1. Journals

S25 - Zinda brule-t-elle ?

Bon, et bien, je n’aurais jamais pensé faire cela un jour, mais je me vois contraint de rédiger ces quelques mots, en espérant qu’une âme charitable veuille bien les faire parvenir à mes parents s’il m’arrive malheur.
Car je crains de ne pas voir la prochaine aube, tant la menace qui arrive est grande et notre situation désespérée.

Le roi, mon cousin en quelque sorte, nous a annoncé que ses informateurs lui ont rapporté qu’une armée de morts-vivants et d’orcs était en train de fondre sur la ville. A peine remis du procès d’Amos Nir, il nous faut affronter une autre menace : nul doute que c’est cette maudite Jacqueline qui mène ces troupes, et, que la cible est cette Agathe, enfant surdouée qui a ramené Quibrille à la vie.

Nous aurions pu partir de la ville avant que cette armée ne déferle, mais cette attitude n’aurait pas été chevaleresque – et comment pourrais-je revenir à la maison la tête haute, si je partais comme un lâche. Et puis, j’ai fini par m’attacher à ces compagnons qui me suivent depuis quelques temps. J’en ai presque oublié ce qui m’anime, mais peut-être n’arriverai-je jamais à mes fins, ni à revoir ceux que j’aime.

J’ai toujours privilégié la loyauté envers mes amis et ma famille, même si cela m’attirait souvent des ennuis, ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer. Et puis, sans moi, je sens bien qu’ils seraient perdus – je dois me montrer fort pour qu’ils soient courageux ; c’est comme cela qu’un suzerain se comporte. Finalement, j’ai plus appris de mon père que je ne pensais…

Bref, nous avons décidé de protéger la petite, et pour cela la forteresse nous paraissait le meilleur endroit. Nous avons fouillé de fond en comble le château, et hormis les cuisines et les geôles, et le toit, il n’y avait pas beaucoup de pièces intéressantes. Nous trouvons une pièce qui a une seule issue, en prenant soin de calfeutrer les meurtrières – on ne sait pas de quoi ces morts-vivants sont faits. Faerzress ne lache pas la petite d’un millimètre, et Duvni reste avec elle. Aussi, c’est serrés comme des harengs, que toute la famille royale se réfugie avec elle et notre nouveau compagnon dragonnet. Je donne à la petite un parchemin de saut – au cas il lui faudrait se sauver, et à son frère un parchemin pour parler aux animaux, pour qu’il ne soit pas jaloux. Il a commencé à colorier dessus, j’espère qu’il ne va pas me l’abimer quand même !

Je place un sort de collet devant la porte, et nous cachons à tous les occupants du chateau où se trouve la famille royale.

Le cuisinier orc semble bien occupé, aussi, nous ne le dérangeons pas, mais fort heureusement, il restera à son ouvrage pendant la nuit comme on le verra après. Nous en avons profité pour visiter la prison, et Moustache et Azazel se sont mis en tête de libérer des prisonniers en échange d’une rédemption. Curieux qu’Azazel ait changé de méthode de rédemption, mais bon, on verra si ça marche. Je trouvais l’ancienne méthode plus flamboyante ; il doit se ramollir depuis qu’il fréquente ces terres…

C’est ainsi que des anciens membres des sanguinaires, la membre de la rose écarlate que j’ai battue au pickpocket, et le capitaine changelin se placent dans la cour intérieure pour faire leur part de travail.

Mais l’endroit le plus intéressant du château est sans nul doute le toit : il y a une gigantesque baliste, capable d’occire un vénérable dragon d’un seul trait.

 

Le seul hic de notre plan est que le château se trouve tout au bout de la ville, aussi, l’armée risque de saccager la ville avant de nous atteindre. J’espère que nous ne regretterons pas notre stratégie. Nous demandons aux guetteurs dans les faubourgs de la ville d’allumer des feux pour nous prévenir lorsque l’armée arrivera.

 

Azazel est tout excité : il a l’air de bien maitriser l’art de la guerre ! Il donne des ordres à droite et à gauche, et les soldats semblent obéir à son autorité naturelle.

 

Lorsque la nuit est enfin tombée, nous nous retrouvons donc tous les trois, à guetter en haut du château. Les heures passent, lorsque soudain nos yeux affutés repèrent au loin une créature ailée en approche. Elle n’a pas l’air de venir vite, aussi notre instinct nous dit qu’il ne s’agit pas obligatoirement d’un ennemi. Je vous avais dit peut-être aussi qu’un monarque doit être doté d’un instinct sans faille ? Bref, nous disons aux soldats de ne pas tirer sans notre ordre, et voyons approcher une créature volante que certains d’entre nous avaient déjà vue : une chimère, Kora, montée par Séléné. Nous lui faisons signe en lévitant des torches allumées, mais elle fait semblant de ne pas comprendre nos messages pourtant très clairs. Elle finit quand même par venir, et sous la promesse que nous ne voulons que discuter, elle pose créature sur le toit. Là elle nous apprend que Jacqueline lui a proposée de s’allier avec elle, en échange de la vie d’Amos et la levée de sa malédiction. Mais si elle vient nous le dire, c’est qu’au fond d’elle, elle a un espoir qu’on la dissuade – elle n’est peut-être pas si méchante que cela au fond d’elle. Elle me fait penser à mon père.

