat, silhouettes souples et muettes, anticipaient chaque désir d’un regard.
Au centre de la pièce, tel un autel profane, trônait la table de Black Jack. Majestueuse, cerclée de laiton, elle reposait sur un socle incrusté de nacre, et son tapis vert s’étendait comme une oasis dans ce désert de luxe.
Le croupier, impassible, portait une redingote couleur bordeaux, et ses gestes étaient d’une précision de métronome. Chaque mouvement de sa main révélait une carte comme on tire un destin, et les regards se plissaient, les cigares se tassaient, tandis que l'or cliquetait doucement sous les jetons empilés.
L’orchestre, dissimulé derrière une tenture en mousseline, distillait un jazz oriental aux accents de sitar et de contrebasse, musique de l’entre-deux-mondes, nostalgique et capiteuse. Et pendant que la nuit s’épaississait dehors, une chose était sûre : dans cet antre suspendu entre deux empires, le réel avait cédé sa place au pouvoir, un pouvoir silencieux, celui des jeux du Conte.
Outre les règles du Black Jack, les règles du jeu de St Germain était simple, le gagnant avait l’occasion de poser une question personnelle au perdant et celui-ci était dans l’obligation de répondre franchement ou de dévoiler l’un de ses secrets.
La première manche fut remportée par Kemin Tiri qui interrogera Kenna Campbell avec la question : « Votre baronnie était-elle au courant de l’attaque contre ma personne ? »
Après une petite hésitation, Kenna préféra révéler un secret de famille : « la fortune des Campbell provient de l’or des Nazis. »
La deuxième manche fut remportée par Magnus qui put interroger le prince Mukhtar Bey avec la question : « Quel est la liste des personnes vous ayant fait une offre pour récupérer le vase canope de Kamun’ra ? »
La réponse fut sans appel : Tara Kierney ; Mice O’Dren ; le conte de St Germain et Karlton Iscariot.
La troisième manche fut remportée par Tessarak qui put interroger John Campbell avec la question : « Les vampires de Californie vont-ils briser le Pacte ? »
La réponse de John fut un non franc et massif.
La quatrième manche fut remportée par Bazziri Qeb qui put m’interroger avec la question : « connaissez-vous votre véritable identité ? »
Préparé, je préférais révéler un secret plutôt que de révéler l’existence du Roi Hold au culte. Je révélais donc un secret : celui de mon parricide.
La cinquième manche fut remportée par Kemin Tiri qui put interroger le prince Mukhtar Bey avec la question : « Êtes-vous au courant que je suis sur le point de vous destituer ? »
Sans sourciller Mukhtar Bey répondit « Bien sûr ; j’ai des espions en Californie »
Drapé dans sa redingote, le Conte tendait les bras comme un comédien saluant un public imaginaire. Ses lèvres fines, rouges comme la cire d’un sceau brisé, s’étiraient en un sourire plus tranchant que bienveillant. Autour de lui, les domestiques avaient la tête baissée en signe de soumission et les visages ruisselants de honte ou de rage des invités reculaient lentement comme pour se soustraire à la lumière de la vérité qu’il avait été forcé de révéler.
Le Conte : « Ah, mes amis ! mais quelle divine soirée ! …je m’amuse au plus haut point ! que d’intrigues ! de révélations ! de l’amour et des coups de poignards dans le dos ! j’adore !… Vos prestations était digne d’une pièce de Shakespeare ! »
Il fit quelques pas lents, mesurés, le talon de ses bottes claquant sur le sol en marbre dans un rythme théâtralement étudié. Son regard, brillant de plaisir cruel, s’attardait sur chacun de ses convives, effleurant leur honte comme un amant cruel effleure une blessure.
Le Conte : « Vous m’avez offert vos vérités comme on jette des perles aux pourceaux. Je suis touché. Vraiment. »
Il porta la main à son cœur, faussement ému, puis éclata d’un rire clair, presque enfantin, qui résonna dans la pièce comme le tintement d’une cloche sinistre.
