-Eh ben z’n tirez des tronches là dedans. Vot’ équipe de Middenball préféré vient’i d’perdre ?
Dans la La Lune Rouge envahie par la nuit, trois visages sombres se tournèrent vers le nouvel arrivant et sa remarque observatrice mais néanmoins pas vraiment réclamée par l’audience.
Le plus frais d’entre eux, Aenur portait la poussière de la route comme on porte un nouveau vêtement à votre taille, pour un fin observateur on pouvait lire ici et là un peu de fatigue dans ses yeux, mais rien de véritablement perturbant si on connaissait le long et dangereux périple qu’il venait d’accomplir
Franz Lohner lui avait fait le périple de son lit jusqu’à la cheminée, et la seule fatigue qu’il portait était celle d’avoir été réveillé en pleine nuit, mais son regard se faisant fuyant et une ombre semblait être comme portée sur lui.
Le plus mal en point était très certainement Pieter Verstohlen, un bandage sale enserrait son bras, son manteau était déchiré, son visage était tuméfié, violet et jaune à certains endroit, du seul oeil visible se lisait la colére envers la remarque du nain, il n’allait d’ailleurs pas se priver de lui dire. mais Aenur le devança.
-Maitre Malakai Makaisson, je vous prie, prenez garde à vos paroles nous venons de très loin et avec une très mauvaise nouvelle, l’expédition du Middenland est un terrible échec.
-Quoi ils z’ont pas trouvé mon pot’ ? J’peux garantir qu’lgus est pas mort, lé increvab’ !
Verstohlen voulut surenchérir mais Aenur lui coupa encore la parole.
-Si vous permettez Pieter, je sais que ce récit est quelque peu difficile pour vous. Pour commencer Malakai, nous n’avons trouvé aucune trace de votre ami ni du poète qui l’accompagne, toute la campagne en réalité est une affreuse débâcle, les forces de ce “Vilhatten” nous attendaient en nombre, avait infiltré nos rangs et ont pu débusquer la quasi totalité de nos agents un par un.
-Quoi ? Z’ont eu tous vos gus ?
-De ce que j’ai compris, un certain nombre de vétérans de la compagnie de l’Eau Noire ici présent sont tombés au combat. Cormach Mac Mantain (Mort), Siegmeyer, Erin de Luzeres (Mort), Lothar, Jacques Lesanguin (Mort), Goorin, Galtier d’Estouville, Katherine La Voiriere, Livina Seidel, Carla Seemann, Giovanni Artigliorosso (mort)et Rico Verrezo.
-Verrezo ? L’avait pas d’ja cané 2 fois celui ci ?
-Vous connaissez l’adage maître nain, jamais 2 sans 3.
Morgatha et Alys Syrasse se sont fait capturer par le Clan Trempesang, allié à Vilhatten, les seuls survivants sont Thaïs "Trois"poings Essen qui est de retour à Ubersreik, Arkly Athathwyth, Pia Artigliorosso, Reiner Hohensteinont réussi à survivre et ..
Verstohlen à court de patience s’esclaffa.
-Réussi à survivre ? Enfin Aenur, ils nous ont sauvé la vie, vous le savez très bien, on était pris au piège dans cette souricière à cause de ce salopard de Alwin Holters qui avait pris mon apparence.
-Jamais bien pigé p’rquoi vous n’l’avais jamais topé cui-ci d’ailleurs. Un chef de cult’ sous vot’ nez, juste là quoi.
Verstohlen se calma un instant et soupira.
-Parcequ’on s’est cru plus malin que l’ennemi, on a cru pouvoir remonter la filière jusqu’à Vilhatten, on a cru que leur inaction récente était dû à un manque de ressource, alors qu’ils avaient simplement quitté la région.
Aenur continua son récit sans sembler vouloir détourner son attention de son récit :
-Quoi qu’il en soit le résultat est le même, les mercenaires nains engagés par Audrey Klinger son mort, l’ennemi a capturé l'entièreté du matériel de l’expédition, massacré ou retournés les vétérans impérial du 17eme du Nordland, tuer nos agents, et comme vous l’avez souligné : Nous n’avons pas trouvé votre pote.
