Un édifice de pierre noire aux airs de mausolée et de la taille d’une petite ville se dresse quelque part dans le royaume.
Les flaïels tendent à éviter ce lieu et ne suivront pas les voyageurs qui y pénètrent. À l’intérieur, une gigantesque bibliothèque abritant des livres reliés de la chair de ceux qui ont commis des atrocités dignes de l’endroit – un bourreau par volume – et aux pages du même matériau. Classés sans aucune logique, ces livres ne portent ni titre ni marques distinctives. Tout individu sachant lire pourra les compulser sans difficulté, comme s’ils étaient rédigés dans sa langue maternelle. Certains ne sont constitués que d’une seule page macabre pressée entre deux battants de couverture, tandis que d’autres en comportent des milliers. Chacun décrit de façon détaillée, mais repoussante, toutes les atrocités commises par le bourreau dont il est question.
Ici, les résidents les plus étranges sont les bibliothécaires d’Atrocité. Ces grands humanoïdes sont pourvus de crânes hypertrophiés et d’énormes yeux noirs. Ils peuvent parler et comprendre n’importe quel langage et sont les seules créatures capables de se diriger dans le dédale de rayonnages en vue d’y dénicher des ouvrages précis. Ils sont incapables de localiser une victime ou un bourreau grâce à son nom, mais peuvent trouver le livre approprié s’ils ont au moins trente grammes de cheveux, de chair ou de sang de la cible en leur possession.