Il fit volte-face et se dirigea vers l’escalier en colimaçon qui s’élevait, tordu comme une pensée mauvaise, vers les étages supérieurs. Il gravit quelques marches pour prendre de la hauteur, puis frappa trois fois dans ses mains. Ses yeux étaient étincelants d’un plaisir cruel, il avait un nouveau jeu à proposer et s’en délectait d’avance.
Le Conte : « Chers convives c’est l’heure du Poker ! … n’ayez crainte mon cher Campbell, aucune arme à feu ne sera nécessaire pour cette fois… nous jouerons au Texas Holden, mais avec des mises un peu spéciales… FAITES ENTREE LES OFFRANDES !!»
Deux domestiques s’avançais en poussant un plateau sur roue sur lequel trônait une vase canope, celui de Kamun’ra. Mukhtar Bey essaya un instant de protester mais fut rapidement remis en place par le conte qui contait bien jouer sa partition comme il l’entendais.
Je comprenais que chacun allait devoir avec ou sans consentement miser un objet de grande valeur et nous étions venu les mains vides. Je m’avançais pour proposer de mettre en gage mon fétiche, mais le Conte en avait décidé autrement, la mise du pacte serait Kamun’ra.
Le Conte, fier de lui, présentait tous les lots un à un :
Le prince Mukhtar Bey mise le Vase canope de Kamun’ra ; Bazziri Qeb mise les secrets de la formule alchimique de la pierre philosophale ; Kemin Tiri mise la Lame de Râ (un Klaive chargé d’histoire, et ayant une grande valeur pour les vampires) ; Tessarak mise le secret de sa veritable identité ; Le Conte mise un Fragment d’étoile (un puissant Talent permettant d’exaucer le plus grand désir de son porteur) ; Le Pacte mise la protection de Kamun’ra.
La partie commençait en nous comprenions qu’un seul tour aura raison de notre victoire ou de notre défaite. Kemin Tiri était la première à être invitée à révéler son jeu avec une Paire de Valets ; vint le tour de Tessarak avec une Dame en carte haute ; suivit de Mukhtar Bey avec un As en carte haute ; Bazziri Qeb révéla une très honnête paire de Roi ; mais le Conte jubilait en révélant son brelan de 8. John les cartes en main cracha la fumée de son cigare, l’écrasa délicatement dans un cendrier en Ivoire puis révéla une à une les cartes de sa couleur au coeur.
Le pacte était victorieux et nous pouvions choisir en premier notre lot. Nous ne pouvions pas conserver la protection de Kamun’ra alors après une rapide concertation nous choisissions les secrets de la formule alchimique de la pierre philosophale.
Le conte toujours avec grandiloquence et théâtralité annonçais le classement de la partie :
Premier : Le pacte avec les secrets de la formule alchimique de la pierre philosophale ;
Second : Le Conte avec les services de protection de Kamun’ra ;
Troisième : Bazziri Qeb avec le secret de Tessarak ;
Quatrième : Kemin Tiri avec le Vase Canope ;
Cinquième : Mukhtar Bey avec la Lame de Râ ;
Et dernier : Tessarak se contentera du fragment d’étoile.
Dans sa grande mansuétude et surtout dans l’espoir que l’on vienne le supplier, le conte organisait à l’improviste un dernier tour de Troc qui au final ne changea rien à la répartition des lots.
Cependant, outre le fait que le conte se délectait de voir le Prince Mukhtar Bey se mettre à genoux devant lui pour échanger son lot, nous avions la surprise que Tessarak essaye de nous échanger notre secret contre son fragment d’étoile. Bien entendu nous refusions mais cela ne fit que nous conforter sur le fait que nous avions fait le bon choix.
La soirée du Conte prenait fin et les invités quittaient peu à peu les lieux avec selon les invités plus ou moins de rancœur. Alors que nous faisions nos adieux à Kamun’ra le Conte me prenait à partie pour me proposer un dernier deal, la liberté de Kamun’ra contre le roi Hold. Je n’y étais que peu favorable mais la situation était injuste pour la Momie et bien trop personnelle pour que je puisse en juger avec impartialité. Je m’en remettais donc aux membres du pacte.
