Maelor avançait comme une bête dressée trop tard, trop mal. Il avait cette allure d’homme trop long pour son propre squelette, une silhouette filiforme qui se découpait dans la pénombre comme une lame tordue. Son torse nu — toujours nu, même en hiver — était parcouru de cicatrices anciennes, comme des chemins brûlés dans une forêt de muscles secs. Mais c’était son visage qui gelait les souffles : un masque tatoué de noir, une gueule ouverte peinte jusqu’aux tempes, des traits qui semblaient hurler en permanence.
Quand il souriait — si tant est qu’on puisse appeler ça ainsi — les tatouages déformaient sa peau et donnaient l’impression que la gueule s’étirait pour avaler le monde.
Son rictus faisait pleurer les enfants. Les adultes, eux, savaient simplement reculer.
Il avait taillé ses dents en pointe, une par une, dans une patience sinistre. Entre ses mâchoires, l’air semblait trembler. Il ne parlait pas beaucoup ; quand il le faisait, sa voix basse vibrait comme un grondement contenu. Et dans la bataille, Maelor ne se contentait jamais des poings : il mordait, réellement, avec la conviction d’un prédateur. Beaucoup portaient encore les traces de ses mâchoires, des cicatrices rondes et irrégulières qu’on appelait dans le quartier les “crocs du loup-homme”.
Il bougeait avec la lenteur calculée d’un chasseur, puis explosait en violence léopardienne. Son imprévisibilité n’était pas de la folie : c’était de la méthode. Maelor observait, jaugeait, testait la peur. Et quand il décidait d’attaquer, c’était toujours au moment exact où son ennemi pensait qu’il n’oserait pas.
Il admirait les loups — leur indépendance, leur faim, leur hiérarchie brutale — et tentait de vivre selon leurs règles. Ceux qui le suivaient savaient qu’il ne respectait qu’une seule loi : celle du plus dangereux.
Et il l’était.