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S09 - Jeux de mains, jeux de vilains

January 21, 2025

Journal de bord d'Ernest pour rien oublier N°71 : Les villageois possédés de Mitpazul

9 Mai 237


Une fois la bande de malandrin mise en déroute, la pression retombe sur Cascabell. Les 4 paysans dans les pommes sont emmenés avec soin dans la cahute qui sert d’hospice au village, et une question reste en suspens: que faire de l'énergumène que je viens d’assomer ? Olor a dû sentir ma perplexité face à ce poids mort d’au moins 80 kilos ficelé comme un jambon car je le vois débarquer l’air guilleret bien décidé à le faire parler rapidement. Mais pas n’importe où ! On nous invite à prendre place à l’auberge, le tavernier nous offre même la première tournée pour nous remercier de notre aide.


(Petite aparté sur ce tavernier, il dit s’appeler Rufina, et … je ne sais pas comment tourner ça poliment... En fait, disons que lui il ne peut pas utiliser l’expression “en chair et en os”, il serait plutôt du genre “en os et en os”... Non Lucie, je suis désolé ce n’est pas irrespectueux, j’ai même beaucoup d’amitié pour lui… elle ? Il faudrait un mot pour décrire ce qui est ni un homme, ni une femme, ni un objet… mais je m’égare. Bref très sympa Rufina même si l'absence d’yeux empêche tout regard complice)


Revenons à nos moutons, Olor réveille le prisonnier avec des gifles, puis de l’eau, puis re-des gifles. Je vais chercher Azazel pour l'interrogatoire, il faut dire qu’il à une certaine aura pour ce genre de chose. Je crois qu’ils ont essayé la tactique du “bon garde - méchant garde” avec Olor, mais le jambon n’a pas compris, il à vu “méchant garde - méchant garde”, j’avoue que je n’aurais pas aimé être à sa place, voir Azazel vous proposer de vous repentir avec son intense… platitude, c’est déconcertant.

Enfin il finit par parler sur une ruse bien sentie par Olor appuyé par Zavrok et moi même. Leur chef s’appelle Erdouane, et leur groupe est une petite branche de la rose écarlate. Ils ont un camp pas loin dans la forêt mais tous les hommes du camp étaient là quand on s’est battu, ce qui veut dire qu’il ne reste que 2 personnes dans leur groupe : Erdouane et l’autre qui s’est enfui avec lui. Le troufion (le prisonnier s’est lui-même qualifié de ce terme) lui mènera à présent une vie honnête, Azazel l’a même aidé en lui donnant 4 pièces d’or (incompréhensible mais passons) et Olor lui à ordonner de commencer par racheter ses fautes auprès du village de Cascabell.


Après une deuxième tournée généreusement offerte par Olor, je m’en vais discuter avec Faerzress et Alinor qui, si Faer à dit vrai, connaissent Vladeska.


Voir le fil “Conversation avec Alinor” sur Discord pour le résumé de la conversation


Je fini par fuir cette conversation pour éviter une migraine définitive, et rejoins les autres. Après 2 semaines de voyages plutôt monotone, un peu d’enquête nous fera le plus grand bien et nous décidons donc d’aller voir les villageois possédés. Une femme semble prendre soin d'eux, elle semble pour le moins dubitative quant aux méthode d'Olor pour réveiller l'un d'entre eux. L'interrogatoire précédent lui ayant donné des ailes, il entreprend de réitérer l'expérience. Mais cette fois, après avoir secoué le pauvre corps du paysan lui faisant ouvrir les yeux, il ne put rien obtenir. Le paysan n'était plus qu'une coquille vide. L'acharnement d'Olor me fait penser à ces loups affamés cherchant à tirer un morceau de viande désespérément lisse.

Rien ne sortirait de cette bouche donc, et une tirade de Lavinia me revint : “si t'as rien dans la tête, il t'en faut dans les poches !” qu'elle disait. J'ai jamais vraiment compris ce que ça voulait dire, comme la majorité de ses dictons d'ailleurs, mais je me suis dit que les “coquilles” auraient peut-être des indices sur eux ! Mais à peine ai-je tâté la première que la dame qui veillait sur eux m'interrompait. Apparemment ce serait irrespectueux… Lucie m'avait appris qu'on ne détournait pas les morts, mais les coquilles je ne savais pas… Par contre, elle nous confia qu'elle avait trouvé un parchemin sur l'un d'entre eux et qu'elle l'avait confié à Tante Dellie, la cheffe du village. Mais une seconde, si elle a trouvé quelque chose, c'est qu'elle a fouillé, donc c'est ELLE l'irrespectueux ! Ah ! Je le savais “tel est pris qui croyait prendre” ! (Une autre expression de Lavinia, je crois qu'elle est dans le ton)


