Je suis un gnome de 200 ans, qui ai grandi quelque part dans
Faerun, mais qui a ensuite établi domicile à Neverwinter.
Mon histoire est complexe, et comme je ne me souviens pas de tout, je vais
essayer d’être précis…
Mon père, Copper Cogne-Bouton, était un inventeur de génie. Il a vécu une
grande partie de sa vie dans le Valbise, où il a habité un temps à Bryn Shander
chez la prêtresse Mishann, adoratrice d’Amaunator. Lorsqu’elle est venue à décéder de manière
brutale, mon père a été recueilli par une compagnie d’aventuriers et a
travaillé pour eux à Havre du Levant pendant quelques années. Puis, il a
rencontré l’amour et a décidé de partir vers le sud. Le passage était libéré,
le voyage était donc de nouveau possible.
Ils se sont installés quelque part, je dois dire que je ne me souviens plus
précisément où, mais ça je vous l’expliquerai plus tard.
Je crois que j’ai eu une jeunesse heureuse car je ne souffre
d’aucun trouble psychologique ou manque particulier. Je me souviens juste que
mon père était un bricoleur de génie, mais il n’aimait pas les détails, les
derniers réglages. Donc ses fabrications ne fonctionnaient pas toujours de
manière parfaite. Je crois me souvenir aussi que ma mère, quant à elle, était
plus tournée vers la découverte arcanique, et m’encourageait à suivre des
leçons de magie. Je ne me souviens plus de son nom malheureusement, mais je
pense que le visage que je vois parfois dans mes rêves correspond à son doux
visage.
Lorsque j’ai atteint ma majorité, j’ai décidé d’entreprendre un voyage pour
découvrir le monde. M’arrêtant quelques jours à chaque village, je restais
quelques jours pour effectuer de menus services en échange de logis et
nourriture.
Puis, arrivé à Neverwinter, je rencontrai celle qui sera ma future femme. Si
vous pouviez la voir ! Une peau douce comme le blé, avec son duvet de
petits poils sur les joues, ses oreilles en courbes délicates, Et sans oublier
le son mielleux de sa voix. Comme elle me manque !
Bref, nous vécûmes heureux de nombreuses années à Neverwinter dont elle était
originaire. Elle me donna deux beaux petits gnomes, aussi attachants
qu’intrépides, qui ne cessaient de faire mon bonheur. Nous avons vécu dans un
relatif confort tous les bouleversements politiques et militaires qu’a connu
Neverwinter. Lorsque les tribus orques se sont unifiées pour assiéger la ville,
nous avons eu peur il est vrai, mais heureusement l’alliance des seigneurs et
des elfes a permis pour une fois encore, de battre ces armées orcs qu’un
sorcier fou avait unifiées. Il parait que c’était en fait une liche qui les
commandait, à moins que ce soit un demi troll, les versions diffèrent. Mais
toujours est-il que leur assaut a été repoussé, au moins pour cette fois.
Nous étions donc heureux de profiter à nouveau d’une période de calme relatif.
Je vivais de mes services de réparations et de petites inventions, mais j’avais
un rêve plus grand. Je m’étais afféré à un projet qui me tenais très à
cœur : fusionner la passion de mon père, de celle de ma mère. Construire
une machine qui pourrait percer les voiles de la magie de l’illusion !
Je m’étais lié d’amitié avec le collège de l’illusion, et je venais sans cesse
tester mes inventions. En général, ils avaient toujours le dessus sur mes
inventions, mais je parvenais doucement à me perfectionner. Certains des mages
voyaient dans mes recherches une menace, mais la plupart voyaient au contraire,
un défi pour eux et leur permettait aussi de tester leurs propres inventions
arcaniques.
Peu de temps avant que le Carnaval de Sorcelume n’arriva à Neverwinter, lors
d’une séance de confrontation, pour la première fois, ma machine parvint à
repérer immédiatement la bonne image d’un sort d’image miroir. J’étais très
fier, mais il y avait encore des réglages à finaliser.
Telle était ma vie, simple, joyeuse, heureuse avec ma femme
et mes deux enfants.
Lorsque le Carnaval est arrivé à Neverwinter, ma femme m’a convaincu d’aller
nous divertir pour une fois. Moi je ne voulais pas, trop absorbé par mon
invention, mais pour les petits surtout, j’ai fini par céder. Nous nous sommes
bien amusés avec les manèges, les attractions aussi curieuses les unes que les
autres.
