GM :
Date (Calendrier d'Eredane) :
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Participants :
- Unknown
À ceux présents et à venir, salut !
Sous le mandat de la Liberté je me présente ici : Bartok, héraut du passé, maître du plus beau des chapeaux, conteur des séries.
En compagnie de Lindal, Gabbnit et notre ami nain nous avons décidé de tenter le tout pour le tout, et d’aller chercher le dragon Xircxi, conjoint de Zardrix, père de Nophei, dans l’espoir d’obtenir son alliance.
Galgrim nous a appris que nous pourrions emprunter les souterrains Kurgun pour passer sous les plaines de Borderen, et éviter ainsi les contrôles de l’ennemi.
Le fier maître de l’inframonde nous a guidé à une entrée quelque part à l’extérieur de la ville, et nous avons entamé un voyage de plusieurs semaines dans les ténèbres.
Nous avons ainsi rejoint Bas-Roc, une ville occupée, extrêmement fortifiée. Ce petit port est un point de passage qui permet aux légions d’attaquer les Kaladrunes par le Sud. Le Nord est en effet déjà tombé, mais le reste se défend férocement. L’alliance des réfugiés et des clans du Sud permet de tenir la ligne.
De Ba-Roc jusqu’au Kaladrunes nous avons marché à nouveau à la lumière du jour pendant quelques temps, avant de repartir dans les tunnels nains qui naissent au pied de la gigantesque chaîne de montagnes.
Dans cet environnement étroit, hostile, nous avons compté plus que jamais sur Galgrim. Même au camp, le “soir”, ses brèves interventions nous ont fait comprendre qu’il était un érudit précieux pour son peuple - il a de profondes connaissances des mythes nains, que je ne peux qu’envier.
Nous nous sommes toutefois dangereusement rapprochés de la ligne de front et les orcs vont être très nombreux…
En tant que gnomes nous pourrons facilement passer pour des commerçants. Lindal, en tant que halfling, devra prétendre temporairement être notre esclave. Galgrim serait tué à vue - et nous avec lui. Nous devons nous séparer, mais pas avant qu’il nous indique comment trouver l’antre du plus puissant des dragons : selon lui elle se trouve dans les mines de Gardefer, à quelques jours. A nous de jouer, en pensant fort à nos amis.
Peu surveillées, les mines sont dans une zone conquise par les orcs et restent à ce jour en activité pour soutenir l’effort de guerre d’Izrador.
Pour y parvenir nous devons passer par plusieurs camps ennemis. Nous arrivons ainsi au bourg de Crépusculine, fermé d’un grand portail nain en fer orné, à moitié détruit. Les miroirs merveilleux et les braseros des nains y sont désormais détruits, mais restent encore quelques cristaux luminescents qui plongent la ville dans une lumière crépusculaire.
Des camps orks pullulent partout à la place des lieux saints des anciens occupants. Nous soudoyons les factionnaires à la porte avec du vin pour pouvoir entrer dans la ville - leur officier commandant n’est guère agréable et beaucoup trop costaud, mais il n’ont pas l’air sur leurs gardes. A notre connaissance il n’y a pas de légats dans les environs.
Une fois à l’intérieur de ce qui n’est plus qu’un camp militaire un peu désordonné, nous essayons d’interroger des humains pour connaître les meilleurs chemins à prendre. Hélas nous tombons sur de pauvres hères à moitié folles, qui tentent de nous dépouiller. Je leur jette une pièce et nous nous enfuyons pour éviter le combat - nous nous retrouvons hélas face à l’imposant officier orc de tout à l’heure, qui nous arrête dans notre course.
Murak - c’est son nom - fait fouetter les esclaves humains après nos explications et ordonne à Bartok de danser pour l’amuser, tandis qu’un des gardes se saisit d’une de ses imposantes armes d’un air menaçant. Grâce au chant des trois prouts et l’histoire de l’elfe qui dit non, le gnome fait diversion.
Lindal et Gabbnit inspecte un peu plus les environs pendant ce temps. Manifestement la région est sous la responsabilité de la légion de la griffe d’acier, la même que dans les plaines de l’Eren. C’est une légion réputée pour ses victoires dans la région. Elle est aussi connue pour son travail du fer. Le gnome et le halfling repèrent également des trains de bêtes de traits qui tirent des chariots remplis de minerai. Des mines naines ne doivent pas être très loin…
Pendant ce temps les orcs décident de remercier Bartok en lui permettant de fouetter les esclaves. Le gnome essaye de le faire le moins fort possible, et les esclaves jouent le jeu. Satisfaits de le voir châtier ces humains, les orcs invitent les héros à banquetter avec eux.