-Ah ouais, ben’ la tuile quoi.
Franz Lohner attiser les braises, sans dire un mot depuis le début de la conversation il se tenait dos au groupe, son attention semblait être dirigé uniquement le foyer.
-Bon est que ce que vous vouliez Malakai ? Si c’est une rallonge pour le chantier, on peut vous renvoyer Kurt Siegel et son livre de comptes si la dernière fois vous a pas suffit.
-Nop, plus b’soin d’or, mais par Morgrim, un chantier d’ctaille ça coute bonbon hein !
Non c’tai une bonn’ nouvelle que je v’nais apporter, vot’ commande est terminé, j’veux pas m’avancer mais je crois que c’mon chef d’oeuvre. V’voulez passer le voir ?
A nouveau les trois visages se tournèrent vers un Malakai tout souriant ( des sept dents qu’il lui restait.)
Quelques minutes plus tard, le groupe avait remis leur manteau et oublié la chaleur de la cheminée pour les rues d’Ubersreik de nuit, direction le Dawihafen et cet étrange chantier caché mais néanmoins bruyant dont les habitants se plaignent depuis des mois.
Aenur, pourtant le plus en forme des trois, peinait à suivre le rythme de marche du groupe, mais étant également le seul à ne pas savoir encore ce qu’il allait voir, il manquait d’enthousiasme. Aussi ce n’était pas lui qui avait autorisé le transfert illégal de centaines de milliers de couronnes d’or du trésor impérial vers le chantier de Malakai Makaison, il manquait donc également d’appréhension sur le résultat.
-Attendez, messieurs, je crois vraiment que nous devrions parler de la suite avant toute chose, votre liste d’alliés s’amincit de jour en jour, Klinger n’a plus les moyens de continuer à apporter une aide humaine ou matérielle, les moyens classiques ont rapidement montré leur limite, votre ancienne compagnie de l’Eau Noire s’est rallié autour de Alys Syrasse et cette dernière est désormais capturé par des elfes noirs. Est ce que vous comptez aller la sauver ?
Franz Lohner s’arrêta brusquement.
-Est ce que vous savez où elle se trouve ?
-Eh bien non, pas précisément.
-Bon, bah voilà qui répond à votre question, le plan c’est de suivre la boussole de Tobias Windsträger, de trouver les 4 champions restants. Je sais pas ce que les elfes noirs et le clan trempesang ont prévu de faire avec Syrasse et Morgatha, mais je sais que Alys Syrasse n’est pas né dans ce monde pour servir d’esclave dans une arche noire, quelque chose arrivera, mais j’ai pas de pouvoir là dessus.
-Je vois. J’enverrais un rapport au commandement des patrouilleurs maritimes d’Ulthuan pour leur décrire les personnes que nous recherchons dans ce cas.
Si je comprends bien, il ne reste plus que vous et votre compagnie pour vous tenir face à Vilhatten. Vous pensez que ça suffira ? De ce que j’ai entendu, vous avez eu quelques départs, vous pensez que votre équipe est opérationnelle ?
-Faudra bien. Ils ont bien buté Von Hel (Mort) et son dragon non ?
Aenur acquiessa en silence, sans donner le moindre effort de sembler être convaincu par Lohner.
Ils se trouvaient désormais devant un gigantesque hangar, complètement clos, et gardé par des nains coriaces et furieusement sobre jour et nuit, Lohner lui même n’avait pu rentrer dans le bâtiment qu’une demi douzaine de fois, Malakai en ouvrait désormais grands les hangars en riant à gorge déployé
-Si v’zavez fini d’papoter les aminches, contemplez eul’ bête.
Aenur, peu sensible à l’art nain haussa peu ou prou un demi sourcil, Verstohlen lui lacha un juron sur le métier de la mère de Sigmar tandis que Lohner lui ne put s’empêcher de sourire, à pleine dents de son côté.
