1. Journals

S47 - La Vierge de Glace

December 5, 2025

TLDR : les quatre épreuves ont été remportées par Elise (et le groupe un peu aussi), permettant d’accéder au Codicil blanc qui contient la formule pour accéder à la cité perdu du Néthéril. Elise a risqué sa vie pour plus de pouvoir et a échouée. C’est à présent une statue de glace. Le groupe est partie avec, mais une géante leur a barré la route : ils ont dû laisser le Codicil et l’oeuf de Roc derrière. Heureusement, Enialis a recopié la formule.


La vision de la clerc était floue, les silhouettes de ses camarades à peines visibles derrières ses larmes. L’esprit embrumé, elle se redressa à tâtons, prenant appuie comme elle le pouvait sur les murs froids. Comment ? Comment avait-elle pu faire ça ? Comment avait-elle pu tuer ces deux personnes de sang froid, au nom d’une épreuve d’une déesse maléfique ? Son estomac déjà vide se tordait à nouveau, quand une main chaude et rassurante se posa sur son épaule. Sans un mot, juste avec un sourire se voulant réconfortant, Enialis l’invita à les suivre. Elise renifla, sécha ses larmes et hocha de la tête. Trois épreuves les attendaient encore, ce n’était pas le moment de craquer.

Elle emboita le pas à ses camarades, le cœur lourd. Elle observa du coin de l’œil certains d’entre eux retourner s’amuser avec Ocuman, comme si de rien n’était. Quelle chance ils avaient. Elise du s’accrocher à son compagnon animal pour tenir jusqu’au couloir suivant, où elle attendit que tous ses compagnons se rassembles. ”Endurance” était-il marqué. Super, quelle probabilité qu’il s’agisse d’affronter encore le froid de cette monstruosité ? songea Elise. Ils ouvrirent la portent et s’engouffrèrent dans un long couloir, presque identique à celui qu’ils venaient de traverser.

La porte au fond fut ouverte avec moins d’entrain cette fois-ci. La clerc tentait de vider son esprit, de ne penser à rien d’autre que de se préparer à subir une nouvelle épreuve sordide. De nouveau, elle se sentit aspirer, tourner sur elle-même et tomber, avant de se réveiller brusquement au milieu d’un paysage blanc. Au dessus de sa tête, le flocon de neige bleuté brillait de nouveau. En regardant autour d’elle, elle remarqua qu’ils étaient près d’un nouveau campement Rehged. Or, cette fois ci, il leur était familier : il s’agissait de la tribu des élans dirigées par le roi Jarund Elkhart qui accueilli par de grades exclamations et de grands gestes les aventuriers.

Le roi expliqua au groupe qu’un terrible blizzard se levait. Ils devaient partir sans plus tarder pour suivre les rennes. S’ils voulaient avoir une chance de survivre, la compagnie devait partir avec eux. La colonne était déjà en position et ils n’avaient qu’à les rejoindre. Elise décida de suivre Alfan. Un vent de face se mit à souffler, mordant et brûlant à la fois, transformant chaque pas en calvaire. En suivant le colosse de leur groupe, la jeune clerc pu s’en abriter au moins en partie.

La marche commença. Longue, douloureuse, épuisante. Le vent soufflait de plus en plus fort, la neige était de plus en plus épaisse. Hélios alluma une lumière pour aider les deux groupes de Rehged à se suivre, mais après quelques heures, le brouillard était tel qu’Elise ne voyait plus qu’Alfan devant elle et les Rehged juste à ses côtés. Certains tombaient. Au début, Enialis qui fermait la marche les aidaient à se relever, mais après quelques heures, ni Vellyne Harpell, ni Hélios ne virent plus le moine.

Hélios, monté sur son cheval fantomatique, alla prévenir le reste de la compagnie. Saisie d’effroi, Elise s’arrêta quelques minutes et rebroussa chemin, hurlant de toutes ses forces le nom de l’elfe, utilisant sa magie pour faire des signaux sonores. Seul le blizzard lui répondit. Elle se tourna alors vers hélios, le suppliant d(utiliser l’artéfact de Macreadus permettant de contrôler la météo, mais l’enfant refusait. Tous deux savaient bien que cela signifierait échouer l’épreuve automatiquement. Alors Elise puisa dans sa magie divine pour envoyer un message à Enialis, qu’il puisse l’entendre où qu’il soit. A sa très grande surprise, il lui dit être retourné dans le palais d’Auril et que tout allait bien !

