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(S02/Ep027) Les Vents de Magritta

May 21, 2026
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Membres : Darna Fleurd’Or Eanur, Tasaria la Valselame Akalina

Les voyages commencent à se ressembler. Des routes poussiéreuses, des chevaux qui sentent plus mauvais que certains gobelins et des compagnons qui trouvent toujours un moyen de se jeter dans des ennuis qui ne les concernent pas.
Pourtant, je dois reconnaître que l'Estalie possède un certain charme. Les maisons blanches, les grandes places baignées de soleil et l'air marin sont bien plus agréables que certaines contrées boueuses que nous avons traversées.
À notre arrivée à Magritta, nous avons été accueillis par l'évêque Eveque Ortega de Velasco, ancien compagnon de Franz Lohner. Il est ici pour répandre la parole de Sigmar dans un pays qui préfère largement écouter Myrmidia. Ortega nous a fait visiter la ville et nous a raconté l'histoire de Lazaro, dont la statue domine une place importante de Magritta.
Selon lui, Lazaro n'était qu'un simple berger avant la fondation de la cité. Une nuit, le ciel se déchira sous une brume rouge dont émergea un démon de Khorne. La créature massacra tout sur son passage. Alors que tout semblait perdu, Myrmidia parla à Lazaro et lui indiqua comment vaincre le monstre. Armé d'une simple lance trouvée au sol, il attira le démon dans un passage étroit entre deux falaises et, guidé par la déesse, lui planta sa lance en plein cœur.
La ville fut construite à l'endroit même où le démon tomba.
Ortega expliqua également pourquoi l'Estalie n'a jamais été unifiée. Contrairement à l'Empire ou à la Bretonnie, aucun grand roi n'est jamais venu imposer son autorité sur l'ensemble du pays. Selon lui, unir l'Estalie serait comme demander à un nain d'être poli.Pour une fois, j'étais parfaitement d'accord.
Nous apprîmes également l'existence des grandes écoles d'escrime locales. La Rose d'Acier, à laquelle appartient Don Esteban de Vargas, défend l'idée que « la lame sert l'honneur ». Leur principal rival est la Casa de la Lame Noire, fondée par d'anciens mercenaires pour qui la survie compte davantage que les beaux discours.
Après un moment à écouter toutes ces histoires d'escrimeurs, j'ai récupéré un bâton abandonné et commencé à imiter les duellistes estaliens. J'ai naturellement défié Eanur sous les regards amusés de plusieurs membres de la compagnie.
Puis quelqu'un prononça mon prénom.Une voix familière, venue d'un lointain souvenir. Je me suis retournée et j'ai reconnu Dragan Stanek (Triple Stankhe), l'homme qui m'avait sauvé la vie lors de mon premier contrat à Ubersreik. Je ne m'attendais absolument pas à le revoir ici. Il m'expliqua qu'il avait essayé de me retrouver depuis notre dernière rencontre. J'ai naturellement fait semblant que cela ne me touchait pas le moins du monde. Je suis une professionnelle. Il proposa de m'inviter à dîner. J'ai trouvé préférable de ne pas accepter immédiatement. Principalement parce que je sentais déjà le regard de Darna posé sur moi.
Nous avons alors commencé à discuter des duels à venir et à prendre des paris. J'ai parié sur Don Esteban. Dragan, lui, sur son adversaire, Don Alejandro de Salazar. Les règles étaient simples. S'il gagnait, je lui devais un dîner. Si je gagnais, il devait cesser de me chercher. Avec le recul, je reconnais que cette condition était particulièrement stupide. Darna semblait d'ailleurs beaucoup trop amusée par toute cette situation.
Nous avons ensuite rencontré Don Esteban de Vargas. L'homme semblait déterminé à remporter son duel afin d'obtenir la main de Doña Isabella de Montoja. Son rival, Don Alejandro de Salazar, nourrissait visiblement les mêmes ambitions. Comme toujours, une histoire de nobles et de mariage.
Eanur eut également droit à son propre duel lorsqu'un individu particulièrement désagréable nommé Ernesto Fonseca décida de le provoquer devant une foule entière. L'homme semblait incapable de respirer sans provoquer quelqu'un. Le duel fut néanmoins intéressant. Ernesto possédait une technique solide mais compensait son manque de finesse par une agressivité permanente. Eanur utilisa sa rapidité naturelle et finit par l'emporter. Voir la tête d'Ernesto après sa défaite fut probablement l'un des moments les plus agréables de la journée.
Le duel principal eut ensuite lieu. Don Esteban triompha de Salazar et partit immédiatement demander la main d'Isabella. Akalina alla même jusqu'à soigner les blessures de son adversaire. J'ignore encore pourquoi. Après la victoire d'Esteban, Dragan vint me retrouver. Fidèle à notre accord, il déclara qu'il respecterait le pari. J'aurais dû me contenter de cette victoire. À la place, je lui ai répondu que je lui avais simplement demandé de ne plus me chercher. Je n'avais jamais dit qu'il lui était interdit de me croiser par hasard à Ubersreik. Purement par hasard. Évidemment.
J'appris également qu'il devait bientôt rencontrer Franz et Inge afin d'intégrer la compagnie comme espion. Darna lui promit même de le recommander auprès des capitaines.
Je suis restée parfaitement indifférente à cette nouvelle. Puis nous sommes rentrés à bord afin de nous reposer. Je m'endormis après avoir passé toute la soirée à essayer de faire boire de la bière à Ae'.J'étais profondément endormie lorsque quelqu'un frappa à la porte. Ae' n'était pas dans son lit, mais elle n'aurait jamais pris la peine de toquer.Je me levai aussitôt, sur mes gardes. Était-ce Dragan qui venait me trouver ? Quelle ne fut pas ma surprise et ma désillusion  lorsque j'aperçus Ortega de l'autre côté de la porte, l'air paniqué.
Il m'expliqua que Don Esteban avait été attaqué. Pire encore, Dona Isabella avait disparu. Je partis rapidement chercher mes compagnons et nous nous hâtâmes jusqu'au temple où se trouvait Esteban. Les soupçons se portèrent rapidement sur Salazar. Il semblait qu'Esteban ait été attaqué à six contre un. Personnellement, je considérais que cela justifiait une réponse immédiate et particulièrement violente. Akalina estimait qu'il fallait réfléchir avant d'agir. Une idée profondément décevante. Nous avons donc suivi la piste des ravisseurs jusqu'à un ancien relais de poste où leur diligence semblait immobilisée pour des réparations. 
Afin d'obtenir davantage d'informations, je suis montée sur le toit du bâtiment et ai observé l'intérieur par une trappe. J'y ai repéré trois hommes occupés à réparer la diligence. Un quatrième travaillait à l'intérieur du véhicule, tandis que des rires provenaient d'un bâtiment voisin. Akalina me rejoignit sur le toit afin d'observer la situation. Nous avons décidé que j'allais faire diversion. À vrai dire, cela n'étonne plus personne. Pendant que j'occupais leur attention, mes camarades essayèrent de se faufiler jusqu'à la maisonnette d'où provenaient les rires afin de retrouver Doña Isabella.
Mon petit numéro commença. Profitant de cette distraction, ils purent approcher discrètement et repérer la jeune femme. D'après ce qu'ils m'ont raconté, elle ne semblait ni attachée ni menacée. Depuis mon perchoir, il m'était impossible de voir ce qui se passait à l'intérieur. Je passai donc à la seconde partie de mon plan, en jouant sur leur ego.
Je finis par attirer Salazar et plusieurs de ses hommes hors de leur cachette. Mais le temps nous manquait. Ils embarquèrent Doña Isabella dans la diligence. Darna croisa le regard de la jeune femme. Malheureusement, celle-ci vendit la mèche et révéla la présence de la naine à ses ravisseurs. Notre prêtresse n'eut d'autre choix que de feindre l'ivresse afin de sauver les apparences. Je sentais la pression monter. Je me déplaçai discrètement, prête à bondir sur le toit de la diligence. Le ton montait. Le temps filait. Notre marge de manœuvre se réduisait à vue d'œil.
C'est alors qu'Akalina entra en scène et tenta de raisonner Salazar ainsi que sa promise. Après un discours enflammé, Salazar prit une décision qui nous glaça tous. Il tenta de mettre fin à ses jours. Seule Darna réagit assez vite. Grâce à ses prières, elle accomplit ce que je pensais impossible.
Alors que ses psaumes résonnaient avec une intensité croissante, Salazar fut enveloppé d'une douce lumière. Puis il rouvrit les yeux. Vivants. Ce n'étaient pas les yeux d'un mort-vivant. C'étaient bien ceux d'un homme revenu à la vie. Nous restâmes tous abasourdis devant un tel miracle.
Nous avons ensuite reconduit le Dona Isabella auprès de son amant bléssé avant de rentrer au dirigeable, qui reprenait déjà de l'altitude.
Après un passage au bar, je sortis prendre l'air afin de repenser au miracle de Darna. C'est alors que j'assistai à une scène tout aussi marquante. Franz se tenait seul sur le pont, tout à l'avant du dirigeable. Une urne reposait entre ses mains. Sans prononcer un mot, il dispersa les cendres de Davazk dans les vents d'Estalie.
Je ne suis généralement pas très attachée aux cérémonies. Les morts sont morts. Les vivants ont rarement le luxe de s'attarder longtemps sur leurs regrets. Pourtant, cette fois-ci, personne ne trouva quoi dire. Les cendres s'élevèrent lentement dans le ciel avant d'être emportées au-dessus des terres estaliennes. Pendant quelques instants, il n'y eut plus de duels. Plus de querelles. Plus de nobles ridicules ni de brigands. Seulement le souvenir d'un compagnon qui avait partagé notre route. Franz déclara que Davazk était revenu une dernière fois en Estalie. Je crois que c'était une belle façon de lui dire adieu.
Quant à Triple Stanek — ou Dragan, puisque c'est ainsi qu'il semble préférer être appelé — il est possible que nos chemins se croisent de nouveau prochainement. Je lui ai demandé de ne plus me chercher. Heureusement pour lui, je n'ai jamais rien dit concernant le hasard. Et, pour une fois, je crois que cela me convient parfaitement.