1. La nuit de Virelune
Elarion était encore enfant lorsque des partisans de Neronvain, dans le chaos de sa révolte avortée contre l’autorité du roi Melandrach, s’en prirent à ceux qu’ils jugeaient trop fidèles à la cour. Cette nuit-là, ils vinrent pour ses parents. Son père, Caelrion, tomba presque aussitôt. Sa mère, Ithilwen, comprit qu’ils n’auraient ni renfort ni pardon. Elle se battit comme une bête acculée, lame contre plusieurs hommes, juste pour gagner quelques secondes. Assez pour pousser son fils vers l’arrière de la maison et lui ordonner de courir. Elarion obéit, mais pas assez vite pour ne pas voir le dernier instant: Ithilwen, couverte de sang, tenant encore debout alors qu’elle n’aurait déjà plus dû l’être. Il a survécu grâce à son sacrifice.
2. Lysa Merrow
À Waterdeep, Elarion aima une humaine nommée Lysa Merrow. Elle avait l’esprit vif, la langue légère, et cette façon insupportable de lui faire croire, pendant quelques mois, qu’il pouvait être autre chose qu’une arme bien habillée. Il découvrit trop tard qu’elle travaillait pour le Xanathar, et qu’on lui avait donné l’ordre de le tuer. Un soir la vérité éclata et le combat fut brutal, serré, presque animal. Pas de distance, pas de fuite, seulement deux corps qui se connaissent trop bien et savent trop exactement où frapper. À la fin, Lysa lança sa dernière botte: une rotation brisée du bassin, feinte de déséquilibre, puis remontée fulgurante de la lame en revers vers la gorge, un mouvement impossible à ignorer et qui forçait une riposte létale. Elarion contre-attaqua par réflexe, plus vite qu’il ne pensa, et lui enfonça sa dague sous les côtes. Ce n’est qu’en la rattrapant qu’il comprit qu’elle avait ralenti d’un souffle, juste assez pour lui laisser la vie. Dans ses bras, elle lui murmura: « Je t’aime. Je t’ai toujours aimé. Je n’aurais jamais pu te tuer. » Son visage au moment où la vie l’a quittée le hante encore. Il s’en veut de l’avoir tuée, de l’avoir aimée, et garde au fond de lui cette pensée absurde et tenace: quand il mourra, il la retrouvera peut-être.
3. La maison Dervalan
Lors d’une mission à Waterdeep, Elarion infiltra le cercle de Lord Aster Dervalan, un noble discret soupçonné d’abriter, sans le savoir, un relais financier lié à un réseau ennemi. Son rôle était clair: identifier le contact, suivre la transaction, remonter jusqu’au véritable commanditaire. Il y parvint. Puis tout bascula. Les agents adverses comprirent qu’ils risquaient d’être découverts et décidèrent d’effacer toute trace en massacrant la maisonnée avant l’aube. Elarion était sur place. Il avait vu les préparatifs, compris ce qui allait arriver, et mesuré en un instant ses options: intervenir, sauver peut-être Aster Dervalan, son épouse Serisa, et leurs deux enfants, Elira et Toman, mais perdre sa couverture et laisser s’échapper la cible principale; ou rester dans l’ombre, laisser le carnage se faire, et préserver une mission dont dépendait le démantèlement d’un réseau bien plus vaste. Il choisit la mission. Le réseau tomba ensuite. La famille Dervalan, elle, mourut enfermée dans sa propre maison. Elarion sait encore pourquoi il n’a pas bougé. Il sait aussi que cette raison ne vaut rien, certaines nuits, face au souvenir du regard de Serisa quand elle comprit que quelqu’un était là, dans l’ombre, et ne viendrait pas.