Il s’approcha et tendit la main pour toucher le métal nain appliqué à la coque et le caressa tendrement
-L’Eau Noire, enfin.
Aenur avancait pas à pas comme un visiteur venu s’abriter de la pluie dans une musée d’art moderne.
-C’est votre ancienne péniche c’est bien celà Lohner ? Je croyais que le bâtiment avait coulé au fond du Reik à Marienburg.
-Je vous confirme qu’elle a bien coulé durant la bataille contre Das Gerucht, Malakai nous a proposé une solution à base de ballast rempli d’air pour la remettre à flots après disons qu’on a un peu creusé l’idée.
-C’est à -dire ?
-Eh bien elle peut voler désormais. Enfin normalement, Malakai ?
-Faut juste un p’tit vol d’essai, mais r’bien méchant ! Mais pas d’quoi avoir peur, c’est Dawi Kalitat ça ! EH GURNDIR ! AMÈNE TOI UN PEU AVEC TON BOUQUIN LA.
Un jeune nain à l’air constamment surpris courut vers le groupe en tenant un énorme livre, en à peine 30m à le traîner, le nain arriva essoufflé.
-Gunrdir, fais nous z’y donc un p’tit récap des p’tites modifs qu’on a bricolé avec eul’ l’équipe.
-Bien sur Maître Ingénieur Makaison.
Gurndir ouvrit son énorme livre avec un bruit sourd, comme si chaque page pesait une livre entière. Il ajusta ses lunettes, se racla la gorge et commença à lire d’un ton appliqué, très naturel, comme s’il récitait une évidence parfaitement logique.
— Après récupération de la péniche au fond du Reik et établissement d’un relevé structurel complet, incluant inspection des rivetages longitudinaux, calcul des contraintes de torsion et estimation de la fatigue du métal, nous avons conclu que le blindage original en acier de Karak Hirn pouvait être conservé. La coque, malgré l’immersion prolongée, a conservé une excellente cohésion cristalline et une rigidité structurelle tout à fait acceptable selon les normes navales en cours à Barak Varr.
Il tourna une page.
— En revanche, pour des raisons de masse totale embarquée et de répartition des charges, il a été nécessaire de retirer une part substantielle de l’armement d’origine. Le grand canon naval de Barak Varr a notamment été déposé. D’après nos calculs balistiques et inertiels, son recul aurait produit un moment de bascule incompatible avec une sustentation par dirigeable. Autrement dit, au moment du tir, le navire aurait très probablement pivoté autour de son axe de portance et chuté comme une enclume. Nous en déconseillons donc formellement l’usage en configuration aérienne. Par ailleurs… il était extrêmement lourd.
Il releva brièvement les yeux, puis reprit.
— La majorité des systèmes d’armes et des pièces mécaniques étaient d’ailleurs dans un état de dégradation avancé, corrosion galvanique, fissuration des axes, grippage des engrenages. Nous avons donc procédé à un remplacement quasi intégral des composants.
Il tourna encore une page.
— Une fois les travaux entamés, nous avons installé un ballon de dirigeable à déploiement rétractable, monté sur une armature de stabilisation et un système de câblage compensé. La manœuvre complète de déploiement prend environ trois heures, peut-être un peu moins une fois que vous et votre équipage aurez acquis une certaine pratique de la manoeuvre
— Afin d’optimiser le volume interne, nous avons également réduit la surface et le confort des cabines. Cela a permis d’intégrer une infirmerie complète, une armurerie fonctionnelle, de rétablir une forge existante et plusieurs salles supplémentaires conformément à vos instructions, comme les chambres pour vos officiers.
Il tapota le livre.
— Le bâtiment est désormais capable d’opérer en milieu fluvial, maritime et aérien. Nous avons également installé un système de pieds d’atterrissage à déploiement hydraulique, ainsi qu’une rampe de débarquement terrestre également hydraulique, directement reliée au hangar principal.
Une autre page.
— La soute d’origine a été intégralement convertie en hangar à véhicules. Celui-ci peut accueillir un char à vapeur, amélioré par nos soins, bien qu’il nécessite encore des réparations conséquentes hors budget pour être opérationnel, votre diligence à moteur, ainsi que deux gyrocoptères nains biplaces.
