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(S01/Ep098) Une épée dans le c*l et du purin de troll

September 15, 2025
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Membres : Dav'azk (Mort), Linus Crowley, Hakim Al Irfan, Eanur

Attablés près du mur du fond, cela faisait environ une heure que les quatre compagnons buvaient et plaisantaient depuis leur retour à la taverne de la La Lune Rouge. Franz Lohner les observait de derrière son comptoir, un léger sourire sur les lèvres. Malgré tous les événements fâcheux de ces derniers temps, le moral restait plutôt bon au sein de la troupe.

Pour l'instant... 

Tout en continuant à essuyer ses verres, le capitaine aperçut Dav'azk se lever de table, les quatre choppes vides dans les mains et l'air goguenard. Celui-là, pourtant si borné d'habitude, pouvait se révéler être un camarade agréable et amusant selon qui lui tenait compagnie et à condition que l'alcool coule à flots, bien entendu ! 

Ayant traversé la moitié de la salle en direction du comptoir, le barbare se retourna vers la table où se trouvaient toujours les autres compagnons et lança d'une voix tonitruante :

-Hey Eanur ! Quelle pitié que votre cousine ait disparu si prestement sans même prendre un verre avec nous. Si comme vous l'dites, toutes les donzelles d'votre pays sont d'une beauté comparable, une fois fini d'être Roi, je me ferai pirate ! J’affréterai un grand Long-boat de chez moi et une horde de couillus Cimmériens pour aller piller les côtes de votre Atlhuantide à la recherche d'un tel butin !! Aha !!

Puis ricanant toujours de sa dernière trouvaille, Dav'azk se retourna de nouveau vers le comptoir et fit un grand pas avant d'y déposer lourdement les verres. Lohner en les récupérant, eut le temps de voir la mine perplexe d'Eanur à l'autre bout de la salle. Cette dernière saillie ne manquait pas de sel pour l'Asur en effet, surtout quand on savait que le barbare, bien que capable d'humour, n'avait nul conscience de l'existence même de l'ironie et donc, en toute logique, pensait sincèrement tout ce qui lui sortait par la bouche. 

De fait, les compères ici présent avaient fait la connaissance d'Akalina, la cousine d'Eanur, quelques heures plus tôt. Elle était passée en coup de vent - au sens propre – afin d'apporter un magnifique pur-sang de Ellyrion à son cousin, puis avait disparu aussi vite à dos d'aigle géant. Sa simple présence semblait avoir ébloui Dav'azk qui ne faisait, pour sa part, aucun mystère de son amour - au sens propre – pour les femmes...

En lui redonnant des verres pleins, Franz Lohner souffla nonobstant à l’infâme ''Don Juan'' qui rêvassait sur le comptoir, l'air un peu niais et repensant certainement à la belle Akalina :

-Dav'azk, c'est votre tour de rapport. Ne l'oubliez pas !

L'autre retrouva ses esprits et répondit avec un haussement d'épaules avant de faire volte-face :

-Pfff !!

La conversation autour de la table se poursuivait encore quand le barbare vint se rasseoir en maugréant une sorte de juron inintelligible dans sa langue gutturale ponctué d'un ''Par Crohn'' plein de mépris. Hakim, qui se trouvait juste en face de lui, demanda :

-Quelque chose ne va pas ?

-C'est Lohner. Ce dvorak veut encore que je fasse un autre rapport. Quelle plaie !!

-Ah ! Je vois. Je vous donne un coup de main si vous le désirez. Faisons cela immédiatement puis nous n'en parlerons plus, fit l'arabien avec un sourire tout en sortant de sa besace de quoi noter.

-Cela sera rapide en effet. Il ne s'est absolument rien passé aujourd'hui qui vaille la peine qu'on s'en souvienne !

L'arabien esquissa une petite moue sans répondre et commença à énoncer tout haut ce qu'il écrivait sur le parchemin, dessinant de belles lettres bien déliées et parfaitement tracées. 

