1. Journals

(S01/Ep106) Des Etoiles dans la nuit

October 16, 2025
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Membres : Tasaria la Valselame Sienna Magotte Thulkan Arawynn

Je terminais ma ronde sur les toits d’Ubersreik lorsque les premières lueurs effleuraient les ardoises encore froides. De là-haut, la ville murmurait pour qui savait écouter. La vie, les intrigues et les secrets, et j’observais ce chaos avec la distance d’une funambule au-dessus du monde.

Ubersreik n’est peut-être qu’un empilement d’odeurs, de cris et de commérages… mais cette ville m’avait charmé, elle est devenu  mon refuge, mon terrain de chasse et d’apprentissage. J’y ai trouvé une place mouvante, instable, mais à moi.

J’aperçus Thulkan traverser l’ultime ruelle menant à la La Lune Rouge. Il était l’heure de redescendre. Une pirouette, un toit plus bas, puis mes jambes glissant par la fenêtre de la cuisine encore vide. Une pomme volée au passage. J’entendis la porte de la taverne s’ouvrir ; j’entrai sans lui accorder un regard. Il n’était que mon binôme du jour. Rien de plus.

Franz nous exposa la mission : retrouver une relique de Nurgle, le cœur ancien d’un de ses champions. Une abomination qu’un prêtre corrompu prévoyait d’offrir aux hommes de Vilhatten Nous devions l’intercepter avant la livraison au Choeur de La peste. Un mage elfe taciturne et une strygany loquace pour une infiltration en terrain ennemi… s’il n’y avait pas eu d’enjeu, cela aurait ressemblé à une mauvaise plaisanterie de taverne.

Le trajet jusqu’à la tour fut interminable. Je parlai pour deux. Je lançai des piques, des provocations, des traits d’esprit rien n’y faisait. Thulkan semblait de marbre, indifférent aussi bien à mes mots qu’au monde. Je déteste parler dans le vide.

 La nuit tomba lorsque nous trouvâmes une clairière pour établir le camp. J’étais irritée par son silence obstiné ; il lisait encore, absorbé, comme si la mission n’était qu’un bruit de fond.Pour ma part, je me laissai aller au calme. Le feu réchauffait la fraîcheur nocturne, et les étoiles, elles, faisaient scintiller la forêt. Je me surpris alors à retomber dans une vieille habitude d’enfance : laisser mon regard suivre le ballet des constellations.

Deux étoiles, en particulier, attirèrent mon attention. Elles semblaient éloignées, presque étrangères l’une à l’autre, mais leurs trajectoires formaient un arc subtil, une rencontre inévitable au cœur du ciel. Deux chemins parallèles, distants, parfois opposés… mais qui finissent malgré tout par converger vers un même point lumineux. Peut-être que Thulkan et moi n’étions pas si différents. Je m’endormis sur cette pensée.

 C’est l’odeur du feu mourant qui me réveilla. Thulkan époussetait sa robe, prêt à repartir. Cette fois, il leva les yeux vers moi. Pas un grand geste, pas une tirade héroïque juste un regard. Clair. Présent. Je lui rendis un sourire sincère avant même de me lever. Nous rangeâmes le camp en silence. Mais c’était un silence différent. Un silence apaisé. Un silence qui, peut-être, parlait pour nous deux.

Le chemin jusqu’à la tour fut étrangement paisible, comme si la forêt retenait son souffle. Mais notre calme se brisa net en apercevant quelques Skavens massés devant l’unique entrée. Impossible de passer sans déclencher un carnage. C’est alors que Thulkan, sans un mot, leva les bras et s’éleva du sol . Avant même que je ne puisse lâcher une remarque, il m’attrapa par la taille et nous monta ensemble jusqu’aux hauteurs de la tour. Je me glissai par une brèche en silence.

 À l’intérieur, aucune lumière. Rien. Comme si la tour avait été avalée par un gouffre de ténèbres. Quand j’allumai ma lampe tempête, la première chose que je vis fut le corps d’un prêtre étalé sur le sol, déjà froid. Je sifflai doucement pour prévenir Thulkan. Il entra à son tour et d’un geste, repoussa les ombres avec ses incantations. C’est là que tout bascula.

