1. Créatures

Silence

Silence n’est pas un animal de compagnie. C’est une présence. Une ombre au regard d’émeraude qui hante la Garenne comme un esprit ancien, né de la poussière, de la suie et des secrets.

Entièrement noir, son pelage absorbe la lumière, luisant parfois d’un éclat soyeux sous les lampes à huile du repaire. Sa silhouette glisse entre les poutres, saute d’un rebord à l’autre, silencieuse, implacable, toujours au bon endroit au bon moment. Aucun membre d’Adagio ne se souvient de son arrivée. Il était déjà là quand ils ont investi les lieux. Il les a simplement tolérés.

Ses yeux sont deux gemmes vert pâle, fendus d’or quand la colère monte, ou quand un intrus ose poser le pied trop près de l’entrée. Il fixe longtemps, intensément, et nombreux sont ceux qui ont reculé sous ce regard insondable, plus tranchant que bien des lames. Il ne miaule presque jamais. Il observe, il juge. Parfois, il disparaît plusieurs jours, sans explication. Mais il revient toujours, comme s’il avait des choses à faire ailleurs, des comptes à régler dans un autre monde.

Certains disent que Silence comprend tout. Qu’il reconnaît les craintes, les trahisons, les intentions. D’autres vont plus loin : ils prétendent qu’il porte en lui l’âme d’un ancien voleur exécuté, revenu sous cette forme pour veiller sur la bande… ou la punir si elle s’égare.

Il dort rarement au même endroit, mais il semble affectionner les hauteurs : une poutre au-dessus de la table centrale, une planche dans les combles, un vieux manteau roulé sur une étagère. Quand le ton monte, il est là. Quand le sang coule, il ne bouge pas. Mais il sait.

Adagio le respecte comme un compagnon silencieux — et parfois plus encore. On ne l’appelle jamais à voix haute. On dit juste : "Il est là." Et tout le monde comprend de qui il s’agit.