Surprise, mais piquée au vif, Elise tourna les talons et puisa dans ses forces pour rejoindre la colonne des Rehged et Alfan pour s’abriter du vent. Cependant, le goliath faiblissait de plus en plus et les heures continuaient d’avancer. Elle s’avança, pour tenter de l’aider en se tenant à son côté, mais sitôt qu’elle le perdit de vue une seconde, elle ne le retrouva pas. Alfan avait disparu à son tour. La clerc se rapprocha du reste de la colonne des Rehged, là où devaient se trouver Hélios et Ed Warm, mais une fois de plus, elle ne les vit pas ni ne les entendis. Espérant qu’ils avaient retrouvés Enialis, elle reprit la marche, suivant le roi Jarund et ce qui restait des siens.

Marcher. Elle n’avait plus que ça à faire de toute façon. Serrer des dents pour tenir jusqu’au bout. Endurer. Endurer le froid, endurer la fatigue, endurer la faim. Mais aussi endurer ces jeux cruels, cette agonie lente dans laquelle était piégée toute la région. Que pouvait-elle faire elle, une simple clerc, face à la volonté destructrice d’une déesse ? Endurer sans courber l’échine, c’était déjà un premier pas.

Après des heures, tellement qu’Elise avait perdu toute notion du temps, Jarund s’’arrêta. Ses compagnons l’imitèrent. La main caleuse du roi se posa sur l’épaule d’Elise et il lui fit signe de regarder au loin. Le vent était tombé et au travers des nuages, des rayons de soleil perçaient l’horizon, dévoilant des formes sombres sur les dunes. “Des rennes, affirma Jarund. Nous avons réussi, nous allons pouvoir monter le camp.” Elise se laissa tomber à genoux. Elle jeta un œil en arrière. Il restait à peine la moitié de la tribu, et pas un seul de ses compagnons. “Est-ce que…” voulut-elle dire, quand sa tête tourna de nouveau et sa vision se troubla.

Elise reprit conscience allongée dans la salle des épreuves d’Auril, entourée par ses camarades. Enialis lui sourit et l’aida à se relever. Avant qu’elle ne puisse poser la moindre question, Alfan s’exclama lourdement “Impossible ! Comment moi j’ai pu rater cette épreuve, alors qu’elle, jeune frêle jeune fille a réussi !”. Il laissa sa colère éclater quelques instants pendant que le reste du groupe sortait quelques provisions pour manger un peu. Si Elise était heureuse de retrouver ses camarades, un vide se creusait dans son coeur, une certaine apathie pour ceux qui l’entouraient. Après tout, ils avaient échoués, elle avait réussie. Leurs gestes étaient ralentis par la fatigue, elle sentait ses forces revenir. Qu’est-ce que cela pouvait vouloir dire ?

Mais elle refusa d’y accorder plus de pensées et la compagnie se regroupa puis pris la direction de la troisième salle des épreuves, n’accordant presque aucune attention à Ocuman cette fois. “Isolement”. Elise ne su si elle devait en rire ou en pleurer. Il était là, elle pouvait le sentir. Le vide l’attendait.

Un nouveau couloir s’ouvrit devant eux, suivi d’un nouveau portail arcanique qui les aspira et les entraina dans un nouveau campement Rehged. Au vue de leurs tenues, il s’agissait cette fois de la tribu du Tigre. Ses membres regardèrent la compagnie arrivée avec ses flocons au dessus de la tête et ils les conduisirent à leur cheffe dont même Alfan avait entendu parler de sa cruauté et sa sauvagerie : Bjornhild. La femme remercie Auril du présent qui leur était fait. De ses propos, la compagnies compris qu’ils avaient le rôle d’émissaires et qu’ils devraient surveiller le camp pendant que les Rehged partaient en expédition pour “chercher des affaires”. Ils devraient juste faire attention que personne ne viennent chercher des affaires chez les tigres. L’affaire de quelques heures seulement. Selon ses dires, ce n’était pas la première fois que cela arrivait.