Une silhouette émergea du noir, serrant contre elle l’objet de notre contrat : le cœur corrompu. Sienna. Notre propre compagne. Pourquoi était-elle là ? Pourquoi elle portait une relique de Nurgle ? Les questions s’enchaînèrent trop vite pour moi. Thulkan tenta les négociations, mais la halfeline semblait déterminée à garder la relique. Un contrat, disait-elle. Pour qui ? Elle ne voulut jamais répondre clairement.

Mes pensées tourbillonnaient. Comment avait-elle passé les Skavens ? Depuis quand savait-elle manipuler les ombres ?Une illusion ? Une mage d’Ulgu depuis le début ?Les pièces du puzzle ne s’emboîtaient pas. Sienna devint une énigme dangereuse. Quand elle refusa encore de céder l’objet, je ne pus empêcher le mot de traverser mon esprit : traîtresse.

Comme pour me donner raison, elle bondit vers la sortie pour s’enfuir. Je partis à sa poursuite, et  glissa une dague dans sa manche pour la stopper. Elle riait. Nous traitait de fous. Elle ne comprenait pas pourquoi nous voulions tant cette relique… elle avait l’air sincère. Vraiment sincère.

Nous tentâmes d’éclaircir la situation : les Skavens dehors, c’était elle ? Une illusion ? Thulkan et moi échangions des regards lourds de sous-entendus. Nos compagnons sont faits de secrets… mais certains commencent à devenir inquiétants.

La tension retomba un instant. Puis tout repartit de travers. Sienna tenta à nouveau de fuir. Sa magie dégénéra, incontrôlable, déchaînant une tempête à l’intérieur même de la tour. Les murs cédèrent. Nous jaillîmes à l’extérieur de justesse la halfeline et moi projetées par l’effondrement, Thulkan s’extirpant par le toit dans un dernier vol magique.

 Encore une fois, nous voulions parler. Comprendre. Mais Sienna s’enflamma aussi vite que la tour s’était écroulée. Les mots se changèrent en cris, puis en menaces. Nous sortîmes nos armes presque simultanément. Mais un autre danger arriva avant que ne coule la première goutte de sang : des cavaliers. Les alliés de Vilhatten. Nos querelles venaient de coûter cher, le temps nous avait rattrapé.

Thulkan invoqua un parterre de ronces pour ralentir les assaillants. Sienna et moi échangeâmes un regard bref  et pour une fois, nous pointâmes nos armes du même côté.

Quelques coups de lames, quelques sorts claquant dans l’air. Puis Thulkan cria. La tempête revenait. Plus vaste. Plus affamée.

    Une bourrasque me saisit, m’arrachant du sol. Sienna m’attrapa au vol mais je sentais sa prise glisser. Au moment où nous allions disparaître dans la tourmente, Thulkan nous retint d’un sort désespéré. Hélas trop faible pour nous sauver. Le cyclone nous avala tous les trois.

Quand j’ouvris les yeux, j’eus l’impression d’être tombée d’un monde à l’autre. Chaque muscle me brûlait. Je me relevai tant bien que mal.

Nous étions au cœur de la Drakwald. Dévastée. Ravagée par la tempête que Sienna n’avait pas su maîtriser. Je retrouvai mes compagnons un peu plus loin, sonnés mais vivants. La relique, elle, avait disparu. Perdue quelque part dans la fureur du vent. Introuvable.

 Nous sommes rentrés bredouilles à la Lune Rouge, où Franz discutait avec Kurt Siegel. L’affaire s’éclaira rapidement : Sienna n’était pas un agent double. Juste le résultat d’un malentendu monumental entre deux membres de L'oeil chacun ayant envoyé son équipe pour contrer Vilhatten.

Magnifique coordination.On a failli s’entre-tuer pour rien.Contrat terminé.

 Je descendis chercher une boisson au sous-sol ; mon petit prétexte pour respirer seule, et aussi garder un œil sur nos prisonniers. C’est là que je le sentis. Une présence… différente.

Avelina, le Taube Essen perdait du pouvoir. Comme si elle rétrécissait, se consumait. Un mauvais présage.

Je dois en parler à Linus Crowley au plus vite.

Si le Taube Essen faiblit, cela signifie que quelque chose, quelque part, est en train de bouger.

Et je n’aime pas ça.

Pas du tout.