Nous nous dirigeons donc vers la maison de Tante Dellie, elle est en pleine discussion avec Ailéri. Les deux s'interrompent pour nous écouter, nous leur faisons part de l'interrogatoire et de l'analyse des coquilles, et ajoutons que nous aimerions analyser le dessin au calme. Tante Dellie fut d'abord surprise de notre pro-activité (je sens que tu es fière de moi Lucie, ma prose s'ameliore chaque jour grâce à toi !), mais elle nous confia le dessin ainsi que son autrice, Kiana sa nièce habitant à Mitpazul. Le dessin au gros trais de fusain noir faisait apparaitre 2 mains sortant de l'eau, semblant se debattre. Tante Dellie ajouta que ca faisait probablement référence à un passage traumatique de la vie de Kiana, en effet elle a vu son fiancé Culley se noyer sous ses yeux il y a plusieurs années. Nous récupérons le dessin et lui proposons donc notre aide pour éclaircir cette affaire. Tante Dellie nous confie qu’elle comptait justement nous demander de l’aide le lendemain et accèpte donc notre proposition avec plaisir.

J’écris ces lignes de retour à l’auberge, nous partirons en direction de Mitpazul (une demi journée de marche, ça devrait être une formalité) demain matin après un repos bien mérité, j’ai encore quelques stigmates de la bagarre de tout à l’heure.


10 Mai 237


Debout à l’aube, je prends le temps de m'apprêter afin d’être présentable. Mes compagnons ont tendance à me présenter comme enquêteur ce qui n’est pas pour me déplaire, mais ce statut nécessite un certain standing je ne peux pas négliger mon apparence. Le crâne est brillant, la moustache peignée et le nœud papillon bien serré, on peut se mettre en route.

Nous remarquons que les fermes semblent se délabrer au fil des kilomètres, jusqu'à en voir une parfaitement entretenu, les barrières en bon état et les champs fertiles. Mais à peine le temps d’apprécier la vue de ce travail bien fait, des bruits nous interpellent. On dirait des jappements, peut être des loups, puis des cris, probablement humanoïde, mon cerveau d’enquêteur ne fait qu’un tour, c’est probablement la cible des loups ! A grandes enjambées nous nous dirigeons à la rescousse d’un pauvre fermier nain qui tente désespérément de fuir 3 énormes canidés.


Le combat s’engage, d’abord à distance, Olor et moi tirons des flèches, Azazel tire des flammes et Zavrok tire des … mots ? Nous blessons les bêtes et le fermier se replie derrière notre groupe de sauveurs inespérés. Les monstres nous chargent. Un, puis deux sur Zavrok, et avant que je puisse l’aider le troisième se rue sur moi me mordant à la jambe. Me dégageant de son emprise, je parviens à peine à compter les trous laissés béants par ses crocs. Ensuite tout s’accélère, au cœur de la mêlée, je n’ai pas pu tout suivre, mais globalement : riposte, + de trous, re-riposte, les loups gisent dans leur sang et le miens qui coule abondamment de mes plaies. Je tiens à peine debout et quand je songe à m’asseoir pour récupérer, une gigantesque masse se dresse au-dessus de la ferme du nain à quelques dizaines de mètres. 

La chose saute du toit et fonce sur nous ! Dans mon état je songe d’abord à reculer pour me soigner mais mes yeux croisent les siens, jaunes et injectés de sang, un regard de violence bestial. Je ne peux reculer, ce monstre représente ce que la terre enfante de pire. Je me doit d’être le rempart entre cette ignominie et la civilisation. Ainsi je lui fais face, me préparant à parer ses coups j’utilise la nature environnante pour refermer mes plaies, je dois tenir coute que coute le plus longtemps possible. Une douce musique envahit alors mes oreilles puis tout mon corps, les notes du luth de Zavrok m’embaument et me rendent toute ma vigueur, merci petit dragon !  Azazel semble haïr ce genre de monstruosité autant que moi, il court pour se coller à la bête et faire émaner une puissante lumière de lui-même. Confiant à 4 contre 1 je défie le monstre du regard, puis les premières passes d’armes, des coups d’épées, des flammes, des flèches et des insultes bien placés. La bête faiblit mais enrage, elle s’en prend à moi, j’esquive habillement les premiers coups, mais il est rapide, une de ses griffe m’entaille le ventre, je crois sentir mes tripes partir, je regarde mon ventre, tout est encore à l'intérieur, ca va… Jusqu’à ce que ça n’aille plus, je me suis déconcentré et je n’ai pas vu son deuxième coup venir, il me frappe à la tête et si mes tripes sont toujours là mon esprit lui glisse ailleurs, je suis projeté en arrière et je perd conscience. 

Je ne sais pas bien ce qu’il se passe ensuite. J’entends Lucie me hurler dessus “hors de question de partir comme ça !”, je sens qu’elle me remue dans tous les sens et je commence à reprendre conscience. Le monstre est toujours debout, tout prêt de moi, Lucie continue de hurler “On se barre ! Rempart de la civilisation mon cul ! Tu vas nous faire tuer si tu restes là !!”. Je ne l’avais jamais entendu être vulgaire jusque là, je crois qu’elle était vraiment énervée (ah elle confirme).