-...S'est présenté aujourd'hui séant... à la taverne de la Lune Rouge... Armand de Bellecombe...un soit-disant chevalier errant... venu des terres de Bretonnie... recommandé à nous par le sieur Galtier d'Estouville... un ancien compagnon de la compagnie... maintenant intendant des terres de Langres... point.

-Ah oui !! C'est bien ça ! C'est bien ça ! Tu causes mieux que Lohner, mon Stygien préféré. Désormais, je veux que tu écrives tous mes rapports ! s'excita le barbare hilare.

Confronté une fois de plus à la fougue sans borne du Cimmérien, Hakim eu un petit rire gêné comme il en était coutumier et dit :

-Ugh !! Nous verrons... Nous verrons... Je continue. Cet Armand de Bellecombe... était prêt à nous rétribuer 4.000 pièces d'or... si nous l'assistions dans sa tâche... consistant à occire... une manticore dans les Montagnes Grises.

-Mordiable !! Quand je repense à la profondeur de la bourse de ce drôle, nous aurions dû l'estourbir à l'abri de la taverne et lui voler son or... et ses chausses... et tout le reste ! Tu sais, je connais un endroit discret au Teübrucke (Docks) pour ensuite le balancer dans le fleuve à l'abri des regards...

Dav'azk avait l'oeil qui brillait rien qu'en imaginant une telle perspective. Hakim, un sourcil et l'index en l'air, réussi à faire taire le barbare une seconde et placer :

-Mais vous oubliez, mon ami, que cet or n'a jamais existé.

-Comment cela, il n'a jamais existé !! Mais tu veux dire que ce dvorak était en plus de ça un menteur !!! Raaah... Par Crohn !! Je l'avais bien dit... Il portait beaucoup trop d'armure pour être honnête.

Le mage, un peu dépité que son interjection n'ait eu aucun effet car manifestement, le barbare n'avait – une fois de plus – absolument rien compris à ce qui s'était passé ce jour là, se pencha sur sa feuille et reprit son récit :

-Ce chevalier énonça même... qu'il était prêt à rejoindre la compagnie par la suite... quand il apprit que... nous menions une guerre... contre les forces de la ruine. Hélas... un petit grain de sable fit tout chavirer... et par la même nous préserva... d'un grave danger... point. Cet Armand de Bellecombe... était pétri de principes... et refusa de s'associer à nous... quand telle fut notre réponse... après que lui évoqua notre alliance avec... mhmm... certaines personnes...

Dav'azk, le nez dans sa bière, n'écoutait plus vraiment et Hakim s'était bien gardé de prononcer à voix haute le mot : Audrey Klinger ; même s'il s'agissait bien de ce patronyme qu'il avait inscrit sur le parchemin. Inutile de dire ce nom, ô combien haït par le barbare et qui, s'il l'avait entendu, l'aurait une fois encore plongé dans une de ses crises de rage interminables et dont il avait le secret dès qu'on évoquait les morts-vivants.

Se rendant compte que son compagnon ni ne parlait, ni n'écrivait plus, Dav'azk reposa son verre en disant :

-C'est fini ?

-Pas encore tout à fait mais presque. J'en suis au moment où Franz... - Hakim reprit son écriture - nous a ordonné... qu'on le suive... après son départ... car Crowley a commencé à avoir des doutes... sur les motivations... de ce... bellâtre.

-Ce quoi ? le coupa sèchement Dav'azk.

-Un bellâtre. Un m'as-tu-vu... Quelqu'un qui fait le beau et plein de principes.

-Ah non !! Ah ça, non !! J'aime pas ce mot. Et pis, je l'comprends pas, s'énerva Dav'azk. Retire-le tout de suite sinon moi j'arrête le rapport !! Je sais pas... Dis plutôt qu'il avait une épée dans le cul et qu'il se prenait vraiment pas pour du purin de troll ! Là, on sait de quoi on parle...

-Mhmm Mhmm. Pas de problème, Dav'azk, je corrige tout de suite, le rassura Hakim qui n'avait pourtant pas changé une lettre à son récit et cela eu l'effet escompté d'apaiser l'autre, qui sans poser de question replongea aussitôt son nez dans la bière.