Puis, les enfants voulant faire des attractions trop fortes pour mon cœur, nous
avons décidé de nous séparer et de nous donner rendez-vous quelques heures
après.
J’erraient dans les allées du Carnaval, lorsque je tombai sur une tente d’une
diseuse de bonne aventure. Je ne suis pas superstitieux, mais cela m’amusait de
perdre le temps ainsi. D’autant que la vielle femme me dit que c’était gratuit
aujourd’hui pour le premier jour du Carnaval. Comme elle venait juste d’ouvrir
son stand, j’étais le premier, et je décidai d’écouter ses prédictions. La
séance était assez malaisante d’ailleurs, la vieille femme assez impressionnante
et mystérieuse. Je finis par lui parler de l’invention sur laquelle j’étais en
train de travailler, et le fait qu’il me restait juste un petit réglage à
trouver. Elle me dit alors que parfois les solutions sont en nous, et qu’il
faut juste écouter son inconscient. Ces phrases énigmatiques n’avaient pas
beaucoup de sens pour moi, mais je repartis, avec davantage de questions qu’à
mon arrivée.
Un peu plus loin, je tombai sur une autre tente, qui elle aussi venait
d’ouvrir : un panneau sur le haut indiquait : « Amri efface tous
vos soucis, l’endormissement le domaine de l’inconscient ». Intrigué, je
m’approchai et vit une magnifique jeune femme humaine. Je n’ai pas l’habitude
de trouver les congénères humains attractifs, mais là je dois dire qu’elle
m’avait fait de l’effet. De toute façon, j’étais marié, et un gnome de ma
taille ne pouvait pas l’intéresser. Elle dut comprendre mon intérêt, car elle
m’invita à entrer dans sa tente relaxante :
« Allongez-vous, respirez… Vous n’aurez pas besoin de parler : dans le silence, l’âme ajuste ce que l’esprit complique. Je vous le promets — quand vous ouvrirez les yeux, vous serez plus clair, plus vif, plus… en plus avance que tous ceux d’ici.»
Je m’installai sur son lit, et, après quelques paroles relaxantes et mystérieuses, je baignai dans un océan de lumières. L’expérience me parut durer une fraction de seconde. Lorsque je rouvris les yeux, je me retrouvai dans cette tente, mais le Carnaval était parti. Cela avait dû durer longtemps, car il faisait nuit, et en plus, curieusement, la zone entière était dévastée – comme quand les anciens parlaient de Neverwinter après l’éruption du mont Hotenow.
Je décidai alors de retourner chez moi, mais il n’y avait plus ma maison ! Je demandai ce qu’il se passait, mais personne ne put me renseigner, jusqu’à ce que l’on me dise que les milices engagées par le gouverneur Neverember ramassaient les vagabonds tels que moi pour les enrôler de force. Neverember était en vie ?
J’étais abasourdi. Je réalisai alors d’un coup ma situation : je me trouvais 200 ans plus tôt ! Pire encore, si je puis dire, je ne me souvenais plus rien de mon enfance, à part les bribes dont je vous ai parlées un peu plus tôt. Je me souviens très bien de tout ce qu’il s’est passé depuis ma majorité, mais avant, rien !
Je partis voir l’école de magie, mais personne ne crût à mon
histoire, Ils me prenaient tous pour un fou. J’étais démuni, sans amis, sans
famille, sans argent, seul….
Après une période d’abattement, je décidais de reprendre mon destin en main. Ah
c’était comme ça ! Ces satanées fées, ou sorcières, ou magiciens, ou que
sais-je, avaient décidé de me jouer un tour … Et bien je ne me laisserai pas
abattre !
Je décidai d’aller frapper à la porte du temple de Beshaba,
pour apprendre comment combattre mes adversaires. J’apprendrai tout de
l’illusion pour mieux la déjouer. Et la prochaine fois que ce Carnaval viendra
en ville, j’irai retrouver ceux qui m’ont fait subir ce sort, et peut-être
retrouver ma vie d’avant.
Je ne pus m’empêcher d’aller voir la maison des parents de ma « future » femme : la mère est enceinte en ce moment. Je pense que l’accouchement est pour bientôt. Cela me rend mélancolique…. Que se passera-t-il si je n’arrivais pas à mes fins ? Se peut-il qu’elle se marie avec un autre gnome ? Je n’ose pas y penser. Mais ce qui est sûr, c’est que je protègerai cet enfant (c’est ma femme quand même), comme la prunelle de mes yeux !