(S01/Ep081) La course à travers la ville
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(S01/Ep081) La course à travers la ville

June 16, 2025
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Membres : Magnus Rosenlicht (Parti) Azralia L'embrasée (Partie) Norgrim Barazhunk, Yusuf Neb-Seni

J’ai réglé un problème aujourd’hui.

Un certain Dormgrun Forgépine s’est pointé devant la Lune Rouge. Un de ces hérauts de clan, raide comme une poutre, fier comme un coq de guerre. Il venait laver l’affront que j’ai fait à Duram Forgépine ce nain ventripotent que j’ai traité de lâche.

Le héraut m’a provoqué en duel, pour me prendre soit mon honneur, soit ma vie. Je ne le laisserais emporter ni l’un, ni l’autre. Je ne voulais pas me battre dans la rue comme un vulgaire voyou. Nous sommes allés à la Cage de Fer. Pas un lieu pour les duels d’honneur, non. Juste un trou rouillé où on casse des mâchoires et brise des côtes. Mais c’est là que j’ai pris l'habitude de m'entraîner dernièrement, alors ça m’a semblé évident.

Magnus, Azralia et Yusuf se sont installés dans les gradins, comme si j’avais besoin de spectateurs. Dormgrun et moi étions armés pareil, hache à deux mains, armure lourde. Sa hache portait les cicatrices de ces combats, et son acier brillait comme un serment ancien. Les miennes sont plus brutes, moins nobles mais elles font le travail.

Comme à mon habitude, j'ai ouvert le bal en chargeant. Le premier choc a failli me péter les épaules. Ce n'est pas un danseur ce Dormgrun. Il frappe comme une montagne qui tombe. On s’est rendu coup pour coup, sans compter. L’acier chantait l’hymne des combats. C’était une plainte, une promesse de douleur. Les coups pleuvaient, trop lourds pour être jolis. Des parades qui vrillent les bras, des genoux qui ploient.

Il m’a touché le premier. Une estafilade au flanc, une autre à l’épaule, puis un sale coup qui m’a entaillé les côtes. J’ai mordu ma lèvre jusqu’au sang pour ne pas plier. Je voyais flou, mes jambes tremblaient, mais mon cœur cognait encore. Plus fort que sa hache. Plus fort que sa haine. Il cognait de plus en plus fort et la colère est montée.

Mes muscles ont crié. Mes os ont hurlé. Mais j’ai tenu la hache à deux mains, et j’ai laissé tomber les mots, les pensées, tout ce qui freine. Plus de technique. Plus de feintes. Le monde rétréci à sa gueule, à mes mains, au grondement de nos souffles.

J’ai frappé. Je ne saurais dire combien de fois. Puis un coup a traversé sa garde. Ma hache a mordu. J’ai planté ma hache dans son ventre, de biais. Pas assez profond pour l’achever, juste assez pour mettre fin au duel. Il a vacillé. Mais je ne suis pas un assassin, alors j’ai tourné les talons et je suis sorti.

Si les Forgépine voulaient leur revanche, ils ont eu une leçon. 

Nous revoilà à la Lune Rouge.

Un nouveau contrat nous est tombé dessus : la tête de Yao et de Catalina Orteval est mise à prix par ce nobliau de Leopold Von Dahmen On a eu des doutes : ces gens-là sont des sympathisants de la Compagnie, et il n’est pas dans nos habitudes de faire couler le sang de nos alliés. Sur les conseils de Franz, on a décidé d’aller flairer ça de plus près, au repaire de Yao et Catalina, pour comprendre la situation et les prévenir qu’ils sont en danger.

Quand on les a trouvés à l’usine, j’étais le seul à les connaître déjà, alors j’ai présenté mes camarades. Une fois les présentations torchées, ils se sont lancés dans des palabres de politicards. Une histoire d’alliance et de retourner le contrat contre ce Von Dahmen contre lui-même.

En entrant, j’ai repéré un petit comptoir où ils servaient de la bière, et comme Azralia paraissait aussi captivée que moi par la conversation, on s’est tirés goûter leurs breuvages. Quand ils ont fini leurs discussions, Yussuf et Magnus sont venus nous récupérer.

En sortant, on s’est fait alpaguer par un miséreux. Le bougre essaye de nous faire croire qu’il a vu, de ses propres yeux, Yao et Catalina assassiner le père de Léopold Von Dahmen. Il insiste un peu trop à mon goût. Après l’avoir filé discrètement, on se rend compte qu’il a une bourse trop bien garnie pour un sans-le-sou. Assez pour nous faire flairer l’entourloupe.

On a donc pesé nos options et retenu celle de se pointer chez Von Dahmen. On va sonner chez lui, et le nobliau nous ouvre la porte. On commence à discuter du bien-fondé de ce contrat. Il s’étonne qu’on n’exécute pas simplement la tâche qu’on nous confie. Pour éviter de se faire jeter dehors, on lui sort qu’on veut d’abord jeter un œil à la pièce où la victime gît encore. À notre grande surprise, il accepte mais annonce qu’il a rendez-vous chez un notaire et doit s’absenter. Belle erreur de nous laisser fouiner seuls.

