L’esplanade devant l’Hôtel de Justice déborde d’une agitation contenue, comme une marmite dont on maintient le couvercle bien en place. Rien n’y est immobile, mais rien n’y éclate non plus. Les voix restent basses, pressées, chargées d’inquiétude. On y croise des justiciables qui murmurent leur version des faits en boucle, les yeux fixés sur un point invisible, comme s’ils répétaient déjà devant un juge fantôme. Un peu plus loin, des familles attendent, serrées les unes contre les autres, lisant sur le visage des clercs qui sortent la moindre lueur d’espoir ou d’effondrement.
Des messagers traversent la place à grands pas, tenant leurs plis contre la poitrine comme s’ils transportaient des braises. Entre eux, sous de modestes auvents, des scribes publics noircissent des feuillets à la hâte, promettant des requêtes “bien tournées”, des mots capables d’adoucir la rigueur d’un verdict.
Les gardes veillent, discrets mais attentifs. Ici, on évite de hausser la voix. La pierre elle-même semble absorber les cris avant qu’ils naissent.
Contre un mur, un banc de pierre usé porte un surnom murmuré : le banc des espoirs. Ceux qui s’y assoient ont une affaire en cours. Ceux qu’on n’y revoit plus… ont reçu une réponse, bonne ou mauvaise.