Après quelques minutes de préparations, tous les Rehged prirent la route. Tous, jusqu’au dernier. Pas un enfant, ni même un vieillard ne resta avec la compagnie. Ils étaient livrés à eux six. Hélios prit cela avec beaucoup d’enthousiasme et entreprit de construire bonhommes de neiges sur bonhommes de neiges en périphérie. Ed Warm et Alfan prirent leur mission plus aux sérieux et construisirent quelques pièges pendant qu’Elise faisait un tour de reconnaissance du périmètre. Les heures passèrent assez vite et vint la nuit. Chacun choisi sa tente où dormir. Ils avaient largement assez de place et de lit pour que personne ne manque du moindre confort. Même de la nourriture avait été laissée sur place.

Alors que le sommeille la gagnait, Elise fut réveillée par un bruit non loin. Elle se redressa en sursaut et découvrit Enialis qui rentrait le plus discrètement possible dans sa tente. Il lui adressa un magnifique sourire. Il savait qu’elle n’aimait pas dormir seule et se proposa de veiller sur elle pendant la nuit. Il n’avait pas réellement besoin de dormis après tout. la clerc sourit et accepta avant de retourner se coucher. Quoi qu’il arrive, elle était ravie de savoir qu’Enialis était avec elle.

Au petit matin, elle fut réveillée par du mouvement en extérieur. Les autres sortaient de leur sommeille et préparaient la journée. Enialis avait déjà quitté les lieux. Elise prit le temps de se lever et rejoignit Hélios, Alfan et Ed Warm. D’Enialis et Velynne par contre, il n’y avait aucune trace. Une crainte sourde monta dans les entrailles de la clerc qui sentie son cœur se serrer. Elle se dépêcha de faire le tour du campement, regardant dans chaque tente. Rien. L’elfe et la vieille magicienne étaient introuvables.

Le groupe compris qu’il devait s’agir de l’épreuve d’Auril. Les voilà seuls, dans ce campement fantôme, à disparaitre petit à petit. La journée fut longue. Chacun trouvant de quoi s’occuper. Personne ne croyait en une vraie menace extérieur de toute façon. Elise alimenta frénétiquement chacun des feux, ne serait-ce que pour s’éviter de penser. Quand vint l’heure de se coucher, la terreur du lendemain s’insinua dans la clerc. Hélios proposa de partager tous la même temps pour éventuellement éviter de se faire prendre. Elise n’osa pas avouer que cela n’avait pas protégé Enialis. Finalement, la proposition de l’enfant ne fut pas suivie et chacun retourna se coucher de son côté.

Au matin, quand Elise se réveilla, un silence de mort l’accueilli. Un mauvais pressentiment la tiraillait. Elle se prépara en toute vitesse cette fois et fit le tour de toutes les tentes. Vides. Sans exception. Tous ses camarades, disparus. Et la voilà seule. Elle fit plusieurs fois le tour du campement, criant leurs noms à tous. Alfan, Ed Warm, Hélios, Enialis… même Rapace et Velynne. Quelqu’un, n’importe qui. Par pitié. Mais ni Auril ni ses préceptes ne prévoyait cette notion et Elise était livrée à elle-même.

La journée fut plus longue encore, comme une agonie sans fin. Chaque minute semblait durer des heures. Que faire et comment s’occuper dans un tel désert ? Elise voulu d’abord se réfugier dans la prière, ressortir son bréviaire à Lathandre. Mais chaque mot sonnaient si faux dans cet enfer blanc. Quel printemps face à un hiver éternelle ? Quelle renaissance face à la mort inéluctable ? Ou était l’espoir dans un monde où même le Soleil ne parvenait à régner ?