Dans la pièce, on repère des traces de lutte, un bout de tissu arraché au sol près du cadavre, et des documents à moitié calcinés dans la cheminée. Sur ce qu’il en restait, on apprend que Léopold a des dettes de jeu et qu’il comptait vendre l’usine des Arbeitsmuher ou crèchent Yao et Catalina pour éponger tout ça mais son père refusait. Nos soupçons se resserrent sur ce fils indigne. Azralia alla fouiner dans sa chambre pour trouver un vêtement troué qui collerait au bout de tissu.

C’est à ce moment-là que notre hôte revient, soi-disant pour récupérer je ne sais quoi. Magnus me lance un regard,  je pige tout de suite le manège. En plein couloir, pour bloquer la route au nobliau, Magnus me saute dessus, m’envoie ses meilleures pralines, simulant une dispute. Moi, je joue le jeu, et on se bourre la tronche de coups pendant que Yussuf balade Von Dahmen dans un bureau pour libérer le champ à Azralia.

Quand elle ressort et que Léopold s’en retourne, elle nous balance qu’elle a trouvé une chemise qui correspond pile-poil. Léopold Von Dahmen est bel et bien l’assassin de son propre père.

Un peu perdus sur la suite, on file voir Isabella Sturmf pour en savoir plus sur ces dettes. Elle n’a pas grand-chose à dire, sinon qu’il doit 15 000co de dettes de jeux.

Ensuite, direction chez le fameux notaire. Léopold devait surement y négocier la vente de l’usine. On se pointe donc chez Siegbald Spiegler.

À l’entrée, Yussuf et Magnus entament le baratin avec l’hôtesse d’accueil pendant qu’Azralia fait le tour des bureaux. Quelques minutes plus tard, une grosse voix tonne dans le couloir : “Qu’est-ce que vous faites là ?” Je déboule face au bonhomme, mes deux compères sur les talons, et je lui balance de ma plus grosse voix qu’elle est avec moi.

Visiblement impressionné, je lui sers un bobard : elle est simplette, elle cherchait les latrines. Le bonhomme, nous demande qui on est. Il m’a pris pour un notable et  il m’installe direct dans son bureau, mes camarades devenus mes suivants.

Il se présente : c’est notre notaire. Yussuf, plus habile de sa langue que moi, lui fait cracher quelques infos : un client, qu’il refuse de nommer, est prêt à payer une fortune pour cette usine qui ne vaut pas un clou selon lui.

Azralia, pendant qu’il a le dos tourné, trouve le contrat de vente et recopie la signature :

迷 龍

Impossible à déchiffrer. En dernière tentative, on file à la première boutique cathayenne pour la faire traduire. Le vendeur, tout de suite agité, file en parler à son “patron”. Pas le temps de dire ouf que les portes et fenêtres se ferment. Des gardes sortent de partout, armés jusqu’aux dents. Et là, un colosse débarque, le vendeur à ses côtés. Zang (Mort) qu’il s’appelle. Jamais entendu parler mais ça saute aux yeux, c’est pas un manant.

Il s’emporte, veut savoir où on a trouvé cette signature. Quand il nous dit qu’il sait qu’on est de la Compagnie de l’Eau Noire et qu’il menace de nous coffrer si on coopère pas, mon sang ne fait qu’un tour. L’envie de me battre me démange les poings et les jambes. Sentiment renforcé quand je croise le regard de Magnus, campé, prêt à jaillir.

Mais Yussuf, maniant les mots comme une hache aiguisée par Ikvaar, nous sort du guêpier sans qu’aucune lame ne chante. La signature ? La Main du Dragon (Inactive), une grosse organisation cathayenne installée à Ubersreik.

La tension retombe, portes et fenêtres se rouvrent, les gardes se replient, mais toujours la main sur la garde. On s’apprête à déguerpir quand un vieux sort de l’arrière-boutique. Il interpelle Magnus, lui demande son nom.

Droit comme un roc, Magnus répond “Magnus Rosenlicht”. Mais le vieux le corrige : “Non. Ton vrai nom.” Il avait flairé ses origines cathayennes, mais Magnus, visiblement, ne veut pas en dire plus. Il lâche qu’il a été adopté jeune, qu’il ne s’en souvient pas.

Et là, surprise : Magnus, d’habitude toujours serein, nous pousse dehors  visiblement plus effrayé par ce vieillard que par la quinzaine de soldats qui menaçaient de nous découper dix minutes plus tôt. Ça m’a laissé songeur.

Notre enquête s’est arrêtée là. On est rentrés à la Lune Rouge pour se réhydrater. La soif de la route m’avait râpé le gosier comme une lime et m’avait donné une soif de nain, et la Bugman m’attendait !