1. Characters

Sylvander Redgrave

Libre commerçant, pirate malgré lui

Origines

Skullreef, la boue avant la mer

Sylvander Redgrave est né à Skullreef, un port où l’eau salée ne lavait rien, où les quais sentaient la rouille, le poisson mort et les rêves abandonnés. À Skullreef, la misère n’était pas une étape de la vie : c’était un état permanent.

Très tôt, Sylvander apprit trois vérités fondamentales :

  • la faim est une bête patiente ;
  • la pauvreté serre plus fort qu’un poing ;
  • rêver est la seule chose qu’on ne peut pas te voler.

Il s’accrocha aux rêves avec une obstination presque maladive. Là où d’autres sombraient dans l’alcool, la violence ou la résignation, lui regardait l’horizon de Skullreef comme une promesse silencieuse.

La naissance de l’équipage

Une famille sans sang

Opaline Blackwood
Opaline fut la première lumière.
Sourire franc, regard trop grand pour ce monde, elle incarnait la chaleur dans un univers froid. Elle croyait en Sylvander non parce qu’il était fort, mais parce qu’il refusait de renoncer. Sa présence calmait les tempêtes intérieures du groupe.

Horas Blackwood
Horas, son frère, portait la bravoure comme une armure trop lourde.
Toujours prêt à encaisser pour les autres, incapable de reculer, il était la force émotionnelle du groupe. Il protégeait par instinct, sans réfléchir aux conséquences.

Kael Draven
Kael arriva ensuite : silencieux, attentif, presque invisible.
Il suivait Sylvander non par soumission, mais par foi. Sylvander était la première personne à croire en lui sans condition. Cette dette morale devint le moteur de Kael.

For
For, le nain, amena l’or, les plans douteux et l’obsession de la liberté par l’argent.
Brillant à sa façon, pragmatique jusqu’au cynisme, il complétait parfaitement l’idéalisme de Sylvander. Là où l’un rêvait, l’autre calculait.

Fiona
Fiona fut un cadeau de la mer.
Repêchée dans un filet, amnésique, douce et étrange, elle semblait écouter la mer plus qu’elle ne l’entendait. Les mouettes semblaient lui répondre. Elle était le cœur fragile de l’équipage, leur poésie.

Lando
Lando arriva avec ses poings et sa loyauté brute.
Colosse taciturne, il incarnait la sécurité. Il ne promettait rien, mais quand il était là, la peur reculait.

Vulkan
Dernier à rejoindre le groupe, Vulkan, demi-orc massif et timide.
Il s’excusait presque d’exister. Parmi eux, il trouva enfin un lieu où sa taille n’était pas un crime et sa force une honte.


Le capitaine malgré lui.

Sylvander ne chercha jamais à commander.

Il devint capitaine parce que les autres le regardaient quand il fallait décider. Parce qu’il avançait même quand il doutait. Parce qu’il avait cette étincelle dangereuse dans le regard :

« Je ne sais pas où je vais, mais on s’en sortira. »

Ils n’avaient pas encore de navire, mais ils avaient quelque chose de plus rare : une direction.

La faute originelle

La disparition

Alors que l’équipage célébrait bruyamment leur dernier coup, Sylvander s’était éloigné.

À quelques pas seulement, hors du cercle des rires et de l’alcool, il marchait en silence, le regard tourné vers l’horizon. Il pensait à l’avenir. À ce qu’ils pourraient devenir. À ce que lui devait devenir.

Il n’eut pas le temps d’aller plus loin.

Des mains surgirent de l’ombre. Une paume rude plaquée sur sa bouche, des bras puissants verrouillant les siens. Sylvander tenta de se débattre, mais déjà on l’entraînait hors de la lumière. Des pirates, engagés par les nombreuses personnes que le groupe s’était mises à dos, l’avaient capturé.

En quelques instants, il fut arraché à la terre ferme et emmené vers le large.

Ligoté, bâillonné, jeté contre le bois humide du pont, Sylvander lutta jusqu’à l’épuisement. Il n’avait plus que ses yeux pour comprendre ce qui lui arrivait.

Et ce qu’il observa le troubla profondément.