Elle sortie en trombe, cherchant quelques nouvelles traces de pas pouvant expliquer le sort de ses camarades, en vain. Elle fit plusieurs fois le tour du village, pensant que cela l’occuperait, mais son esprit était incapable de se reposer et lui aussi tournait en rond. Elle maudissait ces épreuves, cette torture organisée par Auril. Et tout cela pour quoi déjà ? C’était quoi cette saleté de Codicil blanc ? A quoi ça allait servir ? Ils pourraient vaincre cette salope d’Auril avec ? Exterminer tous les fidèles de cette reli… secte hérétique impie ? Elle tentait de rationaliser, de se rappeler que ce n’était qu’une épreuve savamment pensée pour la torturer. Ses camarades devaient être revenus dans les sous-sols et ils l’attendaient bien patiemment… Alors pourquoi ça devait tomber sur elle ?!? Hélios prenaient son pied lui ! Pourquoi d’eux six, c’était elle qui devait supporter cet affreux silence ? Pourquoi le vide l’attendait-il à chaque tournant ? Ne l’avait-elle pas vaincu ? Serait-ce ainsi toute sa vie ?

Elle tomba à genoux, en larmes, secouées par de violents sanglots, désespérée. Les dents serrées, elle finit par se redresser et crier sa rage au ciel. Une colère violente l’embrasait et un flux de paroles et d’insulte se pressa dans sa gorge. Elle hurla, ne serait-ce que pour entendre le son d’une voix, qu’importe que ce soit la sienne. Elle injuria, tout, tout le monde. D’abord Auril, puis ses suivants, puis tout le Valbise, puis Lathandre et ses compagnons pour l’avoir abandonnée… puis elle même.

Les yeux et la gorge brûlant, elle retrouva un semblant de calme. Avec de grandes inspirations, elle tenta de reprendre le contrôle de ses émotions et son regard tomba sur les bonhommes de neige d’Hélios, avec leur insupportable sourire dessiné à la main. “Pourquoi tu rigoles toi ?!” rugit Elise en déchainant un rayon ardent sur la sculpture. Sa tête explosa. La rage quitta aussitôt la clerc pour être remplacée par le remord. Elle se précipita pour tenter de le réparer. Hélios allait revenir et il serait triste de voir ça. Il devait revenir. Il devaient tous revenir. Elle devait juste prendre patience, encore un peu.

Les émotions bouillantes se murent en apathies au fil des heures. Face au silence, au paysage constamment identique, à la nuit éternelle, que pouvait-elle faire, sinon se résigner et attendre la fin ? C’est dans cet état d’esprit qu’elle retourna se coucher. Le sommeille fut long à venir, mais les paupières d’Elise finirent par se fermer de sommeille. Quand elle les rouvrit, elle était en plein blizzard, marchant sans but précis, hagard. Une voix l’interpela, suivi d’une autre. Des silhouettes avançaient dans sa direction. Elise était incapable de réagir et se laissa choir dans les bras des Rehged du Tigre comme une fleur se laisse cueillir.

Ils la ramenèrent vers le reste du clan. Ceux-ci étaient bien chargés, leur traineaux remplis de victuailles, d’armes, de couvertes… et de bois d’élan. Elise fut conduite vers un petit groupe : ses compagnons. Ils avaient tous l’air aussi perdus et frigorifiés qu’elle. La clerc ne comprenait pas, son coeur aurait du bondir en les retrouvant. Mais pourtant, elle se sentait déçue. La chef des Rehged vint trouver la compagnie à présent au complet. Elle leur expliqua les avoir tous retrouvés comme ça dans la tempête. Le camp par contre était intacte et bien protégé. Elle remercia le groupe et Auril : ils avaient passé l’épreuve. Juste avant d’être ramenés dans les sous-sol d’Auril, Elise eut le temps d’apercevoir quelques bonhommes de neiges construit sur une butte. Elle n’avait donc pas rêvé toute cette histoire.

En sentant sous ses doigts le contact du sol froid et en se relevant avec ses compagnons, Elise se sentait amer. Alors qu’elle aurait due se réjouir de retrouver ses amis et Enialis, elle était à la place déçue. Elle était persuadé qu’elle aurait pu faire mieux et réussir autrement l’épreuve, si seulement elle avait résisté plus longtemps. Elle seule aurait ainsi remporté les lauriers, plutôt que ses camarades qui avaient failli si tôt… Elle repoussa cette pensée, s’en voulant elle-même de les avoir hébergés.