-C'était jour de marché... et la traque fut... délicate... point. Mais grâce à mon sort d’écho métallique... je découvrais rapidement... que l'armure de ce chevalier n'était... qu'une illusion.

Le barbare maugréa à nouveau, l’œil mauvais :

-Ces Poitainiens sont décidément encore plus fourbes et sans parole que les gens d'ici. Je me méfierai d'eux et dorénavant je les déteste tous...

-Je ne crois pas qu'il s'agissait vraiment d'un Poitai... d'un Bretonnien, je veux dire. Nous avons... suivi le faux chevalier... dans une bonne partie... de la ville... Point. Rien ne semblait... l'intéresser... ni les étals... ni les victuailles... et j'ai reconnu la magie... qui le dissimulait... comme celle d'Ulgu.

L'autre l'interrompit encore :

-Ah moi, ça m'intéressait ! J'ai trouvé les poulets rôtis du Markplatz bien appétissants et la poissonnière m'a aussi fait un signe et un sourire sur la grand place. Je retournerai faire un tour dans ce quartier pour sûr !

Hakim regardait Dav'azk d'un œil désapprobateur.

-En effet, on ne peut pas dire que vous nous avez beaucoup aidés à ne pas le perdre de vue. Heureusement, qu'Eanur était là.

-Bah, en tout cas, s'il fallait castagner, j'étais prêt.

Le mage se pencha à nouveau sur le parchemin pour conclure son récit.

-Au détour d'une porte cochère... l'homme est entré dans une cour obscure... et nous redoutions tous... une embuscade. Crowley et Dav'azk sont entrés les premiers... j'ai vite suivi. L'atmosphère empestait le cadavre. Une tuile est tombée du toit... près de nous. Crowley a tiré en l'air par réflexe... mais il n'y avait rien... de visible. J'ai compris que c'était magique... et j'ai dissipé le sort... d'illusion.

C'est là que nous... avons tous vu... une chauve-souris gigantesque... mais au lieu d'Armand de Bellecombe... c'était un vieil homme sinistre... qui la chevauchait. Il s'est envolé en ricanant... et j'ai la conviction... qu'il s'agissait de Von Hel (Mort)

-Pfff !! Encore un pour Král'a... mon épée. Je lui fendrai le crâne à celui là comme aux autres, dit Dav'azk nonchalamment.

-Vous ne savez pas ce que vous racontez, mon ami. Cette chose que nous avons vu est très puissante.

-Dans ce cas, je mourrais mais l'arme à la main, par Crohn ! S'il faut se battre, je suis bien aise comme dit un adage de mon peuple. Je ne deviendrai ni glorieux, ni roi, en restant dans mon lit. Si nous recroisons cette charogne, je me jetterai sur lui.

Les deux hommes se dévisagèrent une minute. Hakim tentait de lire les yeux sauvages de l'autre pour saisir si ses bravades en étaient bien où si, là encore, il était on ne peut plus sérieux. Le barbare rompit le silence le premier :

-Cette fois c'est fini ?

-Cette fois, oui.

Un sourire réapparut sur le visage de Dav'azk.

-Tu peux m'apprendre à signer ?

-Oui, si vous voulez. Comment s'écrit votre prénom ?

-Aucune idée.

Le barbare prit la plume maladroitement dans sa main gauche et Hakim fit le tour de la table pour le guider. Le mage dit :

-Je pense que ça commence par un ''D''. Voilà... doucement... comme ça. Puis un ''A'', un ''V''. Un autre ''A'', un ''Z'' et pour finir un ''K''.

Le barbare, malgré tout ses efforts, n'avait produit qu'une masse à peine lisible de gribouillis pleine de traces de doigts et il avait aussi failli casser la plume et percer le papier en appuyant comme une brute.

Toutefois, après avoir tracé la dernière lettre, il observa ses ratures d'un air fier puis empoigna sa bière tout content et trinqua violemment son verre contre celui de Hakim en beuglant :

-Voilà encore un travail que j'ai rondement mené !! 

De la bière était renversée partout alentour, notamment sur le parchemin. Pas de doute, ce rapport-là était bien signé Dav'azk...