Ludwig : « Le conte viens de me proposer de libérer Kamun’ra de ses obligations envers lui en échange du Roi Hold. Il m’a assuré que cette intervention serait non invasive pour moi, toutefois, je cohabite depuis bien longtemps avec le roi et je ne peux être certain de l’impact que cela aura sur ma psyché… cependant, il y va de la libération de Kamun’ra qui s’est retrouvé piégée par notre faute et même si cette décision doit venir de moi, elle est bien trop personnelle pour que je la prenne tout seul. Chers membres du pacte, je vous fais confiance, et je décide de mettre entre vos mains ce choix… Magnus ? »
Magnus : « Désolé Kamun’ra mais pour moi c’est un non ! Le roi Hold doit rester en toi Ludwig! Il est capricieux, agaçant au plus haut point, mais irrémédiablement puissant, ce serait une erreur de le laisser entre les mains du Conte… En plus, j’ai une intuition, celle que le roi Hold est un résident de la terre d’Eté et qu’il pourrait être la clef qui déverrouillerait le registre Diégo de Ordass… Et un dernier point, Le Conte faisait référence au Roi Hold dans sa lettre, je suis persuadé que c’est lui qu’il convoitait dès le début. »
Ludwig : « Bien… Irina ?) »
Irina : « Ludwig, tu m’as choisi dans ta meute en grande partie pour mon pragmatisme… et je ne partage pas les intuitions de Magnus… jusqu’ici le roi Hold n’a rien apporté de bon, bien au contraire, il nous a privé de notre Alpha dans des moments parfois critiques… Je pense qu’il est temps de t’en séparer, tu es bien assez fort sans lui. Je choisi donc Kamun’ra c’est une valeur sure et un combattant émérite dont nous aurons besoin lors de l’assaut final contre le Culte. »
Ludwig : « John ? Kenna ? »
John : « Je n’ai jamais rencontré ce roi Hold mais en effet il à l’air de poser plus de problème qu’autre chose. En sommes, je suis d’accord avec Irina ; Kamun’ra c’est une valeur sure, je préfèrerai qu’il reste à nos aux côtés. »
Kenna : « Entièrement d’accord Père ! »
Ludwig : « Bien, qu’il en soit ainsi… le Conte nous rendra visite pour effectuer son rituel, ma seule exigence sera que ce rituel devra être supervisé par Diana »
J’annonçais la nouvelle au Conte qui jubilait au plus profond de lui, cela se voyait. Il avait réussi son coup et en était fier. La récupération du roi Hold le mettait en joie, probablement tant sur le fond que sur la forme en nous ayant tendu un piège qui s’était comme il l’avait prévu refermé sur nous.
Nous repartions du Caire avec un gout amer en bouche, mais après tous, les secrets de ce croquis en valaient peut-être quelques sacrifices. De retour au Caern, le conseil des Anciens nous attendais et j’assistait aux explications de Bazziri Queb. Elle révéla le secret derrière ce symbole, celui du puit du Node et de sa puissance dont nous aurons besoin le jour J.
A peine avait elle terminée ses explications que Magnus la prenait à part pour discuter d’un sujet annexe ; négocier le secret de Tessarak.
Magnus : « Dit nous ce que tu voudrais en échange ? Je sais que tu es sympathisante à notre cause, suis certain que nous pouvons trouver un arrangement ?! non ?! »
Bazziri s’avançait sensuellement vers Magnus et lui caressa la joue du bout de ses ongles.
Bazziri : « Humm… mais t’es trop mimi toi… désolé hein mais le style viking mal léché ce n’est pas trop mon truc… je préfère le style bien propre sur lui à la Clark Kent tu vois… »
Bazziri déposa un baisé sur la joue de Magnus et lui fit un clin d’œil fugace avant de s’éloigner de lui. Elle alla directement rejoindre Karlton qui lui remis une enveloppe contre un secret glissé au creux de son oreille.
Fin.
[Assisté par ChatGPT pour les descriptions]

















