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(S02/Ep019) Là où brûlent les toiles

May 1, 2026
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Membres :  Tasaria la ValselameNorgrim Barazhunk , Ikvaar Barazhunk, Emma Silberbauer

Voler avait toujours eu pour moi quelque chose d’enivrant. Une sensation presque irréelle, C’était ça, la liberté pure. Celle que j’avais poursuivie toute ma vie sans jamais vraiment l’attraper. Et pourtant, quitter Ubersreik… avait un goût étrange.
Cette ville n’était pas censée devenir autre chose qu’un point de passage. Une escale parmi d’autres. Mais à force de combats, de nuits trop courtes et de victoires arrachées, la ville avait fini par s’imposer autrement. Comme un refuge et quitter ses murs, c’était abandonner plus que des rues familières.
     Le départ précipité de notre La Lune Rouge a balayé mes projets avant même qu’ils ne prennent forme. J’ose espérer que durant ce voyage, notre duo La Belle et la Bestiole, Emilio et moi gagnera en expérience… et peut-être en renommée.

     Je me suis installée avec Ae’ à bord de l’Eau Noire. Une décision prise presque sur un coup de tête. J’espère qu’elle me pardonnera cette familiarité. Pourtant, malgré les silences et les non-dits, je suis convaincue que ce qui nous lie est sincère. Pour occuper mes journées je me suis mise à organiser les corvées de cuisine. Cela peut sembler ennuyant mais je me plaisais à imaginer des spectacles culinaires alliant agilité et précision. Et puis, si je peux transmettre cela à mon frère Jole Tsekin un jour, ce ne sera pas du temps perdu.  J’étais justement plongée dans la préparation du repas du soir, entourée de couteaux, d’herbes et d’un désordre que je qualifierais de “créatif” lorsque Franz est venu frapper à la porte. Il me demanda de le rejoindre immédiatement dans le bureau des capitaines. Je n’ai pas pris le temps de ranger. 
J’ai retrouvé Norgrim, Emma et Ikvaar. L’atmosphère était lourde, tendue avant même que les mots ne soient prononcés. Heureusement qu’Emma était là sinon je serai vite retourné à ma cuisine plutôt que de faire équipe avec Norgrim. Franz, assis derrière son bureau, est allé droit au but : Akalina avait été capturée par des araignées géantes. Il avait déjà un plan. Une équipe d’assaut, transportée par gyrocoptère devait frapper directement le nid. Et puis… il y avait nous, la ...diversion.
      Notre rôle était simple en apparence : attirer les araignées hors de leur repaire, semer le chaos, en éliminer un maximum pour alléger la pression sur l’équipe principale. Nous ne serions pas seuls, un chevalier nommé Sir Alard de Montfaucon devait nous accompagner. Celui-ci avait été libéré des araignées par mes compagnons il y a quelques heures. 

       Nous n’avons pas perdu de temps et embarqués dans la diligence conduite par Emma nous avons rapidement atteint le camp de bûcheron près du nid.
Ikvaar a décidé de poser plusieurs pièges à loups. Après analyse, certains anciens monts pouvaient servir d’armes improvisées une fois les araignées prises au piège. Nous avons rapidement repéré une éclaireuse en hauteur, mais nous avons fait semblant de ne pas la voir. Je sentais déjà son regard sur nous, une sensation désagréable. Comme si elle attendait juste le bon moment. 
Nos hésitations duraient trop longtemps. Sir Alard voulait nous mener directement au nid. Le plan était simple : attirer les araignées hors de leurs tanières, les forcer à sortir et en abattre le plus possible. Pourtant, aucun de mes compagnons ne semblait prêt à faire le premier pas.
        Emma a eu l’idée de placer la diligence au plus proche du nid, déjà tournée vers la sortie pour faciliter une fuite rapide. Elle pense toujours à ce genre de détails. Pendant que nous avancions, je suis passée sous le regard de l’éclaireuse et je lui ai offert une révérence exagérée. Le but était de les provoquer. De les énerver. Et je comptais bien leur offrir une représentation digne de ce nom. Le chemin jusqu’au nid était étroit et sinueux. Quand nous avons aperçu la tanière recouverte de toiles, mon sang s’est glacé. Des araignées de toutes tailles grouillaient partout. Certaines avaient déjà réussi à capturer Akalina. À cette pensée, j’ai senti un frisson me parcourir. Mais je n’ai pas reculé. J’ai sorti une poignée de feu rapide et l’ai jetée dans les airs. Une étincelle. Puis le feu. Un immense buisson s’est embrasé d’un coup. Le combat a commencé immédiatement.

