Membres : Vraag Dévore-moile, Akalina, Isabella Sturmf Arkady MoroshkinIkvaar Barazhunk
La brise saline se mêle aux odeurs âcres de tripes de poissons au fond des bassines et au parfum acidulé des citrons aux couleurs émeraudes qui luisent sous la lueur orangée du soleil levant. Les immenses pontons qui constituent les rues de la cité pirate de Sartosa craquent sous le poids d’une immensité de colère rassasiée. Braag pénètre dans l’arrière-salle du QG temporaire de l’Eau-Noire, Tapetharat dégoulinante encore de sang poisseux et des morceaux de fourrure. Dans une atmosphère étouffante et poisseuse, des monceaux de carcasses de poissons sont débitées brutalement, leurs abats mis à mariner dans des seaux de fortune, des braises fument des crustacés divers. Vraag fredonne un chant traditionnel tandis qu’il s’affaire à travailler ces nouvelles saveurs ; il écoute distraitement le récit que le Buffle solitaire lui conte avant de partir se reposer, non sans embarquer une poignée de crabes et de coquillages à grignoter.
La brise saline se mêle aux odeurs âcres de tripes de poissons au fond des bassines et au parfum acidulé des citrons aux couleurs émeraudes qui luisent sous la lueur orangée du soleil levant. Les immenses pontons qui constituent les rues de la cité pirate de Sartosa craquent sous le poids d’une immensité de colère rassasiée. Braag pénètre dans l’arrière-salle du QG temporaire de l’Eau-Noire, Tapetharat dégoulinante encore de sang poisseux et des morceaux de fourrure. Dans une atmosphère étouffante et poisseuse, des monceaux de carcasses de poissons sont débitées brutalement, leurs abats mis à mariner dans des seaux de fortune, des braises fument des crustacés divers. Vraag fredonne un chant traditionnel tandis qu’il s’affaire à travailler ces nouvelles saveurs ; il écoute distraitement le récit que le Buffle solitaire lui conte avant de partir se reposer, non sans embarquer une poignée de crabes et de coquillages à grignoter.
Après des jours à arpenter cette étrange île-ville, me voici donc appelé à remplacer Braag ; tant mieux, j’ai besoin de comprendre comment vivent ces gens. Ma cuisine ne semble guère plaire aux locaux ; j’ai pourtant visité leurs établissements - enfin ceux qui voulaient bien de moi ou pouvaient supporter mon impressionnante stature - et j’ai goûté leurs mets. J’ai dévoré leurs grillades tiléennes, leurs ceviche estaliens, et ces généreux plateaux de fruits de mer frais ou cuits à la vapeur. De la chair grillée au goût salé, des mollusques et des insectes de mer braisés, des assortiments de salé et de fruits sucrés ou acides. Rien qui ne sorte de la normale des cuisines de minus. Peut-être qu’il faut cuire plus longtemps les viandes et fumer les carcasses… Mais je suis sûr que faisander quelques poissons à chair grasse devrait fonctionner aussi…
Enfin bref, j’ai besoin de sortir de mon atelier et parcourir à nouveau leurs étroites rues de bois flotté. J’accompagne un groupe de nouveaux compagnons sortis faire des emplettes. Comme à chaque fois avec les minus, commercer poliment est compliqué ; je parle un parfait Reikspeil, je connais même les formes idiomatiques du halfling. Mais pour les minus, plus on est fort moins on est malin. Cette étroitesse d’esprit n’est guère surprenante à la vue de la taille de leur boîte crânienne. Il y a une sagesse dans un crâne de bœuf qu’on ne retrouve pas dans celle d’un chien fou. Je ne parviens donc pas à acheter mes quelques marchandises, heureusement l’étrange prêtre kislévite intercède avec les stupides marchands avant que mon estomac ne décide à ma place.
Alors que le groupe se sépare, je m’installe au bord d’un ponton et je pars récolter des crustacés et des coquillages pour le bouillon. Arkady semblait vouloir se fondre au plus vite dans la population, ce vieil humain n’est pas dans le sud du Vieux Monde pour rien, il est en quête ; pour son Dieu ou pour lui-même, aucune idée cela ne me regarde pas. Plus discrète encore est cette étrange elfe, Akalina je crois. Fragiles autant que habiles, ces fines créatures ne m’ont jamais intéressé ; des millénaires pour développer une culture culinaire moins savoureuse que sophistiquée, un gâchis. Me voilà donc à retrouver le taciturne “naingénieur” et artificier Ikvaar affairé autour d’étranges mécaniques, c’est un artisan comme moi mais son matériau est de fer et de bois alors que le mien est de chair et de tripes. Je lui adresse un sourire sans un mot le laissant à ses affaires et m’apprête à lancer le bouillon quand on nous sommes de retrouver Isabella à la taverne du The Salty Whale pour assurer la protection du “Le Cartographe (Marissa Salazar)”. L’histoire de Braag me revient alors que laisse mijoter sous les braises les étrilles et bigorneaux broyés avec du sel grossier, des pelures de citrons et du sang de poulet.
En arrivant au Salty Whale, j’aperçois l’aisance de cette Isabella à échanger avec les locaux, une aisance quasiment naturelle… Serions-nous dans sa ville natale ? En tout cas, ce n’est pas une étrangère en ces lieux. L’établissement est confortable pour les minus et ma présence ne paraît pas déranger ; l’odeur de grillades et de rhum embaument délicieusement l’air chaud du début de soirée. On me laisse même manger des écrevisses disposées sur des plateaux à disposition. Enfin, je pense… en tout cas personne ne s’oppose à ce que je m’assoie au sol et rassasie ma glorieuse panse de ces gros insectes marins. Le père Arkady, Akalina et le naingénieur Ikvaar s’installent à une table alors qu’Isabella s’entretient en privée avec une personne aux allures de prince de la pègre plus que d’érudit.
Nous sommes conviés finalement tous autour de la table et la Cartographe nous propose une extension de contrat. Pas des moindres, oeil pour oeil… Non seulement nous allons la protéger de son ennemi, l’amiral skaven - à croire que la chaleur de ces îles fait tout accepter à ces minus - mais elle veut que nous débarrassions de lui.
Akalina, sous couvert de son prétendu grand âge, se rebiffe et souhaite plus d’explications. Elle n’a pas tord mais manque cruellement de politesse à l’égard d’un client. Vieille mais peu professionnelle… Cela nous permit toutefois d’apprendre que la Cartographe aurait d’abord trahi le Rat avant que celui-ci ne décide de la faire assassiner. Chez les pirates, la parole vaut moins que l’or paraît-il.
Nous finissons par accepter de faire les dératiseurs - le prix de 5000 couronnes d’or a aidé - mais pour ce faire il convient de prendre un frêle esquif car son terrier est aux abords de la cité pirate. Alors que Arkady propose que nous nous tournions vers Black Baud, est décidé de ne pas perdre de temps, un rafiot de la Cartographe, l'Écharde, nous est prêté et Isabella sera notre capitaine.
Mon avis est que cette étrange bout de femme tient moins de la mercenaire que de la contrebandière, sans compter que les relents des Vents de Magye l’entoure, un drôle d’oiseau…
Pendant que les minus manoeuvrent les voiles, cordes et autres étranges mécaniques pour que ces planches de bois nous amènent à destination, je pars à la cave. Mais très vite je les entends s’inquiéter, les alentours de l’îlot artificiel servant de base à cet “Amiral” est encombré et piégé. Je repère une étrange masse mécanique qui passe sous notre ligne de flottaison. Les minus ne s’en inquiètent pas particulièrement, peut-être est-ce normal… Je reste sur mes gardes et tente en vain de canaliser les relents de la Gueule. Surtout, il serait temps de prévoir un plan. Ils hésitent. Je propose que nous rencontrions ce skaven puisqu’à Sartosa tout se négocie et que dès que nous nous trouvons devant lui, on lui explose sa face de rat. Simple et logique, ces créatures fuient dès que leur chef meurt, d’autant que je me vois mal infiltrer une base navale de bois pourri sans connaître le nombre et l’équipement des forces en présence. Arkady doute de ce plan “osé”, je le comprends d’autant qu’il est vieux et petit. Je leur dis que je me soumettrai à leur plan quel qu’il soit mais que j’aurai besoin d’être prévenu de quand il faudra défourailler dans le tas. Comble de la surprise, c’est l’idée générale de ma proposition qui est adoptée avec des subtilités de minus mais bon, reste que on le rencontre en l'appâtant et on le bute. Afin d’attirer leur attention, nous nous installons sur une plage face à leur îlot et on fait un grand feu de joie. Akalina part dans les fourrés, besoins d’elfe…
Rapidement une barque composée de créatures geignardes approche et une petite créature vocifère. Les négociations s’engagent mal car les minus n’ont pas décidé qui présentera le plan.
C’est finalement de manière cacophonique que Ikvaar réclame audience appuyé d’Isabella. Arkady reste en retrait ; je pense que le vieux prêtre n’est pas confiant dans l’idée de se jeter au cœur de la gueule d’une horde skavens sans échappatoire. Je reste calme en fumant ma pipe. Le skaven renifle l’air, s’inquiète d’un guet-apens. Le rat ça fonctionne à la flatterie et à la menace. Je rote, mon ventre gargouille, il couine intimidé, Ikvaar insinue qu’il aurait peur et le tour est joué. Nous sommes amenés devant leur chef.
La base est une grande structure de plateformes de bois reliées par des ponts. La plateforme centrale massive a un toit composé du squelette d’un pachyderme marin. Etonnante esthétique mais il faut reconnaître l’ingéniosité de ces rats. Quelque chose me chafouine, nous ne sommes pas escortés par la myriade de créatures que je supposais. C’est louche. Où se trouve l’équipage ?
Finalement, alors que nous attendons devant la grande structure - un endroit très exposé - le rat “Amiral” est annoncé en trombe. Il est minuscule accoutré comme un pirate avec une jambe de bois et un grand chapeau bien trop grand. Si je peux, je prendrai son chapeau…
Il attend d’être acclamé, je baisse lentement la tête en sa direction alors qu’avec ironie Arkady applaudit lentement. Cela lui suffit et il commence à piailler. Habilement Ikvaar nous présente comme des voleurs du bateau de la Cartographe et que nous aurions des secrets à révéler qui lui donnerait un avantage dans sa querelle. C'est pour cela qu'il se présente comme "naingénieur" sans doute... Usant flatterie et insinuation sur une possible couardise de sa part, Ikvaar parvient à nous isoler avec le rat tandis que ces rares sbires partent chercher quelque chose.
Tandis que le rat digresse sur les raisons de sa vendetta, je jette un coup d'œil à Isabelle et une fois un regard entendu entre nous, je m’avance. Le rat veut manger un oeuf de demi-griffon, or la Cartographe lui aurait livré un simple gros oeuf. En d’autres circonstances nous aurions pu discuter de comment il comptait le préparer ; de toute façon l'œuf n’est pas en sa possession je parlerai de cela avec la propriétaire. Je m’avance en le questionnant sur l'œuf avant de me jeter sur lui. Il me suffit d’attraper son cou menu et de le briser comme une branche.
Las, la créature est aussi pathétique que vive. Ma poigne agrippe le vent et, dans un couinement apeuré, le piège de la petite créature se referme. Dissimulés des tireurs nous prennent pour cible. Tout devint violence, flammes et brouillard. Ikvaar dégaine ses pistolets et charge le rat tandis que des incendies se déclenchent au loin. En réalité, Akalina nous a suivi discrètement et elle vient d’entrer en scène nous couvrant en abattant les tireurs embusqués. Je renverse un imposant brasero après avoir rendu mes mains insensibles aux effets des éléments, c’est l’heure de la rage guerrière, du feu et du sang. Mon estomac se tord de plaisir. Au milieu des tirs de projectiles verts qui crépitent, des globes de verre se brisent et dégagent un nuage étouffant. Je saisis un grigri mais soudain un rat aux dimensions des plus honorables surgi. Braag m’avait parlé de ces créatures que les minus appellent rat-ogres. Je dois leur reconnaître que cette monstruosité est digne d’être comparée à la race des écraseurs-de-géants. Je vois mes compagnons combattre avec vigueur mais mon esprit est embrumé. Le rat tente de s’enfuir mais je ne peux leur prêter main forte tant mon adversaire est vif ; il esquive mes attaques parfaitement.
Soudain, il disparaît brutalement, mon esprit est bouillant et mes entrailles se tordent comme lors d’une indigestion délirante. La Gueule refuserait-elle ce repas ? Je méditerai sur cela.
Des dizaines de skavens grouillent et commencent à nous encercler. Ils seront broyés à coups d’attendrisseur à viande ou découpés à coup de sabre. Alors que l’Amiral tente de se jeter dans l’eau, une flèche le cloue au ponton. Akalina ne veut pas perdre cette proie. La victoire semble à portée de main, Ikvaar se jette sur la misérable créature pour la débiter en morceaux grotesques. Mais des rafales à très hautes vélocité criblent la zone frappant de plein fer le père Arkady. Profitant de notre inattention, l’Amiral parvient à briser la flèche et tombe dans l’eau où un “sous-marin” - étrange machine rouillée - l’attend. La mer grouille de vers et l’incendie dévore la structure. En voyant leur chef ainsi quitter le pont, les rats fuient dans l’eau au péril de leur vie pathétique. Nous aussi devons fuir l’incendie.
C’est donc avec un goût amer des morsures de vers et d’écorchures de coquillages que nous retournons à l’Echarde. Lot de consolation, Akalina nous assure qu’avant de quitter la base en proie aux flammes, elle a décoché une “flèche de corrosion”. Endommagé de la sorte, la machine coulera corps et bien mais il est possible que les rats survivent à cela.
Je m’attendais à ce que nous ne soyons pas payés. Nous devions tuer le rat et nous revenions bredouille. Pourtant, aux 5 000 couronnes prévues, nous recevons tout de même 4 000 couronnes. La destruction de la base de l’Amiral et les dégâts causés à son engin semblent satisfaire la cliente. Je ne comprends rien aux minus ni à ces subtilités. Si le client est content et paye cela me va. Surtout si nous sommes engagés à nouveau pour finir le travail. Payer deux fois pour un service, aucun tyran ogre n’aurait accepté ça mais les pirates minus…
Quand je vais raconter à Braag tout cela. Il ne loupera la prochaine occasion de faire de la mélasse de ces rats. En attendant, je vais devoir adapter mes rituels à ce climat car l’air marin semble perturber mes chants stomacaux.