Ces hommes et ces femmes étaient des pirates. Des hors-la-loi. Mais ils riaient. Ils vivaient. Ils étaient libres. Durant les heures qui suivirent, malgré sa condition de prisonnier, Sylvander observa leurs gestes, leur manière d’habiter la mer. Une fascination dangereuse prit racine en lui.

Le destin frappa de nouveau lorsqu’un navire marchand croisa leur route. À son bord, des aventuriers reconnurent le pavillon pirate et exigèrent de la capitaine qu’elle fasse un détour pour les intercepter. Réticente, consciente du retard que cela engendrerait, elle céda pourtant face à leur insistance.

Sylvander fut aussitôt traîné dans la cale.

Lorsque les cris éclatèrent sur le pont, il saisit l’instant. Il se jeta sur le pirate chargé de le surveiller, parvint à se libérer, et l’assomma grâce à sa dextérité. Le silence retomba peu après.

La trappe s’ouvrit sur une naine au regard dur et mesuré. Elle se présenta sans détour : Ba Tau, capitaine du navire marchand La Liberté. Les pirates furent vaincus. Sylvander, libéré.

Mais la côte de Skullreef avait disparu.

Sylvander demanda à être ramené à terre. Ba Tau refusa. Ils avaient déjà trop de retard. Faire demi-tour était hors de question. Il n’eut d’autre choix que d’embarquer à bord de La Liberté.

La traversée fut longue. Sylvander passa ses journées à négocier, supplier, marchander un moyen de rentrer chez lui. En vain.

Un soir, dans le bureau de la capitaine, Ba Tau formula une proposition. Elle voyait en lui une aisance naturelle sur un pont, un instinct pour la mer. Elle lui offrit de le prendre sous son aile et de lui apprendre le métier de marchand naval.

Sylvander refusa d’abord. Il voulait rentrer. À tout prix.

Lorsqu’ils accostèrent enfin dans un port inconnu, il chercha désespérément un passage pour Skullreef. Partout, la même réponse : la destination était inconnue ou interdite.

Seul, sans repères, abandonné dans une ville étrangère, Sylvander repensa aux pirates. À leur liberté. À l’offre de Ba Tau.

Il ravala son orgueil.

Il rejoignit la capitaine et entra dans la Guilde des Marchands, non par conviction, mais par stratégie. Gravir les échelons. Réquisitionner un navire.

Et un jour… revenir.

La chute

La mort d’Horas

Sans Sylvander, l’équipage se fissura.

Les tensions, les non-dits et les frustrations éclatèrent.

Une altercation qui n’aurait dû être qu’une dispute dégénéra.

Horas tomba.

Il mourut dans les bras de sa sœur.

Ce jour-là, la famille cessa d’exister.

Destins brisés

Kael partit pour devenir plus fort, hanté par la foi qu’il avait placé en Sylvander.

For sauta de navire en navire, cherchant à combler le vide par l’or.

Fiona grimpa aux mâts, scrutant l’horizon à la recherche de ce qui restait.

Lando plongea dans la criminalité, utilisant la violence pour étouffer la culpabilité.

Vulkan se perdit entre croyance, trahison et foi brûlante.

L’ascension de Sylvander

La Libertine

Pendant ce temps, Sylvander montait dans la Guilde.

Il volait plus qu’il ne commerçait.

Il mentait plus qu’il ne promettait.

Il baptisa son navire La Libertine, un nom vulgairement transformé, reflet parfait de son hypocrisie : liberté proclamée, chaînes invisibles bien réelles.

Il croyait encore agir pour eux.

Il ne bâtissait que son propre vide.

Présent

Entre damnation et espoir

Aujourd’hui, Sylvander Redgrave vogue entre deux abîmes :
La liberté qu’il revendique ;
La culpabilité qu’il porte.

Une seule flamme le maintient debout : rassembler ceux qu’il a perdus, réparer ce qu’il a brisé, redevenir digne de l’équipage qu’ils auraient dû être.

La mer l’a façonné.
La mort l’a marqué.
Mais ses anciens compagnons…

Eux seuls peuvent encore le sauver.