Heureusement Lindal passe pour un gnome, car il semble que ces légionnaires n’aient rien vu d’autres que des humains et des gnomes depuis longtemps. Nous entendons des nouvelles du front. Les murailles de glace appartiennent déjà à la griffe d’acier. Les orks sont enthousiastes : le front uni des nains est en train de s’effondrer et le cœur des Kaladrunes sera bientôt sous le joug de l’Ennemi.
Nous apprenons également que la mine de gardefer serait peuplée de forgeronnes orcs qui sont spécialistes des armes orcs, les épées vardatche.
Nous finissons par laisser les légionnaires avinés, non sans un certain soulagement, pour rejoindre Gardefer. Sur la route nous croisons partout des restes de machines naines, désormais rouillées et abandonnées, remplacées par de grossiers équipements orks.
Nous arrivons sur l’exploitation même, cernée de tours de gardes, et décidons de partir rencontrer des responsables tout de suite, pour mener notre enquête tranquillement : le dragon n’est plus très loin, si l’on en croit le nain.
Dans un baraquement nous rencontrons une prêtresse d’Izrador, à qui nous arrivons à faire croire que nous sommes représentants de commerce pour du matériel de minage, à même de négocier des achats de gros avec leur fournisseur.
L’appât du gain ou la perspective de quelques économies fait son effet, et nous obtenons l’autorisation de visiter la mine, en compagnie d’un guide bas du front. L’idée même que des gnomes puissent constituer une menace leur passe très loin au-dessus de la tête. Grave erreur ! Nous évitons toutefois le drame quand Lindal s’exprime librement, car la prêtresse, mieux informée que les débiles de Créspusculine, s’étonnent qu’un esclave puisse ainsi la ramener.
La situation apaisée, nous pouvons accéder aux mines, et très vite nous apercevons une machine étrange au détour d’un couloir, entourée d’un halo bleuté. Le guide nous explique gêné qu’il s’agit d’un truc interdit et maudit, et nous arrivons à convaincre son esprit de têtard que nous sommes experts en réparation de trucs nains. Nous pouvons nous approcher, sous le regard tout à fait désintéressé d’une sorte d’intendant orc, en plein inventaire.
Nous pouvons tranquillement inspecter l’appareil. Il s’agit d’une sorte de pylône en pierre, bardée de tuyaux et de runes naines, mais aussi plus anciennes, plus subtiles, et pour ainsi dire inconnues. Elle pourrait avoir plusieurs milliers d’années, et semble extrêmement résistante : les coups de haches des orks n’y ont rien fait.
Nous y découvrons une machine étrange, runique, avec des inscriptions naines mais aussi quelque chose de plus fin, en complément ou plus ancien. Peut-être des runes draconiques… Elles auraient peut-être plusieurs millénaires.
Nous l’examinons avec attention et trouvons une sorte de suite logique dans les runes - après un bref conseil Gabbnit et Bartok décide de l’enclencher, sous l'œil circonspect de Lindal. L’apocalypse gnome est maintenant en route et rien ne pourra plus l’arrêter.
Une fois toutes les runes enclenchées la machine vire au rouge, et le lourd bruit de mécanismes que nous entendions s’interrompt. Les orcs paniquent et s’enfuient aussitôt, alors que de lourds tremblements se font entendre. Nous ne savons absolument pas ce qu'il va se passer et nous tergiversons quelque peu, alors que Gabbnit découvre une autre lumière bleue un peu plus loin dans un couloir. Abandonnant son poney à son attache - il ne peut hélas passer dans le tunnel - nous rejoignons une nouvelle salle où se trouve une autre machine.
Derrière elle, une ouverture dans la paroi découvre un spectacle fascinant : une immense grotte où une plateforme au-dessus du vide abrite la gigantesque statue d’un dragon. Une statue qui bouge et nous regarde avec beaucoup d’attention… Quelques passerelles suspendues dans le vide permettent de rejoindre cette plateforme, tandis que d’autres issues se font deviner derrière l’immense gardien. Est ce Xirci ? Nous ne le croyons pas, mais tout cela est nouveau et tout fait imprévu… notre guide nain aurait pu (et dû) nous en dire plus à ce sujet !
La nouvelle machine est similaire à la précédente, et nous faisons à nouveau le code pour la neutraliser. Quel est son effet ? Libère-t-elle le dragon ? Autre chose ? Nous ne le savons pas encore. Les orcs semblent toutefois se réveiller et reviennent en force. Nous nous cachons de justesse sur un piton rocheux, alors que la bête de l’autre côté de l’abysse fait les 400 pas en nous regardant avec agressivité. Les orcs ne nous voient pas, mais laissent quelques sentinelles non loin. Plus aucun baratin ne semble possible. Nous sommes coincés entre le vide, le dragon gardien et une vingtaine d’orcs…
Lindal a repéré une plateforme, non loin, et veut tenter de la rejoindre pour échapper à la gnomière dans laquelle nous nous sommes fourrés. Pour mettre toutes les chances de notre côté, nous tressons une corde avec nos chemises et pantalons. Gabbnit encourage de toutes ses forces Lindal, qui tente alors la traversée. Il s’élance le long de la paroi accompagnés de tous nos espoirs, jusqu’au moment fatidique où son pied glisse, son corps chute, la corde se tend… et se rompt. En quelques instants tout est consommé, et notre pauvre ami glisse dans l’abîme dans un silence terrifiant. Avec lui un froid mortel tombe sur la plateforme, et nous comprenons que notre destinée ne sera sans doute guère meilleure.
Malgré la tragédie nous devons penser à notre survie et à notre mission. Nous réfléchissons à plusieurs hypothèses, sans rien trouver de convaincant.
Il faut agir pourtant, désespérément peut-être, mais agir. Impossible de retourner en arrière, et aucun de nous deux n’a envie de tenter un nouveau franchissement. Nous allons donc courir, courir pour que tout ne soit pas vain. Courir vers le dragon, la mort ou la victoire, car derrière lui se trouve une grande issue brillante.
Bartok s’élance et, par miracle, passe entre les pattes de l’énorme gardien, manifestement bien déterminé à nous réduire en purée. Gabnitt échappe à une lourde patte de justesse, tandis que derrière nous les sentinelles orcs se sont élancés. Nous courons à nous en faire exploser les poumons, mais nous courons bien ! Car nous voilà bientôt de l’autre côté de la plateforme, où nous pénétrons dans un immense puits où personne ne nous poursuit.
Depuis cet antichambre abyssal nous nous avançons encore, de plateformes en plateformes, vers un étrange seuil. Il n’y a plus que lui, et aucun espoir derrière nous - que le vide et la mort. Nous nous avançons.
Nous flottons désormais, conscience dans le flux. Et nous entendons une voix puissante briser le silence, remuer nos esprits, nous sommer de nous expliquer. Xirci. Nous l’avons trouvé.
Il y a du rugissement et de l’étonnement dans ses pensées. De la distance aussi. Beaucoup. Gabnitt lui explique tout : sa conjointe enchaînée par Izrador, sa fille morte, la lutte des peuples libres, la tyrannie. Mais le dragon n’a cure des races “secondes”. Leur sort est celui des cafards. Ils grouillent et meurent, semble t-il, quoiqu’il n’ait pas utilisé ses mots. J’insiste - nous insistons - sur les sévices subis par son sang. Par sa race enchaînée et brisée. Sur leur humiliation. Il n’aime pas vraiment. Il voit qu’il n’a plus beaucoup de choix, que l’heure approche. Il nous explique qu’il a été blessé par Izrador, affaibli jadis pour lui rappeler qui était le maître. Ils n’auront pas de nombreuses chances et tout cela pourrait ne servir à rien. Mais soit. Il se dressera, encore une fois, et viendra à notre appel quand nous lui demanderons. Une fois, qu’il nous faudra bien choisir.
Nous lui demandons encore si nous pouvons récupérer le corps de Lindal, mais il nous le déconseille…
Alors, résolus, nous attendons la suite. Notre mission est accomplie. Le dragon nous attrape de ses immenses serres et, d’un bond qui manque de nous assommer, s’élance vers le sommet du puits. Aux ténèbres des mines succèdent maintenant la lumière éclatante d’un ciel bleu et glacial. Oubliée, la lenteur de taupe, nous sommes maintenant des aigles survolant la splendeur incroyable des Kaladrunes. Vu d’ici, Izrador n’existe plus.
Glacés, émerveillés et terrifiés, le dragon nous emmène au loin vers Borderèn en quelques coups d’ailes. Et nous voilà, quasi nus, tous les deux au milieu des plaines, encore sous le choc de tout ce qui s’est passé. De notre ami Lindal disparu, du cher poney de Gabnitt laissé en arrière, et fasciné par les feux glacés de destruction qui rampent maintenant sur les flancs des montagnes. Quelque chose de bien plus grand que nous a commencé, et bien malin saura comment cela se terminera.
Cela fut vu et entendu, et cela est maintenant écrit.
Bartok.