       Emma et Ikvaar ont fait des merveilles avec leurs explosifs. Moi, j’ai aperçu de petites araignées se rapprocher dangereusement de nous. La situation devenait compliquée. Norgrim, après avoir abattu une énorme créature, a commencé à se replier vers la diligence avec Emma.
Je me suis retrouvée face à une araignée gigantesque avec Ikvaar. Je suis passée entre ses pattes pour lui ouvrir une voie d’attaque. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il allait sortir de ma poitrine. Mais le pire était encore devant nous.
D’autres arrivaient. Emma et Ikvaar ont pris un flanc pendant que Norgrim dégageait un passage sûr à travers les ronces. J’ai profité du chaos pour prendre un autre chemin et soutenir la lieutenante et Ikvaar avec mes couteaux. C’est là que j’ai aperçu un autre groupe. Six ennemis qui fonçaient vers la diligence. Et avant même que je puisse réagir, Norgrim était déjà sur eux.
         Ce nain est complètement suicidaire. Le chevalier était grièvement blessé. Emma et Ikvaar tenaient à peine debout. Emma esquivait les coups avec agilité tout en courant vers la diligence pour essayer de la démarrer. Ikvaar, voulant la couvrir utilisa une de ses inventions : une grenade modulaire qui incendia plusieurs araignées avant qu’il ne se mette à sprinter vers elle.
Ils étaient en sécurité. Du moins pour l’instant.
        Mais je ne pouvais pas abandonner Norgrim. Il est un de mes seuls amis. Même après les insultes qu’il a crachées sur ma famille dans son dernier rapport. Même après cette blessure qu’il m’a laissée au fond du cœur. Je ne pouvais pas le laisser mourir seul face à six araignées. Nous venions déjà de perdre Dav’azk. Norgrim ne serait pas le prochain.
        Je n’ai pas la force pour encaisser les coups. Mais je suis rapide. Alors j’ai couru. Guidée par quelque chose que je ne comprends toujours pas, je me suis précipitée vers lui. Au passage, j’ai tenté de réveiller le chevalier bretonnien de son coma pour qu’il nous aide. Puis j’ai attrapé Norgrim par l’épaule et me suis placée devant lui.
Je ne savais pas vraiment ce que j’étais en train de faire. Je savais seulement que je refusais de le perdre. J’ai esquivé les mandibules et les pattes dans une danse mortelle. Chaque mouvement pouvait être le dernier. Puis j’ai aperçu une ouverture et j’ai couru vers la diligence aussi vite que possible. Norgrim avait profité de ma couverture pour écraser brutalement la dernière menace.
En arrivant près de la diligence, nous avons vu Emma lutter pour la démarrer pendant qu’une petite araignée essayait désespérément de l’atteindre. Mon couteau et une hache naine lancés en pleine course ont suffi à la stopper.
Enfin, la diligence a démarré. Ikvaar avait atteint le point de ralliement. Nous avons quitté les lieux à toute vitesse en direction de Brévalbois.
Et au final… nous avions fait bien plus que simplement faire sortir les araignées de leurs tanières. 

De retour à l’Eau Noire, Norgrim a immédiatement commencé à m’agresser pour savoir ce qu’il s’était passé. Comme si je lui avais fait autre chose que sauver la vie après qu’il ait encore tenté de jouer les héros. Sa colère m’a prise de court. J’avais risqué ma peau pour lui et voilà comment il me remerciait.
Il était vraiment trop idiot pour comprendre que le suicidaire, ce n’était pas moi. C’était lui.
        Peut-être que j’aurais dû le laisser mourir là-bas à vouloir jouer le sauveur.
        Alors que le ton montait, Ikvaar décida de s’en mêler. Il me cracha plusieurs insultes en khazalid. Je ne comprenais pas chaque mot, mais je comprenais largement l’intention. C’était méprisant. Violent. Blessant. Je restais là à encaisser leurs reproches après avoir voulu sauver un ami.
Unis nous triomphons. C’est pourtant ce qu’ils répètent sans cesse. Mais maintenant, c’était moi la fautive. Je devais être trop individualiste quand je pense à moi, mais irresponsable quand je risque ma vie pour sauver quelqu’un qui avait pourtant insulté ma propre famille peu de temps auparavant. Leur logique m’échappait complètement.
Alors je les ai laissés à leurs cris et à leurs reproches. Je suis partie avec toute la dignité que je pouvais encore conserver. Mais le coeur lourd. Je ne pensais pas m’attacher à mes compagnons encore moins à un nain bourru. Mais notre dispute me pesait plus que je ne le laissait paraître.
En m’éloignant, j’ai entendu Emma tenter de raisonner Norgrim. 
        Elle au moins, était restée silencieuse pendant leur crise. Mais cette scène m’avait épuisée. J’en avais assez des enfantillages, des reproches et des hommes incapables de regarder leurs propres fautes.
        Je me suis arrêtée au bar et j’ai pris une bière ainsi qu’un jus. Puis je suis remontée dans ma chambre avec une seule envie : me plaindre de la débilité des frères Barazhunk à Ae’.