Azazel l’avertit que la magicienne se sert d’elle et qu’elle n’en tirera aucun bénéfice, ce que Séléné prend pour une menace – elle a tord, Azazel, il menace jamais – il frappe d’abord. Du coup, on essaye de rattraper le coup avec Moustache, et lui faisons comprendre qu’elle est comme nous, une personne originale, dans un monde cruel – nous aussi, nous avons tous nos faiblesses et particularités, et c’est pour cela que l’on se sert les coudes. Nous lui offrons même la possibilité de rejoindre notre groupe, et lui promettons que nous l’aiderons à lever sa malédiction. Elle semble avoir oublié pour un temps le cas d’Amos, mais au moins, elle a l’air d’avoir été convaincue. Je vous ai dit déjà qu’un monarque doit bien savoir convaincre ?

La chimère se poste donc sur le toit, non sans inquiéter les quelques gardes qui se trouvent sur la baliste. J’observe longuement cette créature en me questionnant sur son régime alimentaire : le bouc il doit manger de l’herbe ; le lion de la viande : le dragon je sais pas – comment ils arrivent à se mettre d’accord ? Du coup, je veux en avoir le cœur net et descends dans les cuisines chercher des poulets rôtis : et bien le résultat est sans appel : les trois mangent du poulet ! Dommage, juste j’ai oublié d’en prendre un ou deux pour moi.

 

Et puis l’attente…. Plus rien ne se passe, nous commençons à somnoler… Je vois mes amis qui commencent à s’endormir, et je ne peux m’empêcher de repenser à ces poulets… Au bout de quelques heures, à une heure du matin, c’est trop dur, et je décide d’aller vite fait chercher un en-cas pour me tenir éveillé.

Alors que je remonte dans les escaliers, j’entends un vacarme monstrueux dans la ville : ce n’est que quand je sortirai des escaliers que je comprendrai ce qu’il se passe : deux séries de météores s’écrasent sur la ville, alors que le ciel s’assombrit d’un rouge inquiétant et que le sol tremble. C’est alors que l’on se dit qu’il doit y avoir deux sources de magie différentes pour faire ce même sort deux fois : mais la bonne nouvelle, c’est qu’ils n’ont plus ces sorts mémorisés pour ce jour ! Je vous ai déjà dit qu’un monarque devait toujours rester optimiste ?

Les soldats semblent frémir, mais Azazel regonfle le moral de tout le monde avec un discours enflammé dont il a le secret.

Mais les feux dans la ville commencent à grandir, et se propager de plus en plus. Tout le monde est absorbé par ce spectacle incandescent, tant et si bien qu’aucun d’entre nous ne voit arriver les trois horreurs volantes qui nous survolent. D’immondes chauve-souris aux entrailles dégoulinantes fondent sur les soldats du toit : leurs cris stridents tuent sur le coup tous les servants de la machine de guerre dont le sang s’écoule des oreilles : la baliste est détruite, quel malheur !
Une fois la surprise passée, nous prenons notre courage à deux mains et nous nous lançons dans la bataille avec les soldats et Yue : nous lançons nos meilleures attaques contre ces créatures, et la chimère nous aide efficacement.

Azazel lance ses traits de feux, pendant qu’Ernest perfore les créatures de ses flèches infaillibles. D’ailleurs, Moustache prend cher et est contraint de se réfugier derrière un parapet. Lorsqu’enfin je sors de l’escalier, un poulet sous le bras, je descends sur les remparts grâce à mes chaussons, et décoche le maximum de flèches que je peux. Deux créatures finissent par tomber sous nos coups, et la dernière s’apprêtaient à s’échapper lorsque ma dernière flèche l’assome, la faisait tomber comme une merde pierre. Heureusement personne ne se trouvait en dessous, car la créature explose au contact du sol, nous éclaboussant tous de sa consistance puante.

Le calme enfin revenu, nous nous regardons, et nous pensons que nous avons trop facilement triomphé de cette engeance. C’est alors que nous entendons cette clameur dans la ville : la lumière nous éclaire comme en plein jour : nous comprenons que la ville entière est en feu, sous l’effet combiné des météores et de l’armée de morts vivants qui est à la porte du château : un ogre à leur tête, ils approchent, telle une marée humaine. Il est temps d’appeler les autres, les choses sérieuses ne font que commencer. Ailéri et Séléné sont sur les remparts – elles vont avoir besoin de renfort. J’arrive !!!!!!!!  Je vous ai déjà dit qu’un bon monarque devait être courageux ?

Et d’ailleurs, les renforts de la Citadelle Radieuse arriveront-ils à temps ?