Il toussa légèrement.
— Ceux-ci sont également hors budget pour le moment, mais nous les conserverons pour vous d’ici là.
Il poursuivit, imperturbable.
— Nous avons également installé une rampe de lancement pour le gyrocoptère lourd que vous a offert Dame Klinger. Elle permet un déploiement sécurisé depuis les airs sans risque de déchirure du ballon principal. L’appareil pourra également être récupéré directement sur le pont lorsque la péniche sera en configuration maritime.
Encore une page.
— Les moteurs ont été entièrement reconstruits. Il s’agit de mécanismes à vapeur de conception dawi moderne, à double chambre de compression et régulation thermique par soupapes compensées. Une véritable merveille d’ingénierie naine.
Il marqua une courte pause.
— Ah, et nous avons aussi installé des prototypes de canons à arc électrique. Leur principal avantage réside dans l’absence quasi totale de recul, ce qui les rend particulièrement adaptés à l’usage aérien. Ils sont très efficaces pour neutraliser des formations de harpies ou d’autres nuisibles volants.
Il ajusta ses lunettes.
— En revanche, leur utilisation en mer est fortement déconseillée, pour des raisons… hydrologiques. De plus, nous ne sommes pas encore absolument certains des risques de perforation des ballons internes ni des effets potentiels sur le personnel opérant les dites pièces d’artillerie.
Il haussa légèrement les épaules.
— Mais ils brûlent absolument tout. Et à longue portée.
Gurndir referma finalement son énorme livre avec satisfaction.
— À part cela, nous avons pris grand soin de votre bureau et de votre taverne, m’sieur Lohner.
On entendait seulement les craquements du métal refroidi et le cliquetis lointain des outils des ouvriers nains. La péniche semblait immense dans la pénombre du hangar
Lohner resta silencieux un moment.
Il leva les yeux le long de la coque, suivit les lignes de rivets, les plaques d’acier nain, les haubans du ballon encore replié au-dessus de la structure. La péniche avait l’air plus massive qu’avant, plus dangereuse aussi. Pour gagner la bataille qui l’attendait, la compagnie avait besoin d’une arme suffisante, et Malakai le Fou venait de le lui créer.
Derrière lui, le silence se fit un temps
Aenur regarda la machine, puis Lohner.
— Avec tout le respect que je vous dois… une péniche volante ne remplacera pas une armée.
Malakai haussa les épaules.
— Ouais, mais … C’tout même un sacré bateau que vous z’avez là.
Aenur observait la machine avec une curiosité prudente. Verstohlen avait croisé les bras, son unique œil fonctionnel détaillant chaque arme montée sur le pont. Même Malakai, chose rare, attendait la réaction de Franz.
Finalement Franz Lohner hocha lentement la tête.
— Bien.
Il tapota doucement la coque du plat de la main, puis il se tourna vers les autres.
— Vilhatten a massacré nos alliés, nos amis. Il a infiltré nos rangs, et retourné tout le Middenland contre nous, clairement lui et ses cultistes doivent se congratuler pensant avoir gagner la victoire
Il désigna la péniche volante derrière lui. Un sourire méchant apparu sur le visage du capitaine.
— Alors maintenant…
— EH ! C’PASL’HEURE DE FAIRE LES POÈTES, FRANZ !
Tout le monde regarda Malakai, surpris
-Maintenant qu’vous avez l’acier, les moteurs, et l’bateau, y’a pas à discutailler… Alors si vous plantez pas l’machin queq’part dans le ciel v’zaller partir lui cogner dans la gueule à lui et ses sbires. Ouais ?
Franz Lohner regarda encore une nouvelle fois la gigantesque machine de guerre. Malakai avait raison, le temps des discours était terminé, mais il ne pouvait pas s’empêcher de penser à la seule gueule de Vilhatten quand il verrait le dirigeable arriver au-dessus de lui.
-Oh ouais.