Membres : Linus Crowley, Skaldor Le Noyé (Parti), Hilde Weitz, Giovanni Artigliorosso (mort), Wilhelm Sachs
On commence à s’habituer aux missions qui ne ressemblent pas à ce qu’on nous avait annoncé. Celle-ci, à première vue, semblait presque anodine : accompagner Morgatha à un concert des Trytesich Mayhem, de la Taverne de La Scie Rose jusqu’à la La Lune Rouge. La question d’accueillir ou non Morgatha au sein de la Taverne avait été l’objet de plusieurs débats (houleux) au sein de la compagnie.
Toujours est-il que notre groupe avait été mandaté pour escorter Morgatha à la Taverne, donc nos querelles allaient devoir être mises de côté pour le moment. Le concert s’annonçait comme un détour dans une ambiance plus festive, pour une fois.
Nous sommes arrivés dans l’après-midi, suffisamment tôt pour prendre nos repères. Linus est parti inspecter les abords, Skaldor s’est concentré sur les résidus magiques, il cherchait à pister des traces de Morgatha. De mon côté, j’ai engagé la discussion avec Skaldor à propos de Morgatha. Il la voyait comme une personne ambitieuse et dangereuse, avide de pouvoir. J’aurais aimé lui donner tort, mais je n’en étais pas si sûr. Ce qui est certain, c’est qu’elle sait des choses, et qu’en ces temps troublés, on ne peut pas se permettre de négliger une source d’informations, même teintée de corruption.
Le concert a commencé dans une ambiance étrange. Giovanni, toujours enthousiaste, a tenté de pogoter – maladroitement. Pendant ce temps, sans que nous la voyions arriver, Morgatha s’est installée dans l’alcôve prévue pour notre entrevue. Linus et Skaldor étaient déjà en place. Ils ont discuté avec elle, mais nous n’avons pas été conviés à la conversation. Après cette discussion, Morgatha nous a guidé hors de la Taverne de la Scie Rose pour rentrer en direction de notre Taverne.
Finalement, cette première partie de mission s’est plutôt bien passé. J’ignore dans les détails ce que Morgatha, Linus et Skaldor se sont dits, mais en tout Morgatha a demandé fermement d’être logée dans la meilleure chambre de la Taverne. Et puis quoi encore ? M’est avis qu’elle ne fera pas long feu à ce compte là …
En plus de ça, Morgatha nous demande de l’aide pour une mission simple en apparence. Sa nouvelle tâche : livrer une lettre à Bogenhafen, un petit bourg semblable à Ubersreik, en moins animé peut être. Elle a refusé de nous dire ce qu’elle contenait, ce qui, évidemment, n’a pas joué en sa faveur. Skaldor a ouvert la lettre devant elle. Elle n’a pas protesté, a simplement refait le sceau avec nonchalance. À l’intérieur, un message codé, comme on s’y attendait.
Nous avons pris la route. Un arrêt s’est imposé à la Taverne des Trois Liards, une auberge presque vide, bien tenue, mais où flottait une impression de vide. La fille des taverniers nous a parlé de son oncle, Helmut, ancien soldat d’Ubersreik, disparu depuis trois ans. La conversation s’est arrêtée là, jusqu’à ce que la nuit tombe.
Hilde a eu un moment d’égarement, fixant une fenêtre comme si elle y voyait quelque chose. Il n’y avait rien. Du moins, rien que nous puissions percevoir. Puis sont venus les coups à la porte. Trois coups secs. Un homme affolé, du nom de Gunther von Taalstein, demandait asile. Il parlait de chiens enragés qui le poursuivaient. Je l’ai fait entrer.
Linus et Skaldor sont allés vérifier l’état des lieux. La famille d’aubergistes avait disparu. Les lits étaient défaits, les chambres vides. Puis nous les avons vus : des chiens difformes, grotesques, encerclant la taverne. C’étaient des chiens du chaos, qui étaient clairement attirés par quelque chose dans l’auberge. Nous sentions que l’affrontement était inévitable.
Et moi, dans ce moment d’hésitation ou d’excès de confiance, j’ai ouvert la porte. C’était peut-être mon erreur, d’être trop gentil, ou trop naïf peut-être. Je ne me voyais pas refuser cet inconnu et le laisser à une mort certaine. Nous nous somme barricadés dans la cuisine en vue de la bataille. Et peu après, les chiens ont attaqué. Le combat a été brutal. En fait nous avons failli y passer. Plus d’une fois, Giovanni a cru voir son destin s’arrêter brutalement.
Bien sûr, la trahison venait de celui qu’on pensait sauver : Gunther n’était qu’un agent de Villhaten. Il a ouvert la porte arrière, lançant un “de la part de Vilhaten” avant de disparaître dans l’obscurité.
Hilde a subi de lourds dégâts au cours de ce combat également. À un moment, les chiens ont été rappelés d’un coup de sifflet par notre ami Gunther, et une bombe a été lancée depuis l’extérieur. Giovanni, d’un geste réflexe, l’a jetée dehors juste à temps, nous sauvant tous. Nous avons poursuivi l’agresseur. Il agonisait dans la boue, une gueule hérissée de dents béantes lui déchirant le ventre de l’intérieur.
Le matin venu, nous avons fouillé l’auberge. Le calme revenu ne faisait que rendre les choses plus sinistres : la famille d’aubergistes était, en réalité, liée à un culte de Slaanesh. Tout concordait. Ce n’était pas un simple passage sur la route. Encore une fois, le chaos était là, masqué, dissimulé sous les traits du quotidien.
Je commence à penser qu’il n’y a plus de lieu neutre. Même les tavernes perdues en pleine route cachent des abominations. Je garde l’armure sur le dos, même en sommeil. Peut-être est-ce ça, devenir soldat dans cette guerre qui ne dit pas son nom.
Dormir tranquille est un luxe. Et chaque jour, ce luxe me semble un peu plus inaccessible.