1. Journals

Ne pleurez pas sur mon sort, j’étais déjà morte.

Lettre de Mackenzie.

⚠️ Ce texte comporte des sujets sensibles, il traite notamment de viole, de harcèlement ou encore de violence physique. Il est réservé à un public averti et majeur. ⚠️ 



Ce texte est une lettre manuscrite trouvable le 12 octobre 2000 dans la main d’une femme dont le corps est entièrement calciné sur la sépulture de la famille Pyke à Seattle. 



J’étais promise à de grandes choses dans la marine américaine, j’avais deux magnifiques enfants, un mari aimant. Mon quotidien était un trésor que je n’avais même pas conscience de posséder. 


J’étais encore pleine de vie.


Je suis arrivée en Californie pour le travail, mon âme a été déchirée par la distance que j’ai prise avec les miens. Après cette déchirure, j’ai été jeté dans des abysses sans fond. Mon cœur battait encore mais j’étais entrain de périr, mon corps violé, mon esprit piétiné. 


J’étais entrain de mourrir. 


La plus part des enfants ont la chance de ne jamais rencontrer le monstre qui rêve et attend sous leurs lits. Le miens était affamé, il sortait tout droit d’un western d’horreur et sa langue bifide craché des atrocités. Il m’a abusé, a fait de moi une esclave pour finir par m’assassiner.


Je suis morte. Puis je suis revenue. 


Alors que je croyais être enfin libérée, je suis revenue. Le monstre m’a asservi en me faisant boire son sang. Je suis tombée éperdument amoureuse de lui. J’ai tout sacrifier pour lui, je me suis séparée de ce que j’avais de plus cher. 


J’étais morte mais je marchais. 


Puis le monstre m’a abandonné comme un enfant choyé se désintéresse de ses jouets. Mon amour pour lui s’est étoilé pour finir par disparaître dans les limbes. Ma chute, stoppée artificiellement quelques instants, a repris de plus belle.


Je marchais mais je voulais mourir de nouveau.


On m’a fait des propositions dénuées de sens. De nouveaux monstres m’ont proposés de nouvelles laisses. Les monstres à canines et ceux à fourrure ont prétendu coopérer pour le bien commun. Ils avaient torts. 


Pour mourir de nouveau, je devais en finir par mes propres moyens.  


On m’a dit qu’il était possible de me faire revoir la lumière du jour. Que je pouvais me nourrir comme avant au prix d’efforts colossaux. Je ne voulais plus avancer. La vengeance était désormais la seule force capable de m’animer. 


En finir avec lui avant de disparaître. 


J’ai attendu le bon moment. Je savais qu’il commettrait une erreur d’égo. Je voulais qu’il me voit. Je voulais qu’il comprenne avant de s’évanouir dans les ténèbres qu’il avait créé autour de lui. Je l’ai tué. Maintenant plus rien n’avais d’importance. 


Ne pleurez pas sur mon sort, j’étais déjà morte. 


Tout est calme désormais. Je suis assise sur la sépulture de mon mari, il est enterré à côté de mes enfants. J’entends les premiers champs des oiseaux. Les nuages du ciel s’embrasent d’un feu nouveau. Je retrouve enfin la lumière du soleil, le visage de mes enfants se dessinent dans ses rayons. 

M.P.