La compagnie se dirigea vers la dernière des épreuves : “Préservation”. Si à voix haute elle affirma être rassurée que ce soit la fin, intérieurement, elle commençait à songer que c’était la dernière chance pour elle de l’emporter, de triompher des épreuves d’Auril. Elle, la changelin en fuite, pourrait emporter les épreuves de la reine de l’hiver, elle plutôt que ce goliath gigantesque et endurant, plutôt que ce rôdeur habitué aux conditions difficiles, plutôt que nécromant qui semblait plus animé par la magie que vivant, que ce moine avec cet éttrange lien avec Auril qui ne craignait pas le froid. Quand le cercle arcanique les aspira une dernière fois, Elise esquissa un léger sourire.

Le groupe fut transporté une nouvelle fois devant un camp Rehged. Celui-ci était dévasté et des corps jonchaient le sol. Des vautours s’envolèrent quand les aventuriers approchèrent. A leurs tenues, il s’agissaient d’un ancien clan du loup. Elise examina les corps. Ils semblaient avoir été tués par des armes, sans doute d’autres Rehged.

Après examen, Elise fini par trouver un unique survivant : un enfant d’une douzaine d’année, accompagné d’un louveteau. en balbutiant, encore traumatisé par l’attaque, il se présenta sous le nom d’Aerix Vokototh. Il s’est caché quand c’est arrivé et n’a plus fait de bruit. Elise tacha de le réconforter, puis ils sortirent et elle l’installa près d’un feu pour qu’il se réchauffe et mange un morceau. Hélios et Enialis vinrent les rejoindre pour poser quelques questions à l’enfant. Cependant, au bout de quelques minutes, Elise fronça des sourciles et eut l’imrpession d’être face à un ado de 15 ans. Elle s’écarta pour évoquer cette question à Alfan et Ed Warm qui furent pris au dépourvu. Très vite, il devint évident pour tout le monde qu’Aerix vieillissaient effectivement à vue d’oeil et semblait à présent dans la vingtaine !

Elise entendit alors une voix dans sa tête, féminine, douce, susurrante… et terriblement inquiétante. “Toi seul a le pouvoir de le geler instantanément si tu le touches.” Qu’est-ce que cela voulait dire ? Comment-ça geler ? Etait-ce arrêter la malédiction ? Ou plus littéral ? Mais Elise écarta très vite cette question. Il devait s’agir de l’épreuve, et elle pouvait l’emporter. Prenant ses camarades de court, elle demanda à Aerix si elle pouvait poser sa main sur son front pour prendre sa température. La tromperie passa et le jeune homme d’à présent 25 ans s’immobilisa sur place, comme pris dans une glace éternelle.

Sous l’exclamation de surprise d’Hélios qui affirma avoir entendu une voix lui dire de faire la même chose, le groupe fut ramené au palais d’Auril. Tout noeud au ventre avait quitté Elise à présent. Elle avait emporté les 4 épreuves. Elle avait tué le plus de monde à la cruauté, marché le plus longtemps à l’endurance, survécu le plus longtemps à l’isolement, et réagis le plus rapidement à la préservation. Elle se sentait en pleine forme alors que ses camarades étaient courbés de fatigue. Alors qu’ils se dirigeaient vers la porte sud, la porte menant au Codicil, elle leur proposa rapidement, presque moqueuse, d’aller retourner à la porte d’entrée pour dire le mot “sombrecrane” afin de récupérer des forces.

La porte gardant l’accès au Codicil était richement ornée de sculptures représentant des têtes d’hiboux, de loups et de chèvres. La compagnie laissa Elise ouvrir la marche. Quand elle s’avança, la porte frémit et s’ouvrit, sans qu’elle n’ait à la toucher. Elle n’aurait su expliquer comment, mais la clerc savait que cela était lié à ses réussites. Elle se sentait comme portée par une brise qui la poussait à avancer plus avant. Elle franchit le seuil, suivi de ses camarades. Dans la pièce qui s’ouvrit à eux se trouvait quatre grandes stèles où se trouvaient l’explication des préceptes d'Auril :

  • La compassion rends vulnérable, la cruauté dois être ton couteau pour se défendre
  • Existe aussi longtemps que possibles, par tous les moyens il faut endurer (sauf en se changeant en animal pour résister au froid, ni en ayant des fenêtres…)
  • Dans la solitude on exploite son potentiel, il n’y a pas besoin des autres
  • Chaque flocon de neige est unique et à préserver

Elise songea un instant à faire renverser ces préceptes par défi envers celle qui les avait mis à l’épreuve, mais elle se ravisa. Déjà ses compagnons s’engageaient dans la pièce suivante. Elle était assez étroite. Deux statues de glace représentant une femme encadrait un lutrin où se trouvait un petit livre avec une couverture en peau de bête blanche : le Codicil

Alfan, Hélions et Velynne s’étaient déjà avancés dans la pièce. le premier empêchait les deux autres de sauter sur le livre qu’il tenait au dessus de sa tête, hors de leur porté. Il insistait pour que seul Elise regardent ce qui se trouvent dedans (pour l’instant en tout cas) car elle avait emporté les épreuves. Hélios acquiesça. Velynne insista d’avantage, mais Elise intervint alors pour prendre la parole et remettre la magicienne à sa place : ils ne l’avaient accompagnés que pour l’orbe, qu’elle avait bien récupéré mais elle ne les avait toujours pas payé. Et en effet, c’est elle qui avait réussi les épreuves.

La clerc récupéra le carnet et l’ouvrit. Elle le feuilleta rapidement. Il était couvert d’inscription arcaniques qu’il faudrait prendre le temps d’étudier pour bien les comprendre (ou être un magicien vu que c’est la classe des chouchous). Il y avait aussi un texte en vers : la mélodie de la Vierge de Glace. En la récitant à ses compagnons, elle compris, et Hélios aussi, qu’il s’agissait d’une formule magique. Cette formule pourrait permettre d’ouvrir quelque chose. Velynne évoqua immédiatement la cité du Néthéril dont l’accès était gardé par Auril. Les deux lanceurs de sorts du groupe estimèrent que seule la formule était nécessaire, le Codicil n’était qu’un plus. Enialis fit donc une copie de la mélodie et assure à Velynne qu’elle en aurait une aussi. Le livre par contre devait rester en possession d’Elise.

Il restait une dernière porte au fond du sanctuaire qu’Alfan et Ed Warm examinèrent pendant la période transcription. Elle était presque vide, à l’exception de morceaux de glaces brisés au sol. En les examinant avec attention, Ed Warm recula d’horreur : il s’agissait de morceaux de corps ! Interloquée, Elise entra à son tour pour les examiner, quand elle entendit une voix familière dans sa tête : “Acceptes-tu de braver la mort pour recevoir ma bénédiction ?”

Elise fut prise de surprise un bref instant. Auril lui proposait sa bénédiction ? A elle, prêtresse de Lathandre, le dieu de l’aube, du printemps et du renouvellement ? Quelle blague ! Son instinct lui criait de lui rire au nez. Mais en même temps… elle avait remporté les quatre épreuves. Elle avait montré sa force. Elle s’était pliée aux règles de ces jeux macabres plutôt que de faire appel à la magie de son dieu pour les faire échouer. Accepter, ne serait-ce pas une juste récompense ? Toute armes était bonne à prendre après tout. Lathandre comprendrait… pour peu qu’il se souciasse vraiment d’elle et de cette terre maudite de toute façon. L’aurait-il abandonné à ce sort si c’était le cas ?

Elise, avec ses camarades, avait vaincue une guenaude, des gnolls, des squelettes géants, un magicien rouge, des duergars fous, un diable et un dragon en chardalyn. Elle avait passé avec aisance l’épreuve pour devenir adulte, et maintenant celles d’Auril. Peut-être pour la première fois de sa vie, elle se sentait forte et capable. Et puis… elle voulait aussi montrer à Enialis de quoi elle était vraiment capable.

“Oui, j’acceptes !” affirma-t-elle dans son esprit en réponse à la voix. Une seconde de flottement se fit… puis Elise sentit une vive douleur au coeur. “Pauvre sotte présomptueuse, rugit la voix en réponse avec un air moqueur. Comme si une moins que rien, une peureuse comme toi en était digne ? Comment peux-tu comprendre mes préceptes alors que tu t’es entichée de cet elfe ? Tu n’es qu’une coquille vide, et au néant tu retourneras.”

