Membres : Eanur, Skaldor Le Noyé (Parti), Linus Crowley, Hakim Al Irfan, Darna Fleurd’OrCela faisait un moment que je n’avais plus consigné mes pensées dans ce carnet. Non que je m’en sois détourné par paresse, enfin, pas uniquement, mais ces derniers temps, bien des choses se sont passées, et nombre de mes compagnons ont eux-mêmes pris la plume. Je ne suis dans cette compagnie que depuis quelques lunes, mais parfois, il me semble avoir vécu autant ici qu’en plusieurs décennies passées en Ulthuan.
La journée avait commencé avec calme. Skaldor devait passer chez moi. Cette fois toutefois, pas question "d’œuvre" brassicole, censée suivre les antiques rites des prêtres trapézistes de “Karak-Trop-Loin”.Non, nous avons surtout parlé de l’affaire qui nous occupe tous les deux : la Myraeth’Sei. Je ne sais quel nom les hommes ou les nains lui donnent, et certains secrets ne devraient pas être trop clairement couchés sur papier. Mais nous avons rencontré l’un de ses émissaires, fraîchement arrivé en ville, bien qu’il semble déjà très familier des lieux… et de la Compagnie. Nos visions ne sont pas les mêmes, mais il me semble que nos objectifs finaux convergent. Peut-être aurons-nous, à l’avenir, un allié précieux en lui.
Une fois cet entretien terminé, Skaldor et moi nous sommes rendus à la Lune Rouge. Franz et Morgatha nous y avaient conviés, mais à notre arrivée, ni l’un ni l’autre n’était présent. À leur place, nous avons retrouvé Hakim, Crowley et Darna. J’ai été surpris par la chaleur que m’a procurée leur simple présence. Hakim me fascine. Il est comme un feu tranquille sous la cendre : posé, mais imprévisible. Passionnant donc. Darna, elle, m’inspire une admiration sincère. Non seulement elle me traite sans méfiance, malgré mes origines, mais elle possède une clarté d’âme rare, celle que j’avais déjà perçue chez Skaldor. Et puis Crowley… Il fait mine de n’avoir besoin de personne, et pourtant, chacun de ses actes parle en faveur d’une loyauté bien plus solide que ses paroles. Cela dit, je ne crois pas que Darna partageait entièrement mon opinion à son sujet en ce début de journée.
Elle nous a rapporté certaines rumeurs. Sa sœur aurait, selon quelques murmures, sombré dans la dévotion à Slaanesh. Mais, comme souvent, les faits sont bien plus complexes. Par respect, je ne détaillerai pas ici ce que Crowley a accepté de nous révéler. Si ce journal venait à être lu par d’autres mains que celles de mes camarades, je ne veux pas que ses aveux puissent se retourner contre lui. Sachez seulement ceci : nul parmi nous n’a, à mes yeux, plus de raisons de haïr le Maître de l'excès. Ce qu’il a partagé, il l’a fait avec difficulté, et j’en mesure la confiance.
C’est peu après cela que Morgatha fit son entrée. Elle a cherché à nous amadouer, à se montrer affable. Mais derrière ses manières charmantes et ses traits sans défaut, j’ai perçu autre chose. Elle est guidée par la peur, une peur profonde, presque viscérale. Elle veut survivre. Coûte que coûte. Les humains fuient la mort avec autant d’ardeur que les Asur fuient l’ennui. Et dans les deux cas, j’ai l’impression que cela les pousse, non que cela nous pousse à des choix funestes. Plus je vis parmi eux, plus je vois combien nous nous ressemblons. Surtout dans nos faiblesses.
Elle a fini par cesser de feindre, et nous a remis une mission : un proche de Hoffmann se trouve en ville. Il connaît sa position. Morgatha nous donne son adresse, il nous faut l’interroger. Nous avons donc pris la direction du Marktplatz. La demeure désignée était gardée par deux templiers. Fallait-il passer en force ? Tenter une ruse ? Après bien des discussions, nous avons opté pour la voie directe. Hélas, notre tentative de bluff fut pour le moins… maladroite. Nous avons prétendu agir sur ordre de Günther Der Vernichter (Mort)et Magnus Rosenlicht (Parti). Les gardes nous ont regardés comme on regarde des enfants tentant de jouer aux adultes. Ha non, pardon, ils ont braqué leurs armes sur nous. Nous avions l’air de parfaits idiots. Mais cela nous a tout de même permis d’entrer. Lethain lirael an'koriel dael, saelien veneth'anor… En substance : “Le chant ne survit que si le dernier accord est juste”.
Et c’est ainsi que nous avons été introduits devant Meinhard de Holstein. Seul contre cinq, il n’a pas tremblé. C’est dire à quel point il nous sous-estime… ou à quel point il est convaincu de notre impuissance. L’entretien fut tendu. Chacun y alla de ses reproches, de ses griefs. Meinhardt est un zélote, un homme pétri d’orgueil et de honte. Il déteste ce que Hoffmann est devenu, cela ne fait aucun doute. Mais il ne supporte pas que des étrangers à l'église puissent prétendre régler l’affaire.
Il a des informations. Mais il ne nous dira rien. Pas par méchanceté. Par principe. Par fierté. Par méfiance.
Nous devrons donc agir autrement. Sa demeure recèle sans doute ce qu’il ne veut pas dire. Il faudra s’y rendre, discrètement bien entendu.