Alors je l’écoute, je me téléporte hors de porté et je recule le plus possible espérant que mes amis viennent à bout de ce loup sur 2 pattes de la taille d’un ours. Heureusement, une grande lumière se fait, la bête brûle, je pense qu’Azazel dirait qu’elle se purifie mais bon chacun sa vision.


Le calme se fait, ça sent la charogne et la viande brûlée dans le champ du nain. Je m'assois pour reprendre mes esprits quand ce dernier vient nous remercier. Il nous offre l’hospitalité, on prend une heure pour se reposer chez lui. En discutant il nous dit que c’est la première fois qu’il voit ce genre de chose. Il nous confie aussi que les paysans désertent petit à petit la région, les récoltes sont de plus en plus dur à faire pousser, “l’eau ne nourrit plus les plants” dit-il, lui s’en sort parce qu’il travaille plus que les autres. Bizarre mais bon passons, de toute façon on a d'autres chats à fouetter, une enquête, une vraie nous attend.


Nous reprenons donc la route pour Mitpazul, et arrivons rapidement au village entouré par la forêt à l’est et un cours d’eau à l’ouest. Nous approchons des premières maisons pourtant il n’y a pas de bruit. Et pour cause, il semble qu’il n’y ait pas âme qui vive dans ce hameau. Les maisons semblent toutes être marquées d’une croix rouge. Personne dehors, aucun bruit dans les maisons, aucun mouvement par les fenêtres. Pas d’animaux non plus malgré la proximité de l’eau et de la forêt. L’ambiance est lourde, seuls les clapotis de l’eau font vivre l'endroit, Olor s’en approche et détecte une faible magie émanant de la rivière, une magie nécromantique. Le mystère s’épaissit, je tente ma chance du côté de la forêt ou je fini par trouver un cafard après plusieurs minutes, je crée un lien avec lui afin de ressentir ce qu’il ressent. Peut être qu’il peut me donner un indice sur ce qu’il se passe ici. Il a faim… Voilà tout ce que j’apprends de ma communion avec la nature. Je retourne donc bredouille vers le village. A mon arrivée j’entends de l’agitation, mes compagnons se débattent avec des mains qui essayent de les attraper. Ce n’est pas une image, les “mains” courent sur leurs doigts et essayent de saisir Olor ! Pas nés de la dernière pluie, mes valeureux compagnons se débarrassent sans mal de ces mains décharnés avant même que j’ai fini de les rejoindre. Le mystère s'épaissit mais on comprend pourquoi Olor avait senti de la nécromancie dans la rivière.

Nous décidons de continuer l’investigation en entrant dans la seule maison remarquable, celle qui n’a pas de croix rouge. Il fait noir à l’interieur, après une première pièce pour le moins désordonné, une porte fermée nous barre la route. Olor tente de nous montrer ses talents de crochetage de serrure sans succès. Il tente donc de nous montrer ses talents d' "enfonceur de porte" avec succès ! Trop de succès même, il prend de l’élan et dégonde la porte avec tellement de force qu’il traverse la pièce et prend le mur d’en face dans l’épaule. Nous entrons dans ce qui semble être une chambre. Des affaires de femme en bon état, mais surtout des dessins sur un bureau, au épais traits de fusain noir. Le même style que celui de Kiana, des dizaines de dessins avec des mains, et de l’eau. Nous sommes chez elle, et il semble que le traumatisme ait tourné en obsession. Les mains sorties de l’eau tout à l’heure sont probablement liées à cette histoire, jusqu'où est-elle allée suite au chagrin causé par la perte de son fiancée ? Ca fait froid dans le dos. Nous continuons la recherche d’indice dans la pièce suivante, une cuisine où les fruits ne sont plus comestibles depuis longtemps, une autre porte donne sur un garde mangé. Olor ouvre et referme aussitôt 4 personnes sont à l'intérieur, les yeux révulsés. La porte est close et on ne bouge plus mais aucun bruit ne provient du garde manger, impossible que les 4 personnes debout dans un lieu si exigu n'aient pas vu la porte s’ouvrir puis refermer, pourtant ils ne semblent pas réagir. Olor ouvre à nouveau, les 4 paysans envoûtés ne bronchent pas. Nous entrons, tous les 4, doucement, sans bousculer les occupants. En dehors d’eux c’est un garde manger tristement banal. Une nouvelle porte face à la première semble presque nous indiquer le chemin. Nous entrons, cette fois seule une trappe nous y attend, nous descendons à l’échelle et suivons le boyau rocheux quelques mètres. Avançant doucement, une mélodie parvient à nos oreilles. Une femme chante un air mélancolique, sa chanson parle du retour de Culley, le fiancé noyé de Kiana. Inquiets, nous approchons et franchissons le coude formé par la galerie, elle débouche sur une large caverne. Au centre de celle-ci, la chanteuse à la peau sombre et aux yeux d’ambres semble s’affairer près d’une pile de mains humaines coupées.


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