Elise émit un hoquet de surprise. Elle voulu se retourner une dernière fois. Appeler à l’aide. Voir une dernière fois les traits d’Enialis… mais avant de faire le moindre mouvement, elle fut changée en glace.


Enialis finissait de relire sa retranscription de la Mélodie de la Vierge de Glace quand il fut interrompu par le brame du cerf géant d’Elise. Il jeta un œil dans sa direction et le vit avec horreur s’effondrer et disparaitre en poussière. Quand il se retourna vers la clerc, son coeur se serra et la panique le submergea. En une seconde, leur camarade s’était figée, sans qu’aucun des compagnons ne puissent faire quelque chose. Eclat de voix, panique, proposition de la réchauffer avec un feu, interdiction car cela la ferait fondre… le chaos s’en suivi et dura quelques minutes.

Enialis finalement arracha le Codicil que portait Elise qui avait été épargné, et le jeta à Velynne pour qu’elle trouve une solution dedans. La magicienne feuilleta quelques pages, sans doute en se disant que ça ferait un bon grimoire, mais fut constamment pressée par le reste de la compagnie. Elle finie par lâcher que c’était normalement les clercs qui connaissaient le type de magie pour aider ! Ou les druides, voir des bardes, mais pas les magiciens. Pressée et suppliée par Enialis, elle finie par avoir une idée : un sort de dissipation de magie. Il lui faudrait par contre un moment pour se préparer. La compagnie accepta de lui laisser ce temps et tint conciliabule en attendant.

Ils étaient unanimes pour ne pas laisser Elise ici, dans cette état. Mais que faire si Velynne échouait ? Hélios confia au groupe qu’il venait de nouveau d’entendre la voix dans sa tête un méchant qui a prit l’âme de son maitre. Il lui disait que s’ils tuaient Velynne et aidaient Avarice (sa fille), cette dernière pourrait sauver la clerc.

Alfan avait une contre proposition, qu’il soumis à contrecœur : il connaissait une druide qui n’était pas fidèle à Auril. Elle pourrait peut-être aider, mais ça nécessiterait un grand sacrifice de sa part : reconnaitre ses torts, s’excuser, et même remercier. Il parlait de Tali, même s’il n’osait pas prononcer son nom. Il grogna en ayant l’impression d’entendre la voix de la jeune clerc qui lui demandait entre l’admiration et la supplication s’il était prêt à faire ça pour elle.

Après une heure de préparation, Velynne, bien qu’incertaine, tenta son sort. Une fois. Deux fois. Trois fois. Rien. Rien ne changea. Elise ne reprit pas de couleur, aucun mouvement n’anima la statue, aucun souffle de franchit ses lèvres de verre. Velynne dut s’avouer vaincue. Que pouvait le tour de passe passe d’une mortelle contre la magie d’une déesse ?

Le coeur lourd, mais refusant d’abandonner tout espoir, le groupe décida de chercher le salut de leur amie dans les Dix-Cités et de quitter cette île. Alfan se chargea de prendre Elise. En revenant dans la salle centrale, le groupe remarqua qu’Ocuman ne gardait plus les lieux. A la place, une imposante géante se tenait face à eux, aussi admirable que terrible. Les bras croisés, elle attendait le groupe qu’elle traita de voleurs. Elle exigea la restitution du Codicil : la réussite des épreuves permettait de le consulter, pas de le prendre. Le groupe hésita, ce qui laissa à la géante le temps de remarquer la statue de glace dans les bras du goliath. Elle ricana. Elle assura que si la compagnie remettait gentiment le Codicil, elle n’aurait pas à briser la statue, ni à la tuer juste après.

Hélios s’avança alors pour lui rendre le livret, ne voulant pas prendre de risque. Personne ne s’interposa et le sourire de la géante continua de s’agrandir. Avant qu’elle ne s’écarte pour les laisser passer, elle ajouta qu’elle avait aussi récupérer l’oeuf de son familier. Elle leur souhaitant ensuite bon vent, et de surtout ne pas oublier de témoigner de la puissance d’Auril. Elise servirait de modèle